L’enseigne rouge, Bar Louie, accrochée il y quelques mois, avait, semble-t-il, choqué les habitants de Gemmayzé, pas vraiment habitués à ce genre de vocabulaire dans leur quartier très conservateur ! Qu’à cela ne tienne, le mot «bar», qui peut, n’est-ce pas, prêter à confusion, surtout sur fond rouge, sera discrètement enlevé. Aujourd’hui, on appelle l’endroit «Louie» tout court. Najib Rayès, propriétaire des lieux, ne veut vraiment fâcher personne. Ni les voisins, qui pourraient se plaindre de la musique, ni les gens qui viennent depuis des mois prendre un verre ou grignoter des «tapas» dans son Louie – sans doute va-t-il définitivement le baptiser ainsi, dans sa version raccourcie, « Les gens s’y sont habitués », précise-t-il. Car, il est vrai, pour lui, le plus important, c’est que chacun vienne trouver ici ce qu’il cherche. Une ambiance agréable, une musique diversifiée et des prix abordables. Ouvert à toutes les suggestions, il affirme être prêt à faire ce qu’il faut pour contenter le plus de monde et surtout, que le Louie ne soit pas un phénomène de mode qui meurt dans un ou deux ans. Pour le moment, il semble bien parti pour durer !
Une ambiance chaude
Pourquoi le prénom Louie ? avons-nous été tentés de demander, comme beaucoup. « C’est un nom facile à retenir, qui existe dans toutes les cultures, en Espagne, en France, aux États-Unis. Même ici, nous avons des Louisse ! » Un drôle de mélange occidental, à la sauce, au charme oriental, qui se confirme dans la décoration des lieux. Initialement un four qui fabriquait du pain arabe, le voilà discrètement remis au goût du jour : on garde les arcades en pierres, les plafonds hauts, on creuse dans le sol, on rajoute à cette structure très libanaise des lumières rouges, une miniscène pour les représentations live, sur fond rouge également, noyant la salle dans une atmosphère très intime. Puis on place des tables rondes en bois et un bar, qui accueillent en tout une soixantaine de personnes assises, et, au lieu d’en faire, ce qui aurait été évident, un restaurant libanais, Najib, riche de son expérience aux États-Unis, a préféré le transformer en bar. Bar Louie, tapas & music, précisait aussi l’enseigne amputée. Exit le mot bar et les tapas, bientôt remplacés par une carte plus fournie à la demande générale. Reste la musique, élément clé de ce petit coin tapi sous de charmantes arcades, ponctué de touches en fer forgé noir et de petits détails très années 70. « Nous avions commencé avec du jazz pur plusieurs soirs par semaine, et des musiciens étrangers qui venaient servir leur plus belle musique. C’était un peu trop jazzy au goût de beaucoup. » À présent et avec possibilité de changement, car Louie se cherche et tient toujours à se renouveler, trois soirées de Live Music sont au programme. Le premier mai réserve une nouvelle programmation, nous confie-t-on. Cette semaine, du 26 mai au 1er avril, le musicien Tex Allen, que les Libanais connaissent déjà bien, est au menu musical. La belle ambiance sera au rendez-vous. Comme elle le fut un dimanche soir, il y a deux semaines, lorsque Joëlle Khoury, plus rock, a chanté sur scène avec ses musiciens, l’endroit plein à craquer. À l’intérieur, et comme tous les soirs, le public était mixte. Des âges, des genres, des looks différents se mélangeant parfaitement au rythme des chansons. Tout ce beau monde a chuchoté, un verre à la main, mangé, se laissant allègrement emporter, et tout le monde était content.
Carla HENOUD
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