L’Afrique du Sud apparaît, depuis l’adoption de sa Constitution post-apartheid très progressiste, comme un « refuge » pour les homosexuels sur un continent largement homophobe même si l’inégalité prédomine toujours entre Blancs et Noirs, villes et campagnes. « Maintenant que la Constitution nous protège, notre défi consiste à surveiller de quelle manière les droits des homosexuels se traduisent concrètement dans les zones rurales ou dans les townships », explique Evert Knoesen, membre du Mouvement des gays et des lesbiennes pour l’égalité. La nouvelle Constitution, signée fin 1996 par Nelson Mandela, interdit explicitement toute discrimination sur des critères d’« orientation sexuelle ».
Au cours des dernières années, une série de décisions de justice ont par ailleurs établi une jurisprudence très favorable aux couples homosexuels qui se sont notamment vu reconnaître en septembre 2002 le droit d’adopter des enfants.
Une évolution considérable, loin des périodes où le ministre de la Justice déclarait en 1967 devant le Parlement: « C’est un fait avéré que les instincts homosexuels se font ressentir sur la communauté s’ils (les homosexuels) sont autorisés à manifester. »
Pour de nombreux homosexuels sud-africains cependant, la Constitution reste lettre morte. Et dix années de démocratie multiraciale et de lois progressistes n’ont pas changé grand-chose.
Selon Dawn Betteridge, membre du Projet triangle qui conseille les homosexuels, la plupart des manifestations d’intolérance – voire de violence ouverte – ont lieu dans les zones noires rurales.
« Une lesbienne violée dans un township risque d’être en proie à de nouvelles attaques de la part de sa famille et de sa communauté si son histoire est révélée dans la presse », raconte-t-elle.
Dans le même temps, dans les grandes villes et principalement dans la communauté blanche, les garanties constitutionnelles ont fait évoluer les mentalités de manière significative.
Dans un contraste saisissant avec ses voisins directs, la Namibie et le Zimbabwe, dont les dirigeants ont eu des propos très agressifs à l’égard des homosexuels, l’Afrique du Sud se revendique ouvertement comme une destination touristique pour les gays.
La foisonnante ville du Cap, avec ses nombreux restaurants, bars et clubs branchés, est devenue en quelques années une des destinations gay les plus prisées au monde.
« Environ 10% des touristes qui visitent le Cap sont homosexuels et la ville encourage activement cette tendance », explique Sheryl Ozinsky, responsable de l’Office du tourisme du Cap. « Les homosexuels savent qu’ils sont les bienvenus ici et qu’ils pourront profiter d’un séjour paisible », ajoute-t-elle.
Une fête dans un quartier branché du Cap, rassemblant essentiellement des couples afrikaners gays et lesbiennes, montre à quel point les choses ont évolué dans une communauté traditionnellement très conservatrice. Tous, dans ces poches de tolérance, mesurent le chemin parcouru.
«Sous l’apartheid, nous avions des sacs en papier sur la tête lorsque nous manifestions parce que les relations sexuelles entre personnes du même sexe étaient illégales », se souvient Evert Knoesen.
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