Les sorties de la semaine
kk The Terminal
de Steven Spielberg
Avec The Terminal, Steven Spielberg met les pieds sur un terrain connu. Tout comme la comédie Catch Me If You Can, il prend comme décor un aéroport et dirige une nouvelle fois Tom Hanks. Le cinéaste s’est inspiré de la véritable histoire de Karim Nasser Miran, un Iranien sans papiers, réfugié depuis 1988 dans le terminal 1 de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. Le film Tombés du ciel (1993), avec Jean Rochefort, s’était déjà basé sur l’expérience hors du commun vécue par cet homme. Dans The Terminal, certaines données changent: l’Iranien est remplacé par un habitant de l’Europe de l’Est, et Roissy par l’aéroport JFK de New York.
L’histoire : Viktor Navorski, un immigrant débarqué d’un pays fictif nommé Krakozhia, se retrouve bloqué dans la zone internationale de l’aéroport de New York, suite à un coup d’État dans son pays. Sur fond d’humour et d’amour, le réalisateur glisse subtilement une petite satire du système d’immigration américain, mais se garde bien de tomber dans la dénonciation pure et dure et la propagande. The Terminal est avant tout une comédie. Le film regorge de gags burlesques (comme celui du sol mouillé sur lequel tout le monde glisse), de jeux de mots et de jeux d’accents (celui de Navorski est exploité en long et en large). Spielberg utilise donc les ressorts de base des comédies classiques. L’ensemble reste cependant étonnamment frais, en aucun cas dépassé ou vieillot. Peut-être est-ce grâce aux excellents interprètes (Tom Hanks, Diego Luna, Catherine Zeta-Jones et Stanley Tucci) qui jouent sur la nuance, ou est-ce alors parce que Spielberg ne se contente pas de donner des éléments humoristiques, mais alterne régulièrement entre comédie et drame. Assez «Capra-esque», le film insiste sur l’idée que la bonté et la générosité authentique d’un individu triomphent toujours du reste.
Malgré le fait que le film se déroule entièrement en huis clos, l’ennui ne gagne aucunement le spectateur, lequel est diverti par un rythme très présent, des dialogues qui fusent et une musique qui ponctue l’histoire. À souligner le travail impressionnant du chef décorateur, Alex McDowell, qui a reconstitué l’aéroport de New York. Tous ces points forts permettent de passer plutôt rapidement à côté des petits bémols du film: la romance peu crédible entre Tom Hanks et Catherine Zeta-Jones, ainsi que la raison pour laquelle le personnage de Viktor se rend aux États-Unis. Spielberg présente ici un microcosme de l’expérience humaine sur fond d’humour (parfois jaune).
Circuit EMPIRE (sauf Sofil et Mkallès), KASLIK, FREEWAY
kk La porte du soleil (première partie: Le départ)
de Yousry Nasrallah
La porte du soleil1 est l’adaptation cinématographique du roman homonyme du critique, essayiste et chroniqueur libanais Élias Khoury2. Le long-métrage évoque les drames vécus par quelques réfugiés palestiniens qui ont peuplé, de 1948 jusqu’à nos jours, les camps du Liban, de Syrie et de Jordanie. Construit en deux parties ( Le départ et Le retour) le film, rythmé par des flash-back, raconte la vie d’un peuple à travers celle d’un couple, Younès (Orwa Nyrabya) et Nahila (Rim Turki). Dans une chambre d’hôpital, Khalil (Bassel Khayyat) est au chevet de Younès. Il revient sur la vie, les amours et la terre de cet ancien «héros» de guerre.
Le départ insiste sur le caractère passionné, romanesque et tragique de son histoire ainsi que sur la terrible épopée dominée par la violence de l’armée israélienne qui oblige les Palestiniens à l’exode. Deux heures durant, le public fuit et s’exile avec les Palestiniens, il les accompagne dans leur voyage sans fin. Le départ, moins linéaire, s’attarde sur le présent (aussi désespéré) de Khalil, un homme en perte d’identité, en quête de soi. Le réalisateur Nasrallah embrasse donc 50 ans d’histoire contemporaine. Malgré une dure exposition de la violence affligée par les Israéliens, le cinéaste revient également sur les irresponsabilités et les traîtrises des Palestiniens, permettant ainsi au film de ne pas tomber dans une quelconque propagande antisioniste. Il rejette le manichéisme, se montre neutre (dans la mesure du possible) et discret sur la religion, préférant privilégier l’amour, la foi et l’espoir. La porte du soleil offre une fresque historique et politique racontée par de captivants personnages, féminins en particulier.
1– Le film a été présenté en sélection officielle hors compétition au Festival de Cannes 2004.
2– L’œuvre a reçu le plus grand prix littéraire palestinien.
EMPIRE, SODECO, ESPACE
Sorties prévues pour le jeudi 23/9 (sous réserves):
- Thunderbirds, de Jonathan Frakes, avec Ben Kingsley, Bill Paxton et Anthony Edwards.
- Man on Fire, de Tony Scott, avec Denzel Washington, Dakota Fanning et Christopher Walken.
- Princess Diaries 2, de Garry Marshall, avec Anne Hathaway et Julie Andrews.
