Les sorties de la semaine
k King Arthur
d’Antoine Fuqua
Le roi Arthur, personnage récurrent des œuvres littéraires, apparaît régulièrement sur les écrans de cinémas (First Knight, Camelot, Sword of Lancelot). Le réalisateur Antoine Fuqua (Training Day) présente ici une adaptation et une version très personnelle du héros et des légendes qui l’entourent. Les premières histoires faisant mention du roi date du Ve siècle après J-C, période où se déroule le film. Jusque-là donc tout va bien, puisque le temps est respecté et qu’il n’y a pas d’anachronismes. Cependant, dans cette version, de petites modifications sur les profils de nos héros sont tout de même un tantinet surprenantes : le roi Arthur traîne derrière lui des chevaliers pas franchement motivés (leur dernière mission est de ramener sain et sauf le filleul du pape et de protéger son village de l’attaque des Saxons). L’intrigue n’est pas crédible, la soi-disant solidarité des chevaliers envers Arthur non plus, et les spectateurs ne rentrent pas dans l’histoire. Les hommes d’épées ne dégagent malheureusement rien de charismatique, ce qui est d’autant plus grave lorsque l’on interprète Arthur ou Lancelot. Clive Owen et Ioan Gruffudd n’ont pas les matières nécessaires pour donner du poids à leur personnage. Aussi peu gâtée, Keira Knightley qui interprète Guenièvre, est réduite à une pseudo-amazone assoiffée de sang, habillée en costume de cuir à tendance sadomaso et au corps badigeonné de peinture. Merlin, quant à lui, n’est plus enchanteur mais guerrier celte. Terrible erreur que celle de présenter un film épique, de choisir des personnages légendaires par excellence et de les laisser sans consistance aucune. Les dialogues sont également délaissés : les discours répétitifs d’Arthur sur le thème de la liberté font écho à ceux de William Wallace dans Braveheart (sauf qu’il leur manque panache et grandeur). Les scènes de combats, pas plus inspirées, rappellent The Lord of the Rings et The Last Samouraï (à voir la scène où ils piègent l’ennemi par le feu). Seule la bataille sur la glace retient l’attention et se démarque du reste. Mais cela ne suffit pas.
Concorde, Abraj, Zouk
l Around the World in 80 Days
de Frank Coraci
110 millions de dollars pour ce film adapté librement du roman du Jules Verne. Choisir Jackie Chan comme l’un des personnages principaux, c’est admettre que le livre sert essentiellement d’excuse et de camouflage. Le réalisateur Frank Coraci (The Waterboy, The Wedding Singer) utilise l’idée de base du livre et y ajoute sa touche personnelle. Dans l’Angleterre du XIXe siècle, l’inventeur Phileas Fogg (Steve Coogan), fatigué de n’être point pris au sérieux par ses comparses, lance un défi au président de la Royal Academy of Science: le pari de pouvoir faire le tour du monde en 80 jours. À partir de là, le réalisateur prend un tournant à 90 degrés. Il donne le statut de personnage principal non plus à l’inventeur mais à son valet, interprété par Jackie Chan. Le film s’inspire alors des précédents films de l’acteur tels que Shanghai Knights et The Medallion: deux heures durant se succèdent scènes d’action, poursuites et combats pour arriver rapidement à l’épuisement du spectateur, déjà exténué par ces redondances permanentes. Le célèbre Chinois reste fidèle à lui-même. Rien de nouveau dans ses chorégraphies. Sorte d’énorme fourre-tout, Around the World in 80 Days présente une distribution internationale: un Chinois (Chan), un Anglais (Coogan) et une Française (Cécile de France) pour les rôles principaux. Le film lâche également une flopée de guest stars internationales: pour les francophones (Michael Youn), les anglophones (Richard Branson, John Cleese) et les américanophones (Macy Gray, Schwarzi, Kathy Bates, Rob Schneider). Ces apparitions furtives servent d’ailleurs à redonner de l’intérêt et à réveiller le spectateur, une caméra ultracolorée et dynamique qui fait l’effet d’une montagne russe.
Circuit Empire sauf Sofil,
Espace, Freeway
l People (Jet Set 2)
de Fabien Onteniente
Jet Set 1 était déjà loin d’être une réussite, mais alors avec People (Jet Set 2), nous tombons au fond du trou. Un robot lanceur de pilules hallucinogènes, une chèvre sous ecstasy et une brochette de personnages antipathiques et irritants, voilà quelques-uns des éléments qui servent un film facile, inutile et vulgaire.
Samuel Le Bihan, Bruno Solo, Elli Medeiros et Lorant Deutsch ne sont plus de la partie dans ce volet. Les nouveaux venus sont Rupert Everett, Eli Semoun, Rossy de Palma et Jean-Claude Brialy. L’histoire se déroule à Ibiza et suit la vie de John-John (J. Garcia), organisateur des soirées les plus folles de l’île, et Charles de Poulignac (R. Everett), aristocrate déchu de la jet-set parisienne.
