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Actualités - Chronologie

Panneaux et tribulations de cigales Les gaietés de l’Administration libanaise (photo)

Non, je ne suis pas un émigré revenu tâter la douceur de l’air du pays de mes ancêtres. Encore moins un «déplacé outre-mer pour raisons économiques» voyant dans ces colonnes l’occasion de déverser son fiel sur un pays natal qui n’a pas su le retenir. Rien de tout cela: je suis tout bêtement un honnête citoyen moyen (si, si, ça existe encore!) qui s’étonne tous les jours que l’irrationnel, le loufoque, l’incompétence politique et la passivité (complice?) de la population n’aient pas encore complètement mis à zéro notre beau pays du Cèdre (Mais, courage, il paraît qu’on va bientôt y arriver...). Prenez par exemple ce panneau indicateur (photo ci-bas) situé au début de la route qui part d’Afqa vers Baalbeck. Passons sur l’orthographe défectueuse de «Hadath» (écrite: Hadaet), mais quelle serait donc la réaction d’un francophone ayant un peu étudié l’arabe en voyant qu’en arabe, la route est «salikat»(ouverte)…. alors qu’en français, elle est «coupée»? Je suis allé me renseigner au barrage militaire voisin, où on m’a assuré qu’elle était bien ouverte. Mais les Français qui étaient avec moi ont eu des doutes. Ce n’est là qu’un exemple (ô combien typique!) de la schizophrénie galopante qui fait des ravages à tous les niveaux: qu’une route soit à la fois ouverte et fermée, quoi de plus normal, alors qu’on prétend depuis des décennies que nous sommes «la Suisse du Moyen-Orient». Comme si on pouvait à la fois être oriental et suisse! (…) Il y a deux ans, j’ai envoyé (en prêt) une petite collection de cigales (une dizaine de spécimens) à un spécialiste autrichien pour identification taxonomique. Ce collègue me les renvoie au bout de quelque temps avec l’étiquetage demandé. Je reçois dans ma boîte postale un avis me demandant de passer à la douane de l’aéroport, «pour colis vous concernant». J’y vais et je vois ma boîte de cigales ouverte dans les mains d’un fonctionnaire suspicieux qui me demande de quoi il s’agit. Je réponds que ce sont des insectes pour études scientifiques, en précisant en français: cigales. «Ah, me dit-il en français également, la cigale et la fourmi.» (très fier de son érudition!). «C’est ça, dis-je, et maintenant, puis-je les emporter?» «Non, répond-il, il faut d’abord payer la douane.» J’avoue être resté comme une truite hors de l’eau, la bouche ouverte et l’œil exorbité. «Mais enfin, ce sont des cigales libanaises qui sont allées faire du tourisme en Autriche et qui reviennent au pays.» Mais mon fonctionnaire avait de la suite dans les idées: «C’est classé dans la catégorie produits agricoles, donc il faut payer la taxe douanière.» Fou de rage, je m’écrie: «Montrez-moi donc l’article du règlement où cela est écrit.» Placidement, il ouvre un livret et je lis: «Entrent dans la catégorie des produits agricoles taxables les grains, les produits d’élevage, la viande, etc.» «Et où sont mes cigales, là-dedans? «Elles sont dans le etc.», me répond-il froidement . À bout de forces, je lui dis que je suis prêt à payer. «Bon, dit-il, disons qu’on va estimer cette taxe à 2000 livres libanaises. » Et ne voilà-il pas qu’il sort papier officiel, timbre, tampon, etc., pour me faire un récépissé en double… Et je suis sûr que la paperasserie a dû coûter plus que 2000 livres libanaises (un dollar et 33 cents très exactement). Cet excès de rigueur est tout aussi préjudiciable que le regrettable laxisme culturel diffusé par nos médias. Tout récemment, j’ai entendu la charmante et toute jeune présentatrice d’une de nos grandes chaînes de TV (dont je tairai le nom par charité publique) affirmer que le château de Msaylaha (près de Batroun) datait de l’époque des croisades, ayant été construit en 1628. C’est ainsi que j’ai appris qu’au Liban les croisades avaient perduré jusqu’au XVIIe siècle! Mais lorsqu’on prétend tout aussi froidement que nos plus vieux cèdres ont plus de 2000 ans (certains renchérissent même en parlant de 6000 ans), alors que, selon les spécialistes le plus vieux d’entre eux aurait bien de la chance s’il pouvait dépasser 800 ans... On comprend que le n’importe quoi est devenu la règle au pays du n’importe comment! À propos de n’importe quoi, que dire de cette photo (ci haut) d’une inscription qui se trouve au niveau du rond-point d’accès au centre résidentiel de Faqra: elle est noire sur fond marron, donc pas facilement lisible par le touriste de passage – et c’est heureux! On lit: «The strength, the source of unity.» On m’avait toujours appris que c’était, au contraire, l’union qui faisait la force. L’enfer, c’est les autres, avait dit Jean-Paul Sartre. Il avait sans doute visité le Liban. Allez donc faire un tour dans la vallée de la Qadisha (la Vallée sainte) un de ces dimanches où vous n’avez rien à faire: il y a partout des pique-niqueurs qui, non seulement agrémentent le paysage de boîtes de conserve vides, mouchoirs de papier, bouteilles de bière joyeusement fracassées sur les rochers, mais ils ont aussi mis la radio au maximum de volume, et ils ont bien sûr sorti de leur sac l’inévitable bombe à peinture fluorescente pour marquer leur passage sur les falaises environnantes. La Vallée sainte (classée par l’Unesco au patrimoine de l’humanité ) est devenue un véritable enfer. Quant à la «Vallée de l’enfer» (Wadi al-Jhannam), au Liban-Nord, sauvage et peu accessible, elle est restée un véritable paradis avec ses forêts de cèdres et de sapins jusqu’à présent préservées des hordes polluantes de nos compatriotes. Je me pose de plus en plus la question: pourquoi le Libanais moyen considère-t-il que le silence est son ennemi numéro un? J’entends d’ici les réactions à mes propos aigres-doux: «Si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à émigrer, on n’a pas besoin de rabat-joie comme vous.» Eh bien non, j’aime ce pays qui est le mien, j’en suis même follement amoureux, et c’est pourquoi j’y resterai. Même si je dois en crever. De honte. Hani Abdul-Nour
Non, je ne suis pas un émigré revenu tâter la douceur de l’air du pays de mes ancêtres. Encore moins un «déplacé outre-mer pour raisons économiques» voyant dans ces colonnes l’occasion de déverser son fiel sur un pays natal qui n’a pas su le retenir. Rien de tout cela: je suis tout bêtement un honnête citoyen moyen (si, si, ça existe encore!) qui s’étonne tous les jours que l’irrationnel, le loufoque, l’incompétence politique et la passivité (complice?) de la population n’aient pas encore complètement mis à zéro notre beau pays du Cèdre (Mais, courage, il paraît qu’on va bientôt y arriver...).
Prenez par exemple ce panneau indicateur (photo ci-bas) situé au début de la route qui part d’Afqa vers Baalbeck. Passons sur l’orthographe défectueuse de «Hadath» (écrite: Hadaet), mais quelle...