Paroles dE cinéma
Paroles dE cinémaaméra rapprochée
Tom Hanks : le touche-à-tout
C’est avec He Knows You’re Alone que Tom Hanks fait ses premiers pas au cinéma. En 1984, il se fera nettement plus remarquer aux côtés de Daryl Hannah dans Splash, une comédie de Disney réalisée par Ron Howard, suivie quatre ans plus tard du très populaire Big. L’acteur sera alors plutôt considéré comme l’héritier des grandes stars comiques/romantiques de l’âge d’or hollywoodien, contribuant, grâce à son physique (bouclettes candides, regard naïf et démarche nonchalante), à la réussite de nombreuses comédies. Sa carrière prend un tournant à 360 degrés grâce à Philadelphia qui lui vaudra la reconnaissance des professionnels. À partir de là, les films s’enchaînent et l’acteur prend alors un malin plaisir à toucher à tout. Il est clairement l’un des acteurs les plus éclectiques d’aujourd’hui. Son talent se mesure dans sa capacité affolante à pouvoir incarner des rôles toujours différents. Il paraît aussi impeccable et à l’aise que ce soit dans la peau de personnages simplets (Forrest Gump), enfantins (Big), dramatiques (Philadelphia), romantiques (You’ve Got Mail) ou comiques (Catch Me If You Can). Hanks se plaît à changer de style et de réalisateurs, mais cela ne lui suffit pas. L’acteur décide de passer derrière la caméra et réalise en 1996 That Thing You Do, un premier essai gentiment accueilli.
Outre The Terminal (cette semaine dans nos salles), l’homme à plusieurs casquettes sera également à l’affiche de Polar Express (un film d’animation qui capture les mouvements de l’acteur pour animer son personnage en images de synthèse). Sortie libanaise prévue pour le 23 décembre.
D.D.
Courrier
Le cinéma arabe
En tant qu’Arabe, il me semble essentiel de promouvoir notre cinéma, de le faire connaître. Vu que nous sommes assiégés par le cinéma étranger (américain surtout), il est maintenant important d’intégrer des œuvres qui reflètent notre culture et notre identité. Je tenais donc à saluer les quelques festivals qui se tiennent à Beyrouth et qui ont pour but de projeter des films du Moyen-Orient. Merci donc à la boîte de production «Né à Beyrouth» pour nous avoir offert quelques journées enrichissantes et des courts-métrages intéressants, drôles et différents, tels que Miracle de Georges Homsi et Conversations de salon 1,2,3 de Danielle Arbid. J’attends impatiemment le début du Festival arabe, en espérant que la programmation sera aussi intéressante.
Le tout est de continuer à organiser ce genre d’événement afin de motiver, de donner l’envie à nos acteurs et nos réalisateurs de faire du cinéma car les talents sont bien présents. Il faut juste se rappeler que le 7e art peut et a le droit d’exister à Beyrouth comme ailleurs, et qu’il peut également s’expatrier, à en croire les films de Randa Chahal Sabbagh ou Danielle Arbid, récompensées et saluées par les professionnels ces dernières années. Voici la preuve que notre cinéma se respecte et voyage.
G. Debs
En gros plan
Clivages
Il y a les films, et il y a ceux qui vont les voir: nous parlons ici du cinéma «made in Hollywood» et du public américain. Dans les deux cas – évidemment interdépendants –, l’été qui vient de s’achever a été instructif pour les décideurs des studios (et aussi pour les producteurs indépendants). On s’est aperçu qu’à part quelques exceptions (le triomphal Shrek 2), suites, remakes et autres grosses machines à effets spéciaux commençaient à lasser le public. D’autre part, les petites comédies débitées à la chaîne, aussi ineptes que vides, n’amusaient guère les spectateurs ados. Alors on est revenu aux films sérieux, importants – au vrai bon cinéma.
Et c’est là qu’on rejoint l’autre aspect du problème. On a constaté que le public «adulte» (y compris des jeunes, d’ailleurs) allait au cinéma, ou y retournait – mais pas pour voir n’importe quoi. La qualité a fait sa réapparition. Spielberg a donné The Terminal et Nick Cassavetes The Notebook, Tom Cruise a tourné Collateral sous la direction de Michael Mann. On respire. Et on attend la suite.
Goux-PELLETAN
les ciné-clubs
Les amoureux
De Catherine Corsini (1993)
La réalisatrice dissèque dans ce long-métrage les êtres au plus profond de leur intimité, de leur mal de vivre. Elle décrit les peurs ainsi que l’affirmation de soi dans une société en crise. Au-delà de l’oppression, de la déchéance ou de la tristesse des personnages, Catherine Corsini vise l’élan vital de leur cœur.
L’histoire : assagie après plusieurs années d’absence, Viviane revient à Montherme, petite ville des Ardennes où vivent ses parents et son frère. Au contact de cette aînée qu’il a sublimée, ce lycéen de 15 ans va faire le rude apprentissage de l’indépendance.
Avec Nathalie Richard, Pascal Cervo, Xavier Beauvois.
CCF, salle Montaigne,
mercredi 22 septembre à 19h15
Festival du film arabe
Du 15 au 26 septembre se déroule, à l’Empire Sofil, la troisième édition du Festival du film arabe. Au programme : documentaires, films de fiction, courts métrages, vidéos expérimentales et débats. Entrée: 2000LL.
Pour tout renseignement, contacter «Beirut DC»: 01/293212 – 03/192587.
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR DYMA DEMIRDJIAN
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