Ceci n’est pas le fruit d’une réflexion particulière ou spécifique, mais simplement le cri d’une jeune étudiante, en réaction à une conférence ayant pour thème « la crise du mouvement estudiantin », tenue cette année à la faculté de droit et de sciences politiques de l’USJ. Il s’agit d’un cri de douleur et d’amertume face à toute une société qui continue, elle-même, à se complaire dans son aveuglement...
Depuis quelques années déjà, l’expression « mouvement estudiantin » fait rage au sein des facultés, parmi nous, jeunes étudiants, si facilement emportés mais encore si candides...
Nous utilisons cette expression à tout bout de champ ; elle arrive même à faire notre fierté... voire notre vantardise ! Il suffit de l’évoquer entre deux mots, et nous voilà payés de larges sourires jusqu’à même être applaudis ! Bientôt, on ne dira même plus « bonjour ! », mais « mouvement estudiantin » tout court. Je me permets de dénoncer le fait que cette expression ne cesse d’être tournée en dérision, je dirais même réduite à un cliché.
En effet, « mouvement estudiantin » est une expression qui nous dépasserait si l’on n’y réfléchit avant de l’utiliser... et j’en conclus que rares sont les personnes qui pensent réellement et sincèrement « mouvement estudiantin ». Oui, on ne fait que parler du mouvement estudiantin, de l’exposer en vrais pédants ; mais a-t-on jamais pesé l’importance ou réalisé l’extrême valeur d’une telle expression ? J’en doute fort.
Parce qu’un mouvement estudiantin, à ce que je sache, est l’action d’une multitude de groupes de jeunes, unifiés par la ou les mêmes causes patriotiques et militant de concert, selon un plan d’organisation mis en commun, qu’ils se seraient prescrits au nom de la patrie.
En ce qui concerne le Liban et les étudiants libanais, en l’occurrence, je ne vois franchement pas comment on pourrait parler d’un mouvement estudiantin... Nous avons des mouvements confessionnels, des mouvements dont la politique varie du jour au lendemain, des pseudomouvements de droite, des pseudomouvements de gauche... et des mouvements effrités de jeunes cherchant le bâton, dont les prérogatives directrices appartiennent à des « étudiants » vieux de 60 et 70 ans, si je ne me trompe ! C’est ça ce que vous appelez « mouvement estudiantin » ? Je passe.
En tout cas, pourquoi parler de mouvements estudiantins au pluriel ?
Déjà, si l’on observe de près les diverses actions estudiantines, on peu bel et bien remarquer :
– La pluralité des groupes.
– Leur vivacité certaine.
– Là où les causes patriotiques qui les motivent... chacune de son côté.
Bref, le juste nécessaire qui leur ouvrirait la possibilité d’être palpables sur la scène nationale ; cependant, les maillons moteurs de ces actions, leur unification et leur plan commun d’organisation seraient presque inexistants ! Ce que nous avons, aujourd’hui, au Liban, n’est pas une action de jeunes unifiés, encore moins organisés ; quoique nous disions, quoique nous maquillions la réalité est là.
Nous sommes « partiotiques » avant d’être « patriotiques » ; et c’est malheureux...
Mes chers amis, oui, nous sommes « partiotiques » ! Parce que, aujourd’hui, si l’on veut lutter pour son pays, on ne peut presque jamais le faire, à moins que l’on soit adhérent ou, à la rigueur, sympathisant de tel ou tel autre parti, d’ailleurs confessionnellement politisé.
(...) Oui, nous sommes des « pantins » !
Je comprends que l’on soit encore très jeune (après tout, nos âges vont de 18 à 24 ans, en moyenne), je comprends que l’on soit à la recherche d’une identité forte et imposante ; je comprends que le meilleur moyen semble être de s’identifier à un parti qui possède déjà ses sympathisants, un parti auquel on serait fier d’adhérer... Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ne pas nous identifier aussi à notre pays si cher, être tout simplement fiers d’être libanais, ne serait-il pas à la hauteur de nos aspirations ?
Vous me rétorquerez que les partis ravivent les mouvements estudiantins ; reste à découvrir dans quel(s) sens et dans quelles(s) finalité(s)...
En parallèle, si l’on fait la liste des partis, s’ingérant dans les mouvements estudiantins, on ne peut que déduire que ces mouvements sont l’émanation pure et parfaite d’une génération de guerre... Et au lieu de nous agripper à notre seule qualité de jeunes militants, nous préférons pour idoles de vieux râleurs récidivistes.
Comment voulez-vous que les mêmes données aboutissent à d’autres résultats que la guerre civile ?
Et puis, s’il y a eu dans le passé une ingérence étrangère dans nos affaires, et que celle-ci persiste encore jusqu’à aujourd’hui, c’est peut-être bien à cause de cette même faiblesse que nous traînons bêtement à travers les décennies.
Je crois donc qu’un peu d’autocritique ne nous ferait pas de mal. Arrêtons de mettre la faute sur la Syrie, les États-Unis ou autres et essayons, pour une fois, d’assumer nos responsabilités.
Cynthia CHAMATE
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Depuis quelques années déjà, l’expression « mouvement estudiantin » fait rage au sein des facultés, parmi nous, jeunes étudiants, si facilement emportés mais encore si candides...
Nous utilisons cette expression à tout bout de champ ; elle arrive même à faire notre fierté... voire notre vantardise ! Il suffit de l’évoquer entre deux mots, et nous voilà payés de larges sourires...