Certains lieux terrestres, plus que d’autres, inpirent le sentiment du sacré. Citons en particulier les hauts lieux, les grottes et les sources.
1 – Les hauts lieux, comme l’indique la dénomination, sont des lieux sacrés vénérés aussi bien par les païens d’avant Jésus-Christ que par les chrétiens aujourd’hui. Ils sont situés au sommet d’une montagne, où l’on se sent plus proche du ciel et de Dieu. Au Liban, dans la Phénicie de jadis, le dieu Baal avait ses temples de préférence sur des monts élevés, maudits par les prophètes de l’ancienne loi hébraïque, thème que l’on retrouve dans la bouche de Joad quand il dit dans Athalie, la tragédie de Racine :
« Jéhu sur les hauts lieux enfin osant offrir,
« Un téméraire encens que Dieu ne peut souffrir... » (III – 1089)
Mais les Français catholiques ont érigé aussi de magnifiques sanctuaires sur des promontoires élevés comme à Paris à Montmartre, à Lyon à Notre-Dame de Fourvière, à Marseille à Notre-Dame de la Garde et, au Liban, sur la montagne de Harissa. Songeons aussi à La colline inspirée, œuvre littéraire de Maurice Barrès, imitée au Liban, pour le titre, par Charles Corm dans La montagne inspirée.
2 – Les grottes sacrées. Dans l’Antiquité gréco-latine, tout au contraire des lieux élevés qui nous rapprochent de la divinité, les grottes souterraines sont des lieux obscurs et terrifiants, le royaume des morts et des monstres comme le Minotaure de la Crète tué par Thésée, selon la légende. Mais dans la religion chrétienne, la grotte prend un sens tout différent et consolateur. Jésus, le Messie attendu « depuis plus de quatre mille ans », naît dans une grotte à Bethléem et nous apporte la paix et la joie. À Lourdes, en 1858, la Sainte Vierge, dans la grotte de Massabielle, se montre à Bernadette Soubirous, et ce lieu devient l’un des plus importants lieux de pèlerinage de la chrétienté pour la guérison des malades.
3 – Les sources miraculeuses. Le symbole de l’eau jaillissant des sources est celui de la vie, et nos ancêtres en ont fait un don divin. Sainte Bernadette, à Lourdes, fait jaillir du sol une source miraculeuse recueillie dans une piscine où l’on plonge des malades, dont certains en sortent guéris. L’évangéliste saint Jean relate la guérison de l’aveugle-né, en se lavant les yeux dans la source de Siloé (Jn, IX, 1 à 7). C’est encore saint Jean qui parle de la piscine des Brebis où fut guéri un paralytique par Jésus (Jn, V, 1 à 9)
Il arrive aussi que ces trois lieux symboliques du sentiment sacré soient confondus, comme au Liban où le fleuve Adonis (aujourd’hui Nahr Ibrahim) jaillit majestueusement au printemps d’une grotte imposante de la montagne d’Afqa, un haut lieu où l’on vénère encore un autel consacré à la Vierge Marie sur les ruines d’un petit temple païen dédié à Ichtar. Les ancêtres phéniciens y accrochaient un linge aux branches d’un arbre sacré après avoir fait un vœu, et ce geste religieux est refait aujourd’hui par les femmes de l’endroit, mais en priant la Vierge Marie dont la statue a remplacé la déesse Ichtar dans le petit temple ancien, car l’Église dans les siècles passés a christianisé les endroits des cultes païens, comme par exemple en Bretagne, où les pierres dressées par les ancêtres, appelées menhirs, portent parfois une croix sculptée dans la pierre, comme le menhir de Trégunc, entre Concarneau et Pont-Aven.
Ces lieux éternels du culte religieux ont fait dire à un philosophe que l’homme défini comme « animal raisonnable » mériterait plutôt d’êre défini comme « le seul animal religieux ». La Bible d’ailleurs nous affirme qu’il fut créé à l’image de Dieu. Et les femmes libanaises qui accrochent encore aujourd’hui un linge à l’arbre sacré d’Afqa pour remercier la Vierge Marie d’un vœu exaucé ignorent sans doute qu’elles refont le geste rituel des femmes phéniciennes des millénaires perdus dans la nuit des temps et des grottes sacrées.
Yves CARIOU
Professeur de lettres,
d’histoire et de religion, dans plusieurs collèges du Liban
et de Syrie, de 1950 à 1995
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1 – Les hauts lieux, comme l’indique la dénomination, sont des lieux sacrés vénérés aussi bien par les païens d’avant Jésus-Christ que par les chrétiens aujourd’hui. Ils sont situés au sommet d’une montagne, où l’on se sent plus proche du ciel et de Dieu. Au Liban, dans la Phénicie de jadis, le dieu Baal avait ses temples de préférence sur des monts élevés, maudits par les prophètes de l’ancienne loi hébraïque, thème que l’on retrouve dans la bouche de Joad quand il dit dans Athalie, la tragédie de Racine :
« Jéhu sur les hauts lieux enfin osant offrir,
« Un téméraire encens que Dieu ne peut souffrir... » (III – 1089)
Mais les Français...