Le photographe français Henri Cartier-Bresson, (notre téléphoto AFP) qui vient de décéder à près de 96 ans, était depuis plus d’un demi-siècle l’un des monstres sacrés de la photographie mondiale, en matière d’art comme de photojournalisme.
De la guerre civile espagnole à la révolution chinoise, de l’Inde au Sud profond des États-Unis, de Truman à De Gaulle, de Faulkner à Picasso, peu d’événements ou de géants de l’histoire auront échappé à son Leica. Il avait épousé en 1970 Martine Franck, également un grand nom de la photographie.
Lors de ses voyages, Cartier-Bresson « tenait son journal de bord non avec des mots, mais avec des images », parcourant le globe en quête du cliché d’exception depuis que, à la fin des années 1920, l’écrivain Paul Morand lui avait dit: « Allez donc en Patagonie, vous verrez de très belles tempêtes. »
Né le 22 août 1908 à Chanteloup (Seine-et-Marne), dans une riche famille de filateurs, il s’intéresse dès l’âge de 15 ans à la peinture et, après trois échecs au baccalauréat, étudie dans l’atelier d’André Lhote (1927-1928).
En 1930, au retour d’un séjour en Côte d’Ivoire, il décide d’être photographe. Deux ans plus tard, New York consacre une exposition aux « carnets de croquis » photographiques du jeune homme.
Il parcourt la planète en long et en large, part en Afrique noire et en Espagne, d’où il ramène des images inoubliables de la guerre civile, et rencontre aux États-Unis le cinéaste Jean Renoir, dont il devient l’assistant pour Une partie de campagne et La règle du jeu (1938).
Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier par les Allemands et reste en captivité de 1940 à 1943. Il s’évade, rejoint la Résistance et s’associe à un groupe de professionnels qui photographient la libération de Paris. Dépouillés mais composés comme une peinture, ses portraits de prisonniers ou de « traîtres » rasés par la foule sont saisissants d’émotion.
L’hommage que lui rend le Museum of Modern Art de New York, en 1947, lui confère une notoriété mondiale à 39 ans. La même année, il fonde, avec les reporters Robert Capa, David Seymour et George Rodger, l’agence photographique Magnum.
Mais Cartier-Bresson est plus qu’un photographe. Il reste celui qui a érigé une technique figurative au rang de pratique artistique. Il saura donner au cliché la force d’une toile de maître. La lumière, les lignes ou l’émotion des formes saisies dans le rectangle du photographe deviennent porteuses d’un sens qui dépasse la simple représentation pour se faire évocation et symbole.
Cartier-Bresson partage son existence entre les reportages, les publications d’albums et les expositions dans le monde entier, puis décide, en 1972, de se consacrer uniquement au dessin et à la peinture. « La photo, disait-il, est pour moi l’impulsion spontanée d’une attention visuelle perpétuelle, qui saisit l’instant et son éternité. Le dessin, par sa graphologie, élabore ce que notre conscience a saisi de cet instant. La photo est une action immédiate, le dessin est une méditation. » Il avouait dessiner trop vite. « On n’utilise pas impunément un appareil photographique comme un paquet de nerfs pendant quarante ans », s’excusait-il. Ses photos sont dans toutes les mémoires et ses pairs lui ont rendu fréquemment hommage. Il obtient le Grand prix national de la photographie en 1981, puis le prix Nadar de la photo en 1995. Son œuvre est exposée en 1987 dans une rétrospective au palais des Beaux-Arts de Pékin. Sa 95e année avait été marquée par une exposition à la Bibliothèque nationale de France (BNF), la création de la Fondation Henri Cartier-Bresson, notamment pour préserver et garantir l’indépendance de son œuvre, et par la création d’un grand prix de photo portant son nom.
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De la guerre civile espagnole à la révolution chinoise, de l’Inde au Sud profond des États-Unis, de Truman à De Gaulle, de Faulkner à Picasso, peu d’événements ou de géants de l’histoire auront échappé à son Leica. Il avait épousé en 1970 Martine Franck, également un grand nom de la photographie.
Lors de ses voyages, Cartier-Bresson « tenait son journal de bord non avec des mots, mais avec des images », parcourant le globe en quête du cliché d’exception depuis que, à la fin des années 1920, l’écrivain Paul Morand lui avait dit: « Allez donc en...