Un petit recueil de poésie piquant comme un cœur d’artichaut, mais tout aussi tendre et savoureux ! Avec Joseph Issaoui qui, de la présentation vitriolée au petit écran, où il épingle sans états d’âme ses invités (de thé, ces interviews parfois d’une rosse férocité ne sont pas une tasse), aux mots qu’il traque (avec états d’âme comme tout rimailleur qui se respecte) pour tisser sa toile et son expression poétique, le passage se fait sans transition.
Et la voix reste égale à elle-même dans son insatiable curiosité et ses inflexions acidulées et parfois même corrosives.
Chay li Wakahat al-Chaaer (Du thé pour l’insolence du poète – éditions Dar al-Ibdaa, al-Harf al-Zahabi – 71 pages avec de nombreuses illustrations en noir et blanc de Joseph Aoun et un portrait en médaillon, très bohême, de Georges Nadra, le plus rapin de nos peintres), Joseph Issaoui signe là sa troisième plaquette de poésie.
Petit parcours, depuis 1992, d’un jeune homme guère rangé (comprendre par là qu’il sort facilement du rang) et qui a les propos chauds et vifs comme on dégaine une épée pour se défender ou passer à l’attaque… Et s’il revendique « l’insolence » pour le poète et la poésie, ce singulier citoyen du Parnasse sait de quoi il parle.
Après avoir animé des émissions informelles à la télé (titres révélateurs : Sans cravates, Des gens en or) et écrit dans an-Nahar des articles où s’imbriquent culture, politique et phénomènes de société, voilà le jeune Issaoui qui taquine les muses, en incurable polisson irrévérencieux et inspiré.
Poésie libre, avec des pages largement mordues de blanc, où les rimes sont vagabondes et fantaisistes, les ponctuations semées au gré de l’humeur et des phrases simples, transparentes mais aux images et à la musicalité inédites. Univers aux horizons ouverts, où le poète a les yeux grands ouverts… Ondes sonores où coule, sinueuse, une certaine sensualité doublée d’une cruelle froideur.
Regard interrogateur, scanneur, où tous les reflets et les miroitements de l’être humain sont saisis au vol. Vol vibrionnant d’un bourdon gourmand, voire vorace. Avec des mots certes légers, colorés (rarement fleuris) et qui laissent des traces comme un imperceptible tatouage. Dans le cœur et la mémoire. Tourmente, angoisse, inquiétude de poète et confessions, parfois impudiques, d’un enfant du siècle, voilà le monde inventé (ou calqué sur la réalité, comment le savoir ?) et les propos d’un homme de lettres aux observations pertinentes et fines, pétries de tristesse, de spleen moderne, d’humour, d’une certaine gravité comme un sourire narquois, et surtout de dérision.
Et, qui l’eut cru, que pour tant de crânerie le mysticisme (ou la tentation de ce qui nous dépasse) serait au rendez-vous de ces quelques poèmes rédigés à la Cocteau, c’est-à-dire dans le bruit et l’agitation des cafés de Beyrouth. Mal de vivre ? Oui quand on cueille au hasard des pages cette phrase: « Cette vie n’est pas mienne ; je la marche, je l’écris, je la prends avec un médicament.»
Edgar DAVIDIAN
Extrait
Lorsque la tasse est prête
Chaude sur la table
Je regarde à pleins yeux
L’âme du thé
Monter avec l’assurance de celui qui abandonne un corps
Sans attendre l’ange du salut.
L’âme du thé
Connaît par le biais du sucre fondu
Le chemin vers le ciel
Et du bout de mes lèvres salées
Le tortueux chemin inconnu.
À chaque fois que je saisis ma tasse par sa anse
L’âme me transporte avec elle
Du plafond de mon palais,
Avec la lourdeur de mes péchés
Des fois au ciel
D’autres vers ce tortueux chemin inconnu
Et depuis, j’ai arrêté
Pour certaines raisons
D’ajouter du sucre.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un petit recueil de poésie piquant comme un cœur d’artichaut, mais tout aussi tendre et savoureux ! Avec Joseph Issaoui qui, de la présentation vitriolée au petit écran, où il épingle sans états d’âme ses invités (de thé, ces interviews parfois d’une rosse férocité ne sont pas une tasse), aux mots qu’il traque (avec états d’âme comme tout rimailleur qui se respecte) pour tisser sa toile et son expression poétique, le passage se fait sans transition.
Et la voix reste égale à elle-même dans son insatiable curiosité et ses inflexions acidulées et parfois même corrosives.
Chay li Wakahat al-Chaaer (Du thé pour l’insolence du poète – éditions Dar al-Ibdaa, al-Harf al-Zahabi – 71 pages avec de nombreuses illustrations en noir et blanc de Joseph Aoun et un portrait en médaillon, très bohême, de...