Conserver son titre olympique du 100 mètres est décidément une mission quasi impossible : soufflé hier par son compatriote Justin Gatlin, Maurice Greene n’a pu que le constater à son tour.
Le bouledogue du Kansas a dû se contenter du bronze et abdiquer en faveur du coureur de Brooklyn, sacré en 9’’85 devant le Portugais d’origine nigériane Francis Obikwelu. Un podium dans un mouchoir de poche de deux centièmes.
Seul Carl Lewis est parvenu à garder sa couronne sur la distance reine à deux Jeux olympiques d’affilée, mais seulement après la disqualification pour dopage de Ben Johnson à Séoul.
Caché toute la saison derrière un masque de confiance, Greene avait pour sa part démontré par le passé son extraordinaire capacité à rendre les coups, ne serait-ce que pour enlever ses trois titres mondiaux.
Mais l’ancien recordman du monde ne cachait pas son jeu et les masques sont tombés : Greene n’est plus l’homme le plus rapide du monde.
Provoqué tout l’été dans les meetings par la nouvelle génération, Greene craignait sans doute plus d’autres rivaux que Gatlin, 22 ans, seulement deuxième des trials américains.
Le Jamaïquain Asafa Powell, par exemple, terreur annoncée mais seulement cinquième au final après avoir toisé de haut le maître pendant deux jours. Ou Shawn Crawford, camarade d’entraînement du champion olympique et meilleur performer de la saison, qui lui aussi a joué les fiers à bras en séries.
Dans ce petit jeu d’intox et d’intimidation, Gatlin et Crawford ont tenu leur part, stoppant net à dix mètres de la ligne en demi-finale pour un brin de causette.
En finale, plus d’esbroufe : si Kim Collins, l’étonnant champion du monde de Paris, continue à faire le pitre, Crawford assène des clins d’œil, Powell se dandine, de la sueur plein les tempes, Greene dodeline de la tête, se pourlèche les babines.
Seul Gatlin a l’air solennel et tendu qui sied à l’instant. Plus vite en train, plus vite en action, il se détache irrémédiablement pour aller saisir son jour de gloire et rejoindre la longue liste des rois américains du sprint.
« J’espère que le public a apprécié le spectacle. C’était une grande course et je savais que ce serait dur. J’avais placé la barre très haut », a concédé Maurice Greene.
« C’est génial. Je n’arrive même pas être ému. Je n’arrive pas à croire à ce moment que j’attends depuis que j’ai commencé à courir », a lâché son successeur.
Triste Radcliffe
Si la Grèce a donné le jour au marathon, le pays du Soleil-Levant en est devenu, au moins chez les dames, le porte-drapeau.
Surnommée chez elle « la reine du semi-marathon », Mizuki Noguchi n’a pas fait les choses à moitié pour s’imposer en 2h26’20’’ et succéder au palmarès olympique à sa compatriote Naoko Takahashi.
La jeune femme de 26 ans a, dans le même temps, pris sa revanche des championnats du monde où elle avait subi la loi de la Kényane Catherine Ndereba, médaille d’argent dimanche sur le parcours mythique qui avait permis à Spiridon Louis d’offrir le titre à la Grèce en 1896.
Un retour tonitruant dans le dernier kilomètre a permis à l’Américaine Deena Kastor d’arracher le bronze sur la piste couleur cendrée du vieux stade Panathinaïko.
Le premier messager de Marathon avait péri en courant les 42,195 km et l’épreuve ne serait pas si magique sans les drames qui émaillent son histoire : cinquième à Atlanta, quatrième à Sydney, la Britannique Paula Radcliffe semblait idéalement placée pour une médaille lorsqu’elle a renoncé, en larmes, à quelques kilomètres du but.
La recordwoman du monde, invaincue jusque-là dans ses trois marathons, est maudite : malade, elle avait dû renoncer l’an dernier aux championnats du monde.
