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Le thème de la libanisation revient à l’honneur

Brusquement, Damas a suspendu son cycle de consultations des parties libanaises. En proclamant, en outre, qu’elles n’avaient pas pour but l’échéance présidentielle. Ainsi, une personnalité qui s’était vue prier samedi de rester en stand by, pour qu’on lui fixe rendez-vous le lendemain au palais des Mouhajirine, a finalement été libérée de son attente. Cette suspension de procédure a été officiellement motivée par un programme inopiné d’entretiens avec les Jordaniens. Mais il semble bien que les tuteurs, qui ne manquent pas évidemment d’antennes ici, et qui en outre se classent parmi les lecteurs les plus assidus de notre presse nationale, ont compris que beaucoup voient dans leur charitable initiative une flagrante immixtion de plus. Doublée d’un empiétement sans précédent sur l’autonomie nationale. Par le passé en effet, quand Damas voulait consulter, il le faisait au moins par le truchement de Berry. Sauvant ainsi les formes, bien que, pour la prorogation du mandat Hraoui par exemple, il ne fût tenu aucun compte de l’avis des Libanais... Berry en tête ! Aujourd’hui, les décideurs se sont pour ainsi dire rattrapés juste à temps. On sait en effet avec quelle fermeté le patriarche Sfeir a réprouvé, dimanche, leur démarche. Dont on inverse maintenant une vapeur si manifestement inopportune. Pour bien montrer qu’on revient aux Libanais, en tant que roseau pensant par lui-même, c’est la présidence de la République (la nôtre) qui enclenche un cycle de consultations internes. Le chef de l’État a entamé ses rencontres par les anciens présidents : Husseini, Karamé et Hoss. C’est une première réponse aux admonestations du patriarche. Qui a fustigé le fait que « des concertations portant sur la grande échéance qui nous occupe soient organisées hors de nos frontières. Comme si nous avions définitivement perdu notre souveraineté, notre indépendance de choix concernant nos dirigeants, notre libre décision autonome dans la conduite de nos affaires propres. » Ce verdict est venu s’ajouter aux protestations de plusieurs pôles sur les fuites médiatiques confirmant le renflouement par les décideurs d’une option-reconduction que la majorité chez nous avait voulu enterrer. La soumission de certains politiciens annonçant qu’ils changeraient leur veste opposante d’épaule pour s’incliner devant la volonté syrienne, au cas où elle opterait pour la reconduction, n’a fait qu’aggraver le malaise relationnel général. Dont la partie syrienne s’est rendu compte, à temps. Effet boomerang Quoi qu’il en soit la balle revient dans le camp local. Le président Émile Lahoud s’efforce, en tant que premier responsable, de décrypter la vraie volonté des Libanais concernant l’échéance présidentielle. En opérant la synthèse des avis recueillis, il serait mieux à même de faire ses propres choix. Selon certaines sources, sa démarche s’inscrit sans doute dans le cadre de son rôle de gardien de la Constitution. Ces personnalités veulent (habilement ?) voir dans l’attitude du chef de l’État le reflet de son souci de respecter la loi fondamentale. Surtout que l’article 50 lui fait obligation de tenir son serment de fidélité à la nation comme à la Constitution. Serment prêté, devant le Parlement, lors de son avènement. Le président de la République reste donc dans son rôle quand il consulte les forces actives du pays sur un problème de première importance. Étant toutefois entendu, soulignent les mêmes sources, qu’il se place automatiquement au-dessus de toute mêlée. Il reste que les reconductionnistes s’en tiennent pour leur part à leur scénario favori, qui envisage un package deal élargi d’amendements constitutionnels au terme desquels l’on modifierait non seulement la durée du mandat du président de la République, qui passerait à cinq ans renouvelables une fois, mais aussi ses prérogatives. Et par voie de conséquence celles, aussi bien, de la présidence du Conseil que de la présidence de la Chambre. Avec de nouvelles attributions, revues à la hausse, pour la vice-présidence du Conseil, fonction jusque-là essentiellement de support simple, pour ne pas dire purement honorifique. Quant au Parlement en tant que tel, il redeviendrait soluble, ou plutôt dissoluble, dans