Une immense photo d’un jeune garçon est accrochée dans le magasin de la famille de la victime, au centre de Samarra dans le nord de l’Irak, avec cette mention : « Les soldats des forces d’occupation américaine l’ont tué en le jetant dans la rivière. »
Zaidoun al-Samarraï, 20 ans, s’est noyé par une nuit froide de janvier, quand des soldats américains qui le détenaient avec son cousin de 23 ans les ont jetés à l’eau à l’entrée d’un pont enjambant le Tigre, selon Marwan qui a survécu.
Quatre militaires appartenant à la 3e brigade de combat de la 4e division d’infanterie, en charge jusqu’en mars de Samarra, ont été inculpés d’homicide involontaire, violences, complot, fausses déclarations et obstacles à la justice. Mais un enquêteur militaire a été nommé pour examiner les faits et décider si les quatre accusés seront déférés devant une cour martiale, a indiqué un communiqué militaire.
La famille de Zaidoun affirme vouloir que justice soit rendue contre les responsables présumés de sa mort. « Je hais les Américains. Ils ont détruit mon pays et tué mon frère », lâche Khaldoun, cadet d’un an de Zaidoun, employé dans la papeterie familiale de cette ville, à majorité sunnite, théâtre de nombreuses attaques contre la coalition. Il se rappelle de ce 4 janvier à l’aube quand lui, sa mère, ses deux frères âgés de trois et six ans ont été réveillés par la nouvelle sinistre que Zaidoun s’était noyé. Le père se trouvait à Bagdad.
Tout a commencé quand un parent avait demandé à Zaidoun et Marwan de rapporter de Bagdad des installations sanitaires qu’il avait commandées et que le camion est tombé en panne sur le chemin du retour. Ils ont perdu quatre heures à le réparer et sont entrés à Samarra juste avant le couvre-feu fixé par la coalition. Un point de contrôle des Forces de défense civile irakienne les a laissés entrer dans la ville, mais à 200 mètres de chez eux, ils ont été arrêtés par une patrouille américaine, raconte Marwan.
Les soldats américains leur ont d’abord permis de partir après la fouille puis se sont ravisés et ont demandé aux deux occupants de descendre. « Ils nous ont lié les poignets, nous ont fait monter dans un véhicule blindé en nous répétant “Fermez-la” quand nous demandions ce qui se passait », ajoute Marwan. Après un court trajet, ils ont reçu l’ordre de descendre de voiture et se sont retrouvés dans un secteur surnommé par les habitants « les eaux de Nazem Tharthar », où des écluses détournent les eaux du Tigre vers les bassins de Tharthar plus à l’ouest. « Ils ont défait nos liens et les trois hommes ont pointé leurs armes. Nous les avons implorés en leur disant “Pourquoi” et même “Ayez pitié de nous, c’est Noël et le nouvel An” », se souvient Marwan. Marwan, qui a eu la vie sauve en s’accrochant à des branches, affirme que les soldats ont poussé Zaidoun à l’eau. Il a essayé de s’accrocher à un soldat, mais ce dernier l’a repoussé et comme il ne savait pas nager, il a été emporté par le courant.
Son père, Mamoune, affirme que les officiers américains qui enquêtaient sur cette affaire lui ont proposé de l’argent pour clore le dossier. « J’ai refusé. Je veux voir les auteurs de ce crime punis », insiste-t-il.
L’histoire de Zaidoun a eu un impact médiatique en raison des efforts de son oncle, Me Nizar al-Samarraï, un avocat renommé de Bagdad. Des centaines de familles irakiennes ont porté plainte contre les forces américaines qu’elles accusent d’avoir tué leurs proches en faisant un usage excessif de leur force lors des perquisitions ou quand des voitures s’approchent trop près de leur convoi.
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Zaidoun al-Samarraï, 20 ans, s’est noyé par une nuit froide de janvier, quand des soldats américains qui le détenaient avec son cousin de 23 ans les ont jetés à l’eau à l’entrée d’un pont enjambant le Tigre, selon Marwan qui a survécu.
Quatre militaires appartenant à la 3e brigade de combat de la 4e division d’infanterie, en charge jusqu’en mars de Samarra, ont été inculpés d’homicide involontaire, violences, complot, fausses déclarations et obstacles à la justice. Mais un enquêteur militaire a été nommé pour examiner les faits et décider...