La Suède en vue
La Suède, déjà en vue l’an dernier à Paris, a enlevé deux nouveaux titres dimanche après celui de Carolina Kluft à l’heptathlon.
Invaincu cette saison, Stefan Holm avait rendez-vous avec l’histoire. Le Suédois, vice-champion du monde, a été à la hauteur. Il en a enlevé le concours avec un saut à 2,36 m. Holm a maté l’Américain Matt Hemingway et médusé le Tchèque Jaroslav Baba.
La Suède réussit le triplé avec le titre du triple saut obtenu par Christian Olsson, déjà champion du monde au Stade de France. Olsson a justifié son statut de favori avec, dès son deuxième essai, un saut à 17,79 m.
Le Roumain Marian Oprea a pris la médaille d’argent devant le Russe Danila Burkenya.
Au marteau messieurs, le Hongrois Adrian Annus, champion d’Europe et vainqueur de la Coupe du monde voilà deux ans, l’a emporté avec un jet à 83,19 m
La Bélarusse a été sacrée au 100 m samedi
Nesterenko, l’express de Brest-Litovsk
La Bélarusse Yulia Nesterenko, entrée au palmarès du 100 m des Jeux olympiques, samedi à Athènes, a réalisé un exploit digne de celui du Grec Costas Kenteris sur le 200 m de Sydney quatre ans plus tôt.
La victoire de la blonde Bélarusse, 25 ans, a surpris tout le monde. Y compris elle-même. « Je n’avais jamais pensé être championne olympique », a-t-elle d’ailleurs admis à l’issue de la course athénienne.
Personne jusque-là n’avait prêté attention à cette sprinteuse venue de Brest-Litovsk. Une ville située à la frontière polonaise, point d’arrêt de tous les trains venus de l’Occident désirant entrer dans l’ex-URSS, connue jusque-là pour le traité de paix du 3 mars 1918 signé par la Russie avec l’Allemagne.
Remarquée parce qu’elle courait et nageait plus vite que ses copines d’école, Nesterenko s’était d’abord essayée à l’heptathlon. Mais « c’était trop dur ». Alors elle s’est concentrée sur la course et le sprint en particulier.
Comment est-elle passée du 113e rang mondial l’an dernier et a-t-elle abaissé son record personnel de 11 sec 45/100es en juin 2003 à 10 sec 92/100es au deuxième tour à Athènes ?
La première explication fut plutôt étonnante dans les travées du stade olympique.
« Avec mon mari, on a trouvé notre propre appartement alors que jusque-là on vivait avec mes parents et c’était inconfortable», racontait l’épouse d’un coureur de 400 m qui cumule les fonctions de mari et d’entraîneur.
Tour de cuisse
Vint ensuite une explication plus sportive : « On a changé complètement les méthodes d’entraînement en y ajoutant de la musculation. » Pour un résultat physique qui se remarque à travers le tour de cuisse de cet athlète de 1,73 m pour 60 kg.
Et enfin, l’aide de Dieu qui « a vu tous mes efforts et m’a aidée ».
Résultat des courses, quatre au total : elle fut la seule à descendre chaque fois sous les 11 secondes pour succéder à l’Américaine Marion Jones. Et rejoindre dans les annales la Russe Lyudmila Kondratyeva, dernière sprinteuse non américaine à avoir remporté le 100 m olympique aux Jeux (boycottés) de Moscou.
La situation aurait pu être pire pour les États-Unis si Lauryn Williams, sprinteuse de poche (1,55 m), jeune (20 ans) et inexpérimentée, ne s’était pas glissée à la deuxième place, avec un centième d’avance sur la Jamaïquaine Veronica Campbell.
La présence en finale de deux autres Jamaïquaines, Sherone Simpson et Aleen Bailey, est de nature à inquiéter l’encadrement US en vue du relais 4x100 m. Où même la présence de Marion Jones pourrait ne pas suffire pour éviter l’échec de Sydney.
Le relais n’est pas un souci pour Nesterenko, pressée de partager son bonheur avec sa famille, elle s’interroge encore sur sa participation au 200 m.
