Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Les décideurs agacés par les remous sur le front de la présidentielle

Des professionnels, dont les capteurs sensoriels sont particulièrement affûtés, estiment que l’on a tort de s’agiter tellement autour de l’article 49. Car, pour les décideurs, il est encore trop tôt pour en parler dans un sens ou dans l’autre. En réalité, ces antennes dirigées vers le Barada croient savoir que sur les rives de cet auguste cours d’eau, on se montre particulièrement agacé par la présente charge de cavalerie que mènent les anti- reconductionnistes. Qui, rendant la monnaie de leur pièce à leurs adversaires, veulent absolument faire croire que la prorogation est hors de question. Ce qui, selon les mêmes sources, n’est pas plus vrai que le contraire. Ces pôles indiquent qu’en quelque sorte, les tuteurs sont plus indisposés par la vague antireconductionniste que par la campagne des loyalistes. Pourquoi, parce qu’ils apprécient le régime ? Il y a de cela, sans doute. Mais surtout parce que les arguments des partisans de l’alternance, du respect constitutionnel de la démocratie, sont difficilement réfutables d’une part. Et concordent parfaitement avec les souhaits mutuellement émis par les Français et par les Américains, via la fameuse déclaration Chirac-Bush, d’autre part. Donc, la levée de boucliers des opposants démocrates réduit potentiellement la marge de manœuvre tactique du grand électeur régional. Et le fait apparaître comme affaibli face à des Occidentaux qui, depuis un certain temps, lui mettent la pression. C’est un peu pourquoi l’on entend répéter qu’il est prématuré de spéculer sur la présidentielle et sur ses préliminaires. Mais, dans la réalité des choses, il est trop tard pour convaincre les parties prenantes locales qu’il est trop tôt. Elles sont en effet déjà en pleine course d’échauffement, en plein effort de prologue, comme dans le Tour de France. Cela fait des mois entiers d’ailleurs que l’on connaît les sentiments des uns ou des autres. Mais concrètement, ce sont les loyalistes, par le truchement de Kanso comme de Michel Murr, qui ont mis le feu aux poudres il y a quelques petites semaines. Et le retour de bâton n’a pas tardé : Hariri a annoncé de suite qu’en cas de maintien du statu quo, il passe à l’opposition. Tandis que Bkerké, tout en dépersonnalisant la question, réitérait son rejet d’un amendement constitutionnel barrant l’alternance. Ce qui a été suivi par le tir de barrage de Sleimane Frangié, du reste présidentiable, contre la reconduction. Bref, si l’on ne peut pas encore parler d’éruption majeure, il est clair que le volcan entre en activité. Et, bien entendu, on pave la voie en faisant appel à l’histoire. Certains soutiennent ainsi que même durant la guerre intestine, les Libanais de tous bords n’ont jamais accepté de renoncer au principe premier de l’alternance, symbole de démocratie. Ils rappellent que durant les quinze années de sanglantes épreuves, le pays a pu avoir six présidents différents: Frangié, Sarkis, Béchir et Amine Gemayel, Moawad et Hraoui. Au plus fort des convulsions, Sarkis avait refusé une rallonge d’un ou de deux ans, offerte par les puissances, en soulignant qu’il était vital pour le pays de s’accrocher au processus institutionnel démocratique. Cet exemple fort, les antireconductionnistes le mettent évidemment en exergue. Pour affirmer que rien ne peut justifier une dérogation aux règles constitutionnelles, surtout en temps de paix. Ils ajoutent un autre rappel : même quand il s’était agi d’avancer la date du scrutin, en 1976, sans pour autant toucher à la durée du mandat Frangié, les démocrates s’y étaient opposés. Raymond Eddé, malgré l’urgence et malgré la commodité de la solution, objectait ainsi qu’il est toujours inadmissible de toucher à ce pilier qu’est la Constitution, à l’occasion d’une échéance déterminée. Allant plus loin, les mêmes sources soulignent qu’en outre, une fois qu’on a commencé à tripatouiller la Constitution on n’en finit plus. Chacun voudrait y aller de sa petite réforme, et ce serait la zizanie, l’anarchie garanties. Cela étant, les pôles temporisateurs, sensibles sans doute aux desiderata des décideurs, reprochent aux antireconductionnistes de trop faire monter la tension. Ce qui selon eux, aggrave le marasme économique et conduit le pays à retenir son souffle, dans la crainte de forts remous politiques. Ces parties ne cachent pas que les tuteurs conseillent plus que jamais de ranger au placard tout le dossier relatif à la présidentielle. Et de se consacrer, comme le fait le premier cercle loyaliste, à l’étude de dossiers ou d’affaires judiciaires déterminés, faute d’élaborer des projets consistants par manque de temps. Selon les visiteurs de Baabda, le régime est résolu à accomplir autant de réalisations que possible, dans la dernière ligne droite de son mandat. En marquant des points du côté de la primauté de la loi, en base de la devise que nul ne devra se sentir à l’abri s’il est coupable. Selon les loyalistes, le régime cherche de la sorte à initier une opération d’épuration, qu’il poursuivrait lui-même en cas de reconduction. Ou qui pourrait faciliter les choses pour son successeur en cas d’élection normale. Philippe ABI-AKL
Des professionnels, dont les capteurs sensoriels sont particulièrement affûtés, estiment que l’on a tort de s’agiter tellement autour de l’article 49. Car, pour les décideurs, il est encore trop tôt pour en parler dans un sens ou dans l’autre. En réalité, ces antennes dirigées vers le Barada croient savoir que sur les rives de cet auguste cours d’eau, on se montre particulièrement agacé par la présente charge de cavalerie que mènent les anti-
reconductionnistes. Qui, rendant la monnaie de leur pièce à leurs adversaires, veulent absolument faire croire que la prorogation est hors de question. Ce qui, selon les mêmes sources, n’est pas plus vrai que le contraire.
Ces pôles indiquent qu’en quelque sorte, les tuteurs sont plus indisposés par la vague
antireconductionniste que par la campagne des loyalistes....