Les médias en parlent, les livres et les gens aussi. L’Europe, c’est la terre promise dont rêve tout jeune Libanais. « En Europe, l’être humain est respecté, la scolarité est gratuite, les soins médicaux et l’hospitalisation le sont aussi. La retraite est assurée et la situation économique est merveilleuse. » « Je veux moi aussi pouvoir me payer des vacances régulières comme eux ! » « Là-bas, même les chiens sont bien soignés et respectés alors que chez nous, dans ce maudit pays qu’est le Liban, rien n’a de valeur et, surtout, il n’y a pas d’avenir... »
Telle est l’idée que se fait le Libanais de l’Europe, son ultime rêve. Et si la réalité était beaucoup moins rose qu’on ne le pense ? Et si l’émigré libanais souffre encore plus en Europe que dans son propre pays et qu’il s’obstine à le cacher quand il rentre en vacances chez lui ? Et si l’Europe n’était pas aussi sûre qu’on voudrait le croire ?
Quand le citoyen libanais se plaint de son système de sécurité sociale qui ne le couvre pas à 100 %, de son niveau de vie et de son système de scolarisation, quand il compare le Liban à la France ou à l’Allemagne, ou à n’importe quel pays de l’Europe centrale, lui vient-il à l’esprit de calculer le taux d’impôts que paye un citoyen européen pour profiter de ces services ? Accepterait-il, à son tour, de sacrifier la moitié de son revenu pour jouir de cette sécurité ? Ou même de renoncer à acheter le dernier modèle de portable et de continuer à utiliser le vieux comme ferait l’Européen moyen ? Je doute fort (...)
À quel point il rêve de pouvoir jouir d’un café avec les voisins, d’une rencontre avec les amis, d’une partie de tric-trac, d’un narguilé dans l’un de ces cafés à Raouché, au soleil ? Ah, oui ! Le soleil, la chaleur, la joie et les éclats de rire des enfants, qu’est-ce que ça nous manque ici !
Est-ce que le citoyen libanais habitué à vivre en communauté et parmi les siens comprend qu’il lui est presque impossible de supporter la solitude et l’individualisme européens ? Est-ce qu’il sait que les Libanais émigrés vivent souvent dans de petites communautés libanaises – si jamais elles existent – dans une sorte d’îlot ou de prison ? Bonjour l’intégration ! Est-ce qu’il sait que l’ultime valeur ici est le travail avec tout ce qui l’accompagne au niveau de la compétitivité ? Chacun pour soi et que le meilleur gagne ! Si tous les émigrés libanais racontaient la vérité, je crois que le citoyen résidant encore au Liban baiserait le sol de son pays, se rendrait plus volontiers à ces réunions familiales du dimanche qui le dérangent autant d’habitude, se plaindrait beaucoup moins de la voisine qui débarque à l’improviste pour boire un café.
M. TISCHER
Allemagne
Les médias en parlent, les livres et les gens aussi. L’Europe, c’est la terre promise dont rêve tout jeune Libanais. « En Europe, l’être humain est respecté, la scolarité est gratuite, les soins médicaux et l’hospitalisation le sont aussi. La retraite est assurée et la situation économique est merveilleuse. » « Je veux moi aussi pouvoir me payer des vacances régulières comme eux ! » « Là-bas, même les chiens sont bien soignés et respectés alors que chez nous, dans ce maudit pays qu’est le Liban, rien n’a de valeur et, surtout, il n’y a pas d’avenir... »
Telle est l’idée que se fait le Libanais de l’Europe, son ultime rêve. Et si la réalité était beaucoup moins rose qu’on ne le pense ? Et si l’émigré libanais souffre encore plus en Europe que dans son propre pays et qu’il s’obstine...
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