Si nous nous donnions la peine de freiner la course contre la montre quelques minutes de la journée, afin de penser et d’observer le sort de l’homme du XXIe siècle dans tous les domaines de sa vie, nous pourrions trouver un remède à son désarroi et à cette inquiétude qui le harcèlent continuellement. Quel temps est le nôtre, où tout se mesure, se vend et s’achète ? Société de consommation et de mangeaille, d’investissement, de value, plus-value et de pétrodollar.
Tout le monde court ; le repas, lien familial le plus sacré, est pris individuellement à la hâte. Notre corps, notre esprit et notre âme sont à la merci du presse-bouton. Tout se commercialise : sourire, gentillesse et salutations. Les mots « sentiments », « finesse » et « égard » tombent en désuétude.
Les générations actuelles, qu’ont-elles donné à l’humanité à part le robot et les armes ? Oui, on a bien progressé, malheureusement, dans le champ de la destruction. Si nous faisions un bilan des richesses sociales, culturelles et spirituelles que nos ancêtres nous ont léguées, nous aurions honte d’avoir participé, bon gré mal gré, à la déshumanisation du monde. Prenons l’art, par exemple : n’est-il pas tombé lui aussi sous le joug du mercantilisme ? Si un Raphaël venait à être défiguré pour soi-disant l’adapter aux exigences du siècle, nous crierions au haro et au sacrilège. Quelle serait notre réaction si ce tableau n’est autre que la nature même, en os et en chair ?
L’art de peindre consiste à copier cet arbre, cette fleur, ce ruisseau, ce visage. Or, avec l’art moderne nous dépensons tant d’énergie à distinguer l’homme de la femme, le vieillard de l’enfant, le roseau du pylône. Piètre peinture, où les traits sont déplacés : les yeux dans les cuisses ; et la bouche aux chevilles ! Allons donc, ne nous leurrons pas bêtement par le « Badigeonnage Moderne », facile et lucratif.
Le sens du mérite et de l’abnégation n’a-t-il pas perdu sa place par les temps qui courent ? Exemple : un tel a été décoré pour son plat de « hommos-chawarma », un autre pour son usine.
Le but primordial de tout cela n’est-il pas le gain matériel et rien d’autre ? Dans ce cas-là, un prix Nobel doit accompagner chaque poussée d’entreprise.
N’oublions pas surtout le snobisme, maladie du siècle. Il est vraiment ridicule, et même triste, de voir les gens parcourir les galeries à l’affût d’un objet antique ou faussement antique. Par contre, les valeurs et traditions, axes de toute vie humaine, restent enfouies, attendant la pioche des bonnes volontés.
Dans l’histoire de l’humanité, les sommités de la peinture se comptent sur les doigts, car le don et le génie ne peuvent atteindre le stade de « petits pains », se ramassant à la pelle.
De nos jours, les Ingres et les Michel-Ange foisonnent, du fait qu’à chaque lever du soleil des artistes naissent. En effet, une fortune se fait du jour au lendemain, au détriment de la masse superficielle, aveuglée et prise dans l’engrenage du futile et du feu de paille.
Réveillons-nous donc de cette torpeur morale et faisons l’impossible pour inculquer le beau, le vrai, l’infini dans l’esprit des générations présentes et à venir.
Georgette MEDAWAR
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Tout le monde court ; le repas, lien familial le plus sacré, est pris individuellement à la hâte. Notre corps, notre esprit et notre âme sont à la merci du presse-bouton. Tout se commercialise : sourire, gentillesse et salutations. Les mots « sentiments », « finesse » et « égard » tombent en désuétude.
Les générations actuelles,...