Le Ballet national de Marseille a définitivement tourné la page Pietragalla, non sans derniers soubresauts, après des semaines de bras de fer entre son personnel et la danseuse-étoile.
Le ministère français de la Culture a confirmé ce que Marie-Claude Pietragalla avait annoncé il y a quelques jours: la directrice artistique de la deuxième compagnie de France, qui a toujours exclu de démissionner, a été licenciée, pour faute grave, non précisée.
En retour, la chorégraphe, qui juge son licenciement illégal alors qu’elle est enceinte de six mois, a interdit au BNM, «dans sa direction actuelle», de présenter «une quelconque de ses œuvres», entraînant in extremis l’annulation de son prochain spectacle, prévu à partir d’aujourd’hui jeudi au théâtre national de La Criée.
Son départ lui a été signifié le 27 février par le président du ballet et de l’école de danse, Gabriel Kosman, pourtant chargé le jour même par le conseil d’administration d’entamer avec elle des «négociations», s’est étonnée la danseuse.
Le ministère de la Culture minimise aujourd’hui la portée de ce licenciement: «Il n’est qu’un élément de procédure», notamment pour lui permettre de partir sans être imposée sur ses indemnités, a indiqué Jérôme Bouët, directeur de la musique, du théâtre, de la danse et des spectacles.
Mais l’adjoint à la culture de la mairie de Marseille, Serge Botey, a également concédé que les tutelles «s’étaient initialement donné jusqu’à la fin du mois» pour aboutir à une transaction. «Gabriel Kosman a manifestement eu ses raisons de se sentir obligé d’aboutir à ça», ajoute-t-il. M. Kosman n’a pu être joint.
Le conflit est devenu public début février avec la démission de l’administrateur du ballet, Marc Sadaoui, chargé en juin 2002 de redresser les finances de l’institution, quatrième administrateur à quitter le ballet depuis l’arrivée à sa tête de la danseuse étoile, en 1998.
80% des personnels du BNM, fondé par Roland Petit en 1972, et de l’école de danse ont alors appelé à sa démission puis se sont mis en grève, «déterminés à aller jusqu’au bout cette fois» après qu’une première révolte, en 2001, contre sa gestion «autocratique» fut restée sans suite.
Reconnaissant que la crise couvait depuis longtemps, le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, avait alors demandé à la danseuse de trouver une «sortie honorable».
«Il fallait sortir de cette situation, sortir du cap de qui a tort, qui a raison, car tout le monde était tombé dans l’exagération», résume Serge Botey.
L’étoile a toujours réfuté les accusations du personnel, insistant sur le travail accompli ces six dernières années et les mesures en faveur des danseurs: titularisations, changement des sols trop durs pour les articulations, emploi d’un kinésithérapeute... «J’ai vu Pietra en répétition avec des danseurs qui souhaitaient travailler. Elle n’était que douceur et amour», indique un de ses proches.
«C’est une cabale dégueulasse contre elle», s’indigne Richard Martin, le directeur du théâtre Toursky, où Pietra a notamment créé Ni Dieu ni maître, un hommage à Léo Ferré.
«Il est vrai que la compagnie était sans répertoire à son arrivée et qu’elle l’a mise à un bon niveau artistique et technique», reconnaît-on au ministère de la Culture. Pietra l’a dotée de 27 pièces, dont 9 de sa création.
Pour l’heure, les négociations sur les modalités de son départ se poursuivent. Selon une source proche du dossier, la danseuse se verrait proposer des indemnités «substantielles», en plus d’une subvention pendant trois ans – de quelque 150 000 euros par an – pour l’aider à monter sa propre compagnie.
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