La Suédoise médaillée d’or de l’heptathlon
Carolina Kluft, l’éclat de la grâce
La grâce incarnée, simple et attachante, la Suédoise Carolina Kluft, avec sa médaille d’or de l’heptathlon aux Jeux olympiques, a hypnotisé samedi le stade d’Athènes, enchanté d’assister à la consécration d’une superbe championne. Déjà dans les pas, à 21 ans, d’une grande dame du passé, l’Américaine Jackie Joyner-Kersee, double championne olympique en 1988 et 1992, Kluft est tout à la fois le présent avec ses titres européens (2002), mondiaux (2003) et olympique de l’heptathlon, et l’avenir de l’athlétisme.
Dans un monde désincarné, assailli par les soupçons, la blonde native de Boras (près de Göteborg) souffle un air de pureté. Le public athénien a succombé, plus ému par l’enthousiasme communicatif de la meilleure athlète féminine du monde que par le froid succès de la Bélarusse Yulia Nesterenko sur 100 m.
Écroulée au pied de la ligne du 800 m, dernière épreuve de l’heptathlon, remporté avec un total de 6 952 points – soit 517 de mieux que sa dauphine la Lituanienne Austra Skujyte –, Kluft bondit soudain, enlève chaussures et socquettes pour se précipiter dans les bras de ses proches, îlot perdu en jaune et bleu.
La demoiselle minaude un instant enroulée dans un drapeau suédois, puis prend les mains de ses camarades pour un tour d’honneur ponctué d’embrassades, de saluts au public, sous un concert d’applaudissement et au son du «Dancing Queen » d’Abba.
Ainsi est Kluft, capable de faire la claque pour soutenir ses adversaires, puis dans la seconde suivante de se refermer sur elle-même pour réussir son meilleur lancer de la saison au javelot, à son dernier essai, ou de battre son record personnel au poids (14,77 m).
« Petite fille »
« En général, je réussis quand je m’amuse », explique-t-elle, après avoir obtenu le deuxième meilleur total de points de sa carrière, pas très loin du record du monde de Joyner-Kersee (7 291 pts), vieux de 16 ans. « Tous ceux qui font de l’heptathlon devraient être heureux. »
Ce record pourrait être son obsession. Celle-ci est ailleurs. « Je ne pense pas au record, j’ai beaucoup d’autres objectifs dans ma vie, assure-t-elle, convaincante. L’athlétisme n’est qu’une chose parmi d’autres, j’ai tellement d’autres choses à faire. »
Quoi donc ? « Vous êtes très curieux ! Ce sont mes petits secrets. J’ai beaucoup de rêves en dehors du sport. J’ai encore beaucoup de médailles à gagner dans ma vie privée», apprécie la compagne du perchiste suédois Patrik Kristiansson.
Attachée à ses racines, Kluft n’entend pas suivre l’exemple de ses compatriotes Kajsa Bergqvist (saut en hauteur) et Christian Olsson (triple saut), partis vers Monaco et son paradis... fiscal. «Je veux vivre en Suède, où se trouvent ma famille, mes amis », reprend-elle.
Son harmonie est là, qui laisse intacte sa passion du sport. « Je veux revenir, j’adore l’athlétisme. Tant que je m’amuserai, que je serai motivée, je continuerai. On verra combien de temps je peux rester, je ne veux pas me fixer de limites. »
« Je ne pense pas être une star, je suis toujours la petite fille dans un grand monde. » Une petite fille qui a tout d’une grande.
Marathon : revanche pour Noguchi,
le Japon reste en or
Le Japon a conservé le titre féminin du marathon olympique grâce à Mizuki Noguchi, qui a pris sa revanche des championnats du monde 2003, où elle avait échoué à la deuxième place.
Surnommée chez elle « la reine du semi-marathon », la vice-championne du monde, 26 ans, a fait la course en tête pour résister au retour de celle qui l’avait battue à Paris, la Kényane Catherine Ndereba.
