Par Paul César Sfeir*
Pour mieux parler de la création musicale actuelle, il faut d’abord bien définir quelques caractéristiques propres à la musique en général.
Cet art est plus proche du verbe, du fait qu’il se construit en discours avec des propositions, des idées, des développements et des ruptures.
Par le biais de ce discours musical, le compositeur (à travers l’interprète) parvient à diffuser ses idées, ses sentiments et ses sensations... Bref, à s’exprimer.
Évidemment, la musique est un art évolutif. Les compositeurs ont toujours synthétisé la musique de leur temps et de leur milieu, tout en mettant de leur propre personnalité dans leurs créations. Ils ont voulu aussi aller plus loin que leurs prédécesseurs, chercher ailleurs. Ce caractère évolutif se reflète dans la facture instrumentale. Les compositeurs écrivent de la musique plus sophistiquée pour des instruments ayant de plus en plus de possibilités. Enfin, la musique est un art communicatif, puisqu’il dépend de la performance de l’interprète pour être diffusé. D’où le rôle vital que ce dernier joue dans la transmission de la musique, rôle partagé depuis plus d’un siècle par des médias de plus en plus perfectionnés.
Ces caractéristiques se retrouvent naturellement dans la création musicale actuelle. En effet, rien de fondamental n’a changé depuis Monteverdi, puisque le compositeur contemporain a toujours le même besoin de s’exprimer. Il a toujours le même besoin d’évoluer et de communiquer. Heureusement, il y a toujours des interprètes qui sont prêts à diffuser la musique d’aujourd’hui et la faire partager par un plus grand public.
Mais grâce à certaines inventions scientifiques, l’évolution de la musique actuelle à pris une piste inexplorée. L’électronique et l’électroacoustique ont permis à un nombre de compositeurs d’expérimenter des sons nouveaux, obtenus soit par déformation ou transformation d’un son connu, soit par le biais de nouveaux sons, ou même de nouveaux instruments électroniques... Pensons à Berio, Stockhausen, Henry, Ligeti, etc.
Mais la musique actuelle souffre d’un grave problème, son public se fait de plus en plus rare. Ce problème est dû à plusieurs causes. La première est un mélange subtil de pensées abstraites et de sensations physiques. Le XXe siècle a vu défiler toutes sortes de créations musicales allant de la complexité incompréhensible, en passant par la mécanisation (musique générée totalement par l’informatique), jusqu’à la simplicité banale et presque abrutissante. Rares sont les compositeurs qui ont su garder un équilibre entre les différentes composantes de la musique.
La deuxième cause est l’impact des médias sur la musique en général. Si les médias ont favorisé la diffusion de presque tous les genres musicaux, ils ont surtout mis l’accent sur les musiques à succès. Phénomène hautement divertissant, surtout pour la jeunesse de nos jours. Du coup, nous observons un désintérêt évident chez une grande partie des gens de toutes les musiques ayant un sens en elles-mêmes. Les compositeurs des siècles passés ne sont pas épargnés par cette désaffection, à plus forte raison les compositeurs actuels.
Il faut écouter d’une autre oreille les œuvres des grands compositeurs passés et présents, car ils sont toujours en interaction les uns avec les autres, et considérer la musique comme un art qui interpelle toute notre attention et nous procure des sensations particulièrement gratifiantes et enrichissantes.
* Étudiant au Conservatoire de musique de Boulogne-Billancourt et organiste.
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