la volonté du chef de l’État. Alors que maintenant il est pratiquement à l’abri d’un tel couperet. Mais ce panier d’amendements révolutionnaires, que des juristes ont été chargés de mettre en forme, a provoqué une double levée de boucliers. Le refus porte d’abord sur une révision constitutionnelle qui vise à favoriser des intérêts particuliers. Il s’articule ensuite sur la constatation que les modifications envisagées annulent les accords de Taëf, au profit d’un pacte considéré comme rétrograde. La plupart des forces actives locales estiment que toute proposition de ce genre, même si elle n’est pas condamnable d’avance, doit faire l’objet d’un large consensus national. Ce qui implique l’organisation d’un long dialogue de fond. Autrement dit, qu’on ne peut bâcler l’affaire, pour faire passer la reconduction, en quelques semaines. Maturation Les politiciens rappellent qu’il a fallu beaucoup de temps pour mettre au point la Constitution de 1926 ou celle de 1943. Dont la révision s’est faite au forceps, après une effroyable guerre intérieure. Ajoutant que des retouches à la va-vite, déséquilibrant gravement le système, risquent de provoquer une situation explosive, anarchique, comme le souligne un pôle de Kornet Chehwane. Constatant ce rejet, des cadres loyalistes modérés affirment qu’il faut rabaisser la barre. Et se contenter de tenter d’obtenir la reconduction par le biais d’un amendement limité à l’article 49. Une modification qui offrirait un paravent d’apparence démocratique. Dans ce sens qu’on autoriserait tout le monde, hauts fonctionnaires compris, à postuler face au chef de l’État en place. Mais évidemment, ces prosélytes se hâtent de reconnaître qu’à leurs yeux, le choix Émile Lahoud reste le meilleur, sinon l’unique. Parce que, disent-ils, comme le montrent ses réalisations de stabilité, il est une garantie de solidité contre les vents contraires qui soufflent sur la région et sur ce pays. Ajoutant qu’on doit lui laisser la chance d’accomplir les promesses des premiers temps, qu’on l’a empêché de tenir en lui mettant des bâtons dans les roues. Pour ces fidèles, le deuxième mandat sera différent du premier. Et permettra de combattre la corruption, en appliquant la loi. L’opposition souligne pour sa part que c’est par sa dose relative de démocratie que ce pays se distingue en mieux dans la région. Elle s’élève contre les transgressions de la Constitution et du principe de l’alternance. En s’appuyant sur les dires, on ne peut plus clairs, du patriarche Sfeir qui dénonce le danger de voir ce pays s’aligner sur les systèmes aliénés des autres pays de la contrée. Quoi qu’il en soit, pour en revenir à Damas, il a sans doute estimé nécessaire de marquer une pause, pour analyser les avis recueillis. Cela après avoir obtenu ce qu’il souhaitait. À savoir qu’on n’élimine pas l’option de la reconduction, car il faut garder ouvertes toutes les possibilités. Et, en même temps, qu’on n’attaque pas la présidence de la République, qui reste une ligne rouge. Selon des sources informées, Damas est agacé par le fait que certains ont voulu aller plus loin. En présentant la reconduction comme le choix numéro un, sinon le seul. Alors qu’en fait aucune décision n’a encore été prise. En conclusion, un professionnel observe que Damas reste sans doute le grand électeur par excellence, mais qu’il n’a plus les mains aussi libres que par le passé. Car il subit une triple pression, américaine, européenne et libanaise. Bien libanaise. Philippe ABI-AKL


Brusquement, Damas a suspendu son cycle de consultations des parties libanaises. En proclamant, en outre, qu’elles n’avaient pas pour but l’échéance présidentielle. Ainsi, une personnalité qui s’était vue prier samedi de rester en stand by, pour qu’on lui fixe rendez-vous le lendemain au palais des Mouhajirine, a finalement été libérée de son attente. Cette suspension de procédure a été officiellement motivée par un programme inopiné d’entretiens avec les Jordaniens. Mais il semble bien que les tuteurs, qui ne manquent pas évidemment d’antennes ici, et qui en outre se classent parmi les lecteurs les plus assidus de notre presse nationale, ont compris que beaucoup voient dans leur charitable initiative une flagrante immixtion de plus. Doublée d’un empiétement sans précédent sur l’autonomie...