Pour les enfants d’Ouzbékistan, ex-République soviétique d’Asie centrale dirigée d’une main de fer par le président Islam Karimov, l’école est presque une détente mais elle fait souvent place aux travaux forcés.
Ainsi, dans la région de Namangan, dans l’est du pays, il arrive souvent qu’au lieu d’aller en classe ou de faire leurs devoirs, les écoliers sont obligés de paver une route sous un soleil brûlant. « Nous ne sommes autorisés à faire cours que quand les responsables de l’Administration locale considèrent que la route est dans un état satisfaisant », explique sous le couvert de l’anonymat le directeur d’une école. « Mon école est responsable d’un kilomètre de chaussée, qui doit être nettoyé deux fois par semaine. Le bord des trottoirs et les arbres le long de la route doivent être peints en blanc, la chaussée doit être propre et les fleurs doivent être arrosées tous les jours pour qu’elles ne se dessèchent pas », ajoute-t-il. Dans ce pays qui possède la plus importante armée de la région, mais où l’économie stagne alors qu’aucune statistique sur le niveau de pauvreté de la population n’est publiée, ce sont les enfants des zones rurales qui sont chargés du bon entretien de leur village, souvent au détriment de leurs études. Si certaines personnes approuvent ce type de travail qui entretient selon eux le sens de la fierté, d’autres dénoncent un véritable système d’exploitation qui rogne tout au long de l’année sur le temps consacré à l’éducation. Plusieurs régions envoient régulièrement des enfants de neuf ans travailler dans les champs de coton afin d’atteindre les quotas de production imposés par le gouvernement, une activité qui peut les empêcher d’aller en classe jusqu’à quatre mois par an. L’année dernière, Risbaï Jouraïev, qui était alors ministre de l’Éducation, s’était engagé à ce que la récolte du coton ne retienne pas les enfants hors de l’école plus d’un mois par an. Mais l’Ouzbékistan n’a pas ratifié les conventions relatives au travail des enfants de l’Organisation internationale du travail, et de nombreux observateurs doutent que ces promesses soient tenues. D’autant que l’utilisation d’écoliers comme main-d’œuvre gratuite peut aller très loin, particulièrement à Namangan, l’une des plus importantes régions du pays pour la production de coton, l’un des piliers de l’économie ouzbèke. Dans une des écoles, une enseignante explique qu’en plus du travail « habituel » dans les champs de coton, sa classe doit cultiver plus de 10 hectares appartenant à un haut responsable de la justice locale. « Les enfants ne reçoivent ni salaire ni nourriture pour leur travail », dit-elle.
Pour les détracteurs du gouvernement, cette exploitation de l’enfance représente à terme un grave risque pour la stabilité d’un pays de 26 millions d’habitants où environ 60% de la population est âgée de moins de 25 ans. D’autant qu’elle offre un terrain propice à l’extension de l’islamisme radical, ajoutent-ils. Selon l’Unicef, quelque 34 500 enfants ouzbeks vivent et travaillent dans la rue, et ne sont pas du tout scolarisés.
Quant à l’enseignement supérieur, il ne vaut guère mieux, estime la représentante locale d’une grande entreprise occidentale, inquiète pour l’avenir de ses propres enfants. « La situation est catastrophique, n’importe qui peut acheter un diplôme et devenir docteur. Je n’ose même pas penser à l’avenir », dit-elle.
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Ainsi, dans la région de Namangan, dans l’est du pays, il arrive souvent qu’au lieu d’aller en classe ou de faire leurs devoirs, les écoliers sont obligés de paver une route sous un soleil brûlant. « Nous ne sommes autorisés à faire cours que quand les responsables de l’Administration locale considèrent que la route est dans un état satisfaisant », explique sous le couvert de l’anonymat le directeur d’une école. « Mon école est responsable d’un kilomètre de chaussée, qui doit être nettoyé deux fois par semaine. Le bord des trottoirs et les arbres le long de la route doivent être...