Retransmettre ou pas à l’écran les horreurs de la guerre, diffuser ou non des vidéos montrant des décapitations ou des otages menacés d’exécution : ces choix difficiles pour les chaînes de télévision ont divisé les professionnels des médias qui se sont réunis hier à Doha. « Les médias relaient le terrible impact des bombes, montrent des tas de cadavres et les destructions que causent ces bombes, mais ils provoquent un choc lorsqu’ils montrent, par exemple, la décapitation d’un otage étranger en Irak », a noté le rédacteur en chef adjoint du quotidien arabe al-Hayat. « Doit-on s’empêcher de publier ou de diffuser les images d’une décapitation ? » s’est demandé ce journaliste, ajoutant que l’unique critère à retenir réside dans « l’information apportée » par le document.
Des chaînes de télévision satellitaires, dont al-Jazira, du Qatar, et al-Arabiya, basée à Dubaï, ont été particulièrement critiquées par l’Administration américaine pour leur couverture de la guerre en Irak en 2003 et de la guérilla qui s’est ensuivie dans le pays. Des critiques ont également été formulées après la diffusion par ces chaînes d’images de ressortissants étrangers pris en otages, ou de scènes liées à la décapitation ou l’exécution d’Américains ou d’Asiatiques, en Irak et en Arabie saoudite, par des radicaux islamistes armés.
« Nous avons toujours évité de diffuser des images affreuses, dont celles des décapitations d’otages, par respect pour les sentiments des téléspectateurs », a affirmé le directeur général d’al-Jazira, Waddah Khanfar. M. Khanfar, dont la chaîne a rassemblé lundi et mardi plus de cent professionnels à Doha pour un débat sur le rôle des médias, notamment en situation de guerre, a affirmé qu’al-Jazira « veille à ne pas servir de tribune de propagande » aux auteurs des vidéos de scènes « horribles » qu’elle reçoit. Al-Jazira, mise à l’index notamment à Washington depuis sa couverture en exclusivité de la guerre en Afghanistan fin 2001 et des messages du chef d’el-Qaëda Oussama Ben Laden, est en passe de se doter d’un code de déontologie professionnelle pour pallier toute anomalie dans son fonctionnement.
Bertrand Picquerie, président du World Editors Forum, une association internationale basée à Paris, est plus prudent. « Il n’y a pas, en soi, un principe universel qui voudrait qu’on montre ou qu’on ne montre pas une telle image. Mais la déontologie du rédacteur en chef lui permet de prendre la bonne décision », a-t-il expliqué. De plus, a-t-il ajouté, « l’image montrée ne doit en aucun cas servir un but de propagande et les médias doivent refuser toute manipulation ».
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