Noguchi, qui succède à sa compatriote Naoko Takahashi, a signé un temps de deux heures 26 minutes et vingt secondes sur le parcours mythique qui avait permis à Spiridon Louis d’offrir le titre à la Grèce en 1896.
Un retour tonitruant dans le dernier kilomètre a permis à l’Américaine Deena Kastor d’arracher le bronze à l’Éthiopienne Elefenesh Alemu en 2h27’22’’.
Double vice-championne de cross, Kastor a ainsi empêché Alemu d’enrichir le palmarès familial puisque la marathonienne de 32 ans est l’épouse du champion olympique et mondial de la spécialité, Gezahegne Abere.
Partie prudemment, Ndereba a pour sa part remonté une à une ses adversaires, mais n’a pu reprendre Noguchi, solide jusqu’au bout.
Cinquième à Atlanta, quatrième à Sydney, la Britannique Paula Radcliffe semblait idéalement placée pour une médaille lorsqu’elle a renoncé, en larmes, à quelques kilomètres du but.
Le Suédois Stefan Holm
franchit 2,36 m et décroche l’or
Le Suédois Stefan Holm (notre téléphoto AFP), triple champion du monde indoor, a décroché hier la médaille d’or du saut en hauteur en franchissant 2,36 mètres.
L’Américain Matt Hemingway a pris la médaille d’argent tandis que le Tchèque Jaroslav Baba s’est adjugé le bronze. Les deux hommes ont franchi 2,34 mètres.
Holm, vice-champion du monde l’an dernier à Paris-Saint-Denis a échoué deux fois à 2,34 mètres avant de franchir cette barre à son troisième et dernier essai.
Il a ensuite effacé une barre à 2,36 mètres. Commençait alors une longue attente pour savoir si l’un de ses adversaires parviendrait à le rejoindre à cette hauteur.
Mais aucun ne réussissait et le Suédois pouvait exulter. Il était champion olympique.
Triple saut : Olsson succède à Edwards
Le Suédois Christian Olsson (notre téléphoto AFP), favori de l’épreuve, a remporté le titre olympique du triple saut, hier, succédant au Britannique Jonathan Edwards.
Olsson, 24 ans, a devancé, avec un bond de 17,79 m au 2e essai, le Roumain Marian Oprea (17,55 m) et le Russe Danila Burkenya (17,48 m).
Le Cubain Yoandri Betanzos rate la médaille de bronze d’un centimètre.
Champion d’Europe 2002 et double champion du monde 2003 (salle et plein air), Olsson établit son record personnel en même temps que la meilleure performance mondiale de l’année.
Avant d’être battu par Oprea à Stockholm, le 27 juillet dernier, Olsson avait enchaîné 29 succès consécutifs en 16 mois d’invincibilité.
Opréa, 22 ans, s’était classé cinquième des Mondiaux 2004 en salle.
Ancien spécialiste de la longueur – il avait échoué en qualifications de la longueur lors des JO 2000, aux Mondiaux 2001 et 2003 –, Burkenya, 26 ans, réalise sa première véritable saison sur la discipline.
Lors des qualifications, le meilleur performeur mondial de l’année, l’Américain Melvin Lister (17,78 m) avait été éliminé.
Le Français Julien Kapek se classe 10e avec un bond de 16,81 m.
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Le bouledogue du Kansas a dû se contenter du bronze et abdiquer en faveur du coureur de Brooklyn, sacré en 9’’85 devant le Portugais d’origine nigériane Francis Obikwelu. Un podium dans un mouchoir de poche de deux centièmes.
Seul Carl Lewis est parvenu à garder sa couronne sur la distance reine à deux Jeux olympiques d’affilée, mais seulement après la disqualification pour dopage de Ben Johnson à Séoul.
Caché toute la saison derrière un masque de confiance, Greene avait pour sa part démontré par le passé son extraordinaire capacité à rendre les coups, ne serait-ce que pour enlever ses trois titres mondiaux.
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