Le vert au goût du jour
Les sorties de la semaine
kkk Shrek 2
d’Andrew Adamson, Kelly Asbury et Conrad Vernon
Shrek 2 a réussi l’impossible, rivaliser avec le succès monumental du précédent volet (premier film couronné au tout nouvel Oscar du meilleur long métrage d’animation) et offrir une suite aussi délectable, si ce n’est plus que Shrek 1. L’équipe réalise l’incroyable tour de force de construire une histoire qui n’était originellement pas destinée à nourrir une suite. Il fallait donc trouver de l’originalité, de la créativité et de nouveaux supports humoristiques pour éviter le sort réservé généralement au numéro 2 : celui de passer aux oubliettes.
Dotés d’une main de maître et d’un talent «génialissime», les artisans et responsables de Shrek 2 présentent un film d’animation hors pair dont l’unique défaut est de ne plus pouvoir donner aux spectateurs la fraîcheur de la découverte, l’excitation de la première fois. Qu’à cela ne tienne, le nouvel opus regorge de nouveautés. Au-delà des affolantes techniques d’animation (qui atteignent leur point culminant), de la qualité du graphisme et des couleurs, vient se greffer un monde excessivement singulier. Les studios DreamWorks ont choisi de viser le créneau «adulte». Bien que Shrek convienne aux enfants (l’aspect grossier du héros, ses compagnons Donkey et Puss in Boots aux lignes et expressions tordantes), son univers ainsi que ses nombreuses références à la pop-culture demandent une certaine maturité. L’histoire suit toujours le trio central (Shrek, la princesse Fiona et Donkey) venu rencontrer, au royaume de Far Far Away, les parents de la mariée.
Festival de l’anachronisme
et de l’autodérision
Shrek 2 multiplie les clins d’œil cinématographiques, culturels et musicaux de notre époque, permettant ainsi au film de construire intelligemment un univers bien à lui. Si les non-cinéphiles passeront à côté des références de Spider-Man, Flashdance, The Mask of Zorro ou Frankenstein, ils se rattraperont peut-être sur la musique qui va de Ricky Martin à Tom Waits, en passant par Nick Cave. Aussi important que le premier plan, l’arrière-plan cache de belles surprises et demande aux spectateurs une lecture particulièrement attentive. Il serait en effet dommage de rater les détails exquis dont regorge le royaume de Far Far Away (sorte de Beverly Hills médiéval avec ses boutiques Versarchery, Farbucks et Joust Ralph Lancer). Défiant les conventions et les règles des contes de fées, le film d’animation nous subjugue par son sens aigu de la caricature. Le tout étant d’aller à l’encontre du classique, de changer les données. Ainsi, Shrek 2 moque sans complexe le monde merveilleux de Disney et s’en amuse ouvertement: Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, La sirène Arielle, Pinocchio, etc. sont délibérément ridiculisés. Les personnages bien connus des contes ne sont également pas épargnés: le prince charmant ainsi que la fée sont revisités à la sauce Shrek.
L’effet est incroyablement efficace.
EMPIRE/ABC, SODECO, DUNES,
GALAXY,KASLIK, FREEWAY, SAINT-ÉLIE
l Connie and Carla
de Michael Lembeck
S’inspirant outrageusement de Some Like it Hot (Billy Wilder, 1959) et Victor/Victoria (Blake Edwards, 1982), le réalisateur Michael Lembeck suit un duo de femmes (Nia Vardalos et Toni Collette) qui, témoins d’un meurtre, décident de fuir pour Los Angeles. Folles depuis leur plus jeune âge de comédies musicales, elles tentent leur chance à LA en se faisant passer pour des travesties dans des shows où elles sont déguisées en drag queens.
L’actrice Vardalos, à l’origine du succès (très intrigant) de My Big Fat Greek Wedding, joue et signe le scénario du film. Son humour terriblement vieux jeu ne passe pas, tout comme les thèmes bateaux tels que la tolérance et l’homophobie, ainsi que les phrases rébarbatives, telles que «suis tes rêves» et «accepte ton corps». Trop de mimiques, de chichis et de cacophonies dans un film qui se présente comme un pot-pourri de plusieurs succès cinématographiques car, en plus des références citées plus haut, le réalisateur puise dans Sister Act et Thelma et Louise. Trop banal, Connie and Carla reste plat et sans saveur. Faute de parcours monumental pour l’excellente actrice Toni Collette, réduite ici à une poupée poudrée avec option grimaces.
CONCORDE, ABRAJ, ZOUK
Sorties prévues pour le jeudi 29/07 (sous réserve):
– King Arthur, d’Antoine Fuqua, avec Clive Owen, Keira Knightley, Ioan Gruffudd.
– People Jet Set 2, de Fabien Onteniente avec José Garcia, Lambert Wilson, Rupert Everett.
– Around the World in 80 Days, de Frank Coraci, avec Jackie Chan, Steve Coogan, Cécile de France.
