Fuyant les violences en Irak, de nombreux chrétiens irakiens ont élu domicile temporairement en Syrie, souvent avec l’espoir de pouvoir émigrer loin de la région, au Canada ou en Australie. Le cas de Adnane, 40 ans, qui est arrivé en Syrie depuis trois mois avec femme et enfants à cause de « la situation instable, des pillages, des enlèvements », est similaire à celui de milliers de chrétiens irakiens.
Nombre d’entre eux se sont installés dans le bourg de Jaramana à 6 km de Damas, la plupart dans des maisons délabrées. Ils seraient près de 30 000 en Syrie.
Adnane a choisi la Syrie parce que les autorités jordaniennes lui avaient refusé l’entrée. « Les Syriens nous traitent d’une manière correcte », assure-t-il. Il travaillait dans un débit de boissons alcoolisées qu’il a quitté dès la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003.
Depuis, les agressions antichrétiennes, attribuées à des extrémistes islamistes, se sont multipliées en Irak. Mais l’inquiétude est montée d’un cran après des attentats sans précédent contre des églises début août et qui ont fait 10 morts.
Un autre Irakien chrétien, qui a préféré taire son nom, vit en exil depuis 11 ans, dont 5 en Syrie. « Depuis cent ans, la communauté chrétienne en Irak est victime de persécutions », assure-t-il, en se félicitant que la Syrie accueille, elle, tous les Irakiens, « pas seulement les chrétiens ».
Youssef, 19 ans, est là depuis trois mois avec sa mère et sa sœur qui ont opté pour l’exil en Australie. Son père est resté à Bagdad où il travaille dans l’église Saints-Pierre-et-Paul, bien qu’il eût « reçu des menaces ».
Le 4 juin, Hermès, 37 ans, a dû partir lui aussi avec sa famille après avoir reçu des menaces de mort. Dans une lettre envoyée à sa mère le 29 mai, il était sommé de quitter son travail de chauffeur dans une compagnie américaine, raconte-t-il.
Très vite, dans une ruelle de Jaramana, plus d’une dizaine d’Irakiens se sont attroupés autour des journalistes de l’AFP, les implorant de parler d’eux pour que les autorités en Australie et au Canada « facilitent les formalités pour l’émigration ».
Presque tous sont sans emploi et vivent actuellement d’économies et d’aides financières envoyées par des parents exilés en Occident.
Salam Daoud, 44 ans, ex-cambiste, s’entasse avec sa femme, ses trois enfants et sa mère dans un appartement formé d’une chambre et d’une salle de séjour aux murs décorés de portraits de Jésus et de la Sainte-Vierge.
Il a raconté son « calvaire » en Irak dans une lettre qu’il a adressée à l’ambassade d’Australie et dans laquelle il réclame « l’asile humanitaire ».
Le 1er mai, il affirme avoir été molesté par trois hommes armés à Bagdad qui lui auraient soutiré 10 000 USD et un million de dinars irakiens. Selon son récit, quatre jours plus tard, Sonia, sa fille cadette âgée de cinq ans, a été kidnappée. Elle est relâchée deux semaines plus tard après le paiement d’une rançon de 20 000 USD.
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