Au-delà de l’humour inexistant et du ton général boiteux, le film présente des personnages caricaturés à outrance. Même Rupert Everett n’y échappe pas. C’est dire…
Concorde,
Abraj, Zouk
Sorties prévues pour le jeudi 29/07 (sous réserve):
– Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, avec Kate Winslet, Jim Carrey, Mark Rufallo, Tom Wilkinson, Kirsten Dunst et Elijah Wood.
– Mean Girls, de Mark Waters, avec Lindsay Lohan.
Paroles dE cinéma
Caméra rapprochée
Carrey contre Carrey
Acteur ultracélèbre du cinéma américain, Jim Carrey ne fait pourtant pas l’unanimité. Trop loufoque, déluré, taré, «humour premier degré», il n’est pas souvent pris au sérieux et son talent est remis en question. Étiqueté «acteur de comédies», Carrey a multiplié les films du même registre et s’est retrouvé inévitablement coincé dans le rôle du personnage super fortiche pour les grimaces et super-nase question QI. Ses rôles trop réducteurs (Ace Ventura, Liar Liar, Dumb and Dumber) ne lui permettaient pas de trouver reconnaissance et crédibilité auprès du public et des professionnels. L’acteur a cependant pris l’énorme risque d’interpréter des rôles à contre-emploi, des personnages plus complexes et plus nuancés. Encore fallait-il se montrer crédible et assumer pleinement la dimension dramatique demandée. Ça passe ou ça casse. Et pour Jim, ça passe magnifiquement bien. Surprenant de justesse, il sait nous faire totalement oublier la débilité de ses précédents personnages pour entrer dans la peau d’hommes riches en émotions et en humanité. Il fait ainsi ses preuves dans the Truman Show (Peter Weir) et Man on the Moon (Milos Forman). Le triomphe est vérifié par l’obtention de deux prix du meilleur acteur aux Golden Globes. Carrey reprend malheureusement ses mauvaises habitudes et revient vers la comédie (son premier amour), au grand désespoir des cinéphiles contraints de voir tant de potentiel gâché. Le public libanais verra de lui-même son indéniable talent d’acteur dramatique dans le surprenant film de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the Spotless Mind.
D.D.
Courrier
Au sujet des super-héros
L’homme a besoin plus que jamais de merveilles et de mythes. Hier comme aujourd’hui, le héros est transcendé. Les sociétés ont toujours besoin de modèles, de personnages qui les guident et qui représentent certaines valeurs. Ces super-héros nés avec la Seconde Guerre mondiale sont : Spider-Man, X-Men, Iron- Man, Hulk, Super-Man, Wonder Woman etc.
C’est l’engouement du public américain pour les «comic strips» paraissant dans les quotidiens d’avant-guerre qui a poussé leur créateur Stan Lee vers les hauteurs. Le besoin d’idéal et le sentiment patriotique a poussé la jeunesse américaine à s’identifier à ces justiciers et à ces héros (il ne faut pas oublier que l’époque était très trouble). Tous ces personnages sont devenus des porte-drapeaux contribuant à l’effort de guerre (il faut se rappeler Wonder Woman cassant du nazi). Mais tout change après la guerre. La censure s’y mêle et traque la violence dans les propos et les images. Spider-Man a le pouvoir de faire régner la justice, mais il ne peut avoir une vie sociale. Ce bestiaire renvoie au Minotaure et au Centaure de la mythologie grecque. Hulk hérite lui aussi de la mythologie grecque (le colosse) et représente à la fois Mister Hyde et le refoulé de Freud. Il faudra attendre les travaux d’Umberto Eco qui démontre le rôle cathartique des super-héros et ceux du mythologue américain Joseph Campbell qui, lui, trouve une corrélation entre les surhommes du XXe siècle et ceux de la Grèce antique.
Romeo Saab
En gros plan
Suites et nouveautés: faire le tri!
N°2, n°3,... on commence à être saturé, même si on nous assure, pratiquement à chaque coup, que la suite est (encore) plus réussie que le (ou les) précédent(s). Ce système à répétitions témoigne en fait de l’incapacité d’Hollywood à renouveler son stock de sujets originaux – le box-office et les ordinateurs prenant les décisions. On aura même droit (mais quand?!) au n°4 de la saga Indiana Jones, un film dont la mise en chantier paraît poser des problèmes de tout ordre (on pourra toujours tourner le «Non-Making of I.J.»!). Pourtant, des nouveautés pointent à l’horizon. Toute proche est annoncée la sortie (pour le 12) du film de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, d’après un scénario de Charlie Kaufman, avec Jim Carrey et Kate Winslet, un film précédé d’une réputation bien trop flatteuse. Devrait suivre, plus tard, le film français au triomphe inattendu, Les Choristes, de Christophe Barratier. En attendant le nouveau suspense de M. Night Shyamalan, The Village, et le Terminal de Spielberg, avec Tom Hanks.
GOUX-PELLETAN
Contacts: Société générale de presse et d’édition SAL, Kantari, imm. Kantari Corner. E-mail: redaction@lorientlejour.com
(230 mots)
DYMA DEMIRDJIAN
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