Paroles dE cinéma
améra rapprochée
DreamWorks: pour les 7 à 77 ans
Intéressant est de constater que la machine DreamWorks choisit d’offrir des films à niveau délibérément plus adultes que ses compétiteurs, notamment Pixar. Les sujets, les thèmes ainsi que les références cités le confirment. Constatez de vous-mêmes, le héros de Antz (Fourmiz) n’est autre qu’un insecte névrosé et perturbé joué par Woody Allen (toujours en psychanalyse). Pas très rigolo pour un enfant, non?! L’adulte se sent ainsi bien plus concerné par les histoires et les problèmes des personnages. Analysons maintenant l’apparence physique du héros actuel, Shrek: un énorme ogre vert pas franchement avenant, plutôt grossier et solitaire. Là encore, les petites pommes ne sont pas vraiment gâtées. Pour attirer leur nouvelle cible, les studios ont l’idée de faire de leurs films le miroir de la société actuelle.
DreamWorks ne délaisse par pour autant son jeune fan club. Il intègre aux histoires deux ou trois personnages à utilité purement comique et offre des effets d’humour basiques (grimaces et blagues scato). Tout est mis en œuvre pour séduire toutes générations confondues. DreamWorks réalise ainsi le doublé gagnant en ayant eu l’intelligence de toucher aux petits comme aux grands, de rassembler plus de spectateurs, donc plus d’entrées. Jackpot.
D.D.
ourrier
Un classique: «The Unbearable Lightness of Being», de Philip Kaufman (1988)
Érotisme cru, réalisme choquant
Basé sur le célèbre roman de Kundera, l’Insoutenable légèreté de l’être est une œuvre incontestable du cinéma érotique. Le succès du film tient beaucoup à l’inimitable réalisation de Kaufman, aux excellentes interprétations des acteurs et surtout à l’incomparable cinématographie (le directeur de la photographie est Sven Nykvist, désormais reconnu comme l’un des meilleurs grâce aux films d’Ingmar Bergman).
L’histoire : Thomas (Daniel-Day Lewis) est un médecin de Prague qui prend la vie à la légère. Il est amoureux de deux femmes, son épouse Térésa (Juliette Binoche) et sa maîtresse Sabina (Lena Olin). Suite à plusieurs événements, son triangle d’amour se terminera abruptement. Tous les personnages présentent des spécimens de société : l’homme frivole, l’épouse loyale et la maîtresse accaparante. Les scènes érotiques, sulfureuses et bien corsées (pouvant paraître obscènes pour certains spectateurs) sont filmées avec beaucoup de réalisme et de sensualité à la fois. Le scénario est écrit par le légendaire Jean-Claude Carrière qui choqua le public avec le fameux Belle du jour en 1967.
En somme, The Unbearable Lightness of Being, devenu un classique, fut le seul en 1989 à émerger parmi plusieurs longs métrages commerciaux et demeure aujourd’hui le film le plus érotique depuis Le dernier tango à Paris, en 1973.
Élias Abou Charaf
n gros plan
Rendez-vous arabes :
Chahine et Nasrallah
Deux films arabes importants seront proposés prochainement à l’attention du public libanais. Dans Alexandrie-New York, Youssef Chahine filme à nouveau sa nostalgie passionnée de l’Amérique d’autrefois, celle «d’avant»... Souvenirs hollywoodiens et amoureux à l’appui : d’où «la rage au cœur» du cinéaste. La date précise de la sortie libanaise n’est pas encore fixée.
Avec La porte du soleil (Bab el-Chams), Yousri Nasrallah – qui avait justement débuté sa carrière en travaillant avec Chahine – confirme son statut de véritable grand cinéaste. Adapté de l’ouvrage d’Élias Khoury, son nouveau film se présente comme une fresque aux dimensions impressionnantes. Le thème : les errances du peuple palestinien, depuis la création de l’État d’Israël jusqu’aux accords d’Oslo. En écartant simplifications de tout ordre, clichés et autres conventions. Ni la légende, ni la sensualité, ni bien sûr l’émotion n’en sont absentes. Tout comme la vision critique et souvent dérangeante. Bref, une œuvre.
Avant-première le 15/9, sortie en salles le 16/9.
J.-P. Goux-PELLETAN
EN ATTENDANT LES CINÉ-CLUBS
Après le géant vert, le chat roux
Frénésie, excitation et grande joie illustrent cette fin de mois avec la sortie de Shrek 2. Le mois d’août sera peut-être marqué par ces mêmes sentiments puisqu’est prévue, le 26, la sortie d’une autre grande star: le chat Garfield. Il est à espérer que le réalisateur Peter Hewitt saura tirer profit de ce personnage si peu conventionnel et si terriblement caustique. Venu tout droit des pages des bandes dessinées de Jim Davis, le félin paresseux, égocentrique, incapable, manfichiste, capricieux, sarcastique et sans ambition promet de bons moments de comédie. Le point fort de Garfield: The Movie, avoir choisi Bill Murray pour interpréter la voix du matou. Autre jolie surprise, le scénario est coécrit par Joel Cohen (Fargo, The Big Lebowski, The Ladykillers), dont l’humour particulier et irrésistible ne peut que jouer en l’avantage du film. Contrairement à Shrek, Garfield combine personnages animés et personnages humains. Garfield est d’ailleurs le seul à avoir été créé par ordinateur. Reste à voir cependant si l’équipe a su intégrer subtilement et intelligemment le faux chat à un vrai environnement. Quoi qu’il en soit, l’idée de transposer sur grand écran les aventures du gros Garfield ravit.
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR DYMA DEMIRDJIAN
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