Récital de piano organisé par le Conservatoire national supérieur de musique à l’auditorium Aboukhater (USJ). Au clavier Walid Moussallem, déjà familier au paysage musical local. Au menu, à la fois concis, riche et attestant d’un certain amour pour les partitions difficiles, des pages de deux compositeurs aux tempéraments de feu, Prokofiev et Beethoven.
Ouverture avec une œuvre connue plutôt dans sa version orchestrale de Sergueï Prokofiev. Il s’agit des adieux de Roméo et Juliette. Moment poignant, où les amants de Vérone font un pas de deux touchant entre séparation déchirante et espoir d’un amour fou et démesuré… Les notes de Prokofiev, modernes et tendrement dissonantes, donnent toute l’ampleur et le désarroi de cette passion dissolvante que rien n’embrigade... Pour prendre le relais, toujours de Prokofiev, la Sonate n°7 op 83 avec ses trois mouvements chargés d’inquiétude, de chaleur et de précipitation. Accords rageurs pour une œuvre tendue, haletante, martelée parfois comme des coups de boutoir… Atmosphère électrisée pour traduire la stridence et le mal de vivre à travers une écriture serrée et audacieuse où les notes sont comme des charbons ardents qui brûlent les doigts qui les touchent.
Après ce déluge de phrases échevelées, toujours dans le même sillage d’inspiration éruptive et incandescente, voilà la Sonate n°32 op 11 de Beethoven. Dès les premières mesures, inquiètes et presque colériques, un flot torrentiel de notes lumineuses et d’un romantisme rebelle. Bien sûr, ouverture de la sonate en « majesté », mais cela n’exlut guère l’emportement et la véhémence d’un ton constamment mordant. Jusqu’à cette «arietta », qui introduit une sorte de mélancolie et de rêverie dans un monde habité par la tourmente et l’angoisse. Passionnément beethovenienne est cette œuvre dans ses cris, ses fureurs incontrôlées, ses plaisirs indomptés, ses arpèges interminables et persistants comme des rafale de pluie d’une nuit orageuse…
Un public nombreux, fait d’amis et de chevronnés du clavier, a longuement applaudi le pianiste qui, tout en recevant deux gerbes de fleurs, n’a pas accordé un bis. Cela se comprend. Ces partitions à haute tension sont épuisantes.
E.D.
Récital de piano organisé par le Conservatoire national supérieur de musique à l’auditorium Aboukhater (USJ). Au clavier Walid Moussallem, déjà familier au paysage musical local. Au menu, à la fois concis, riche et attestant d’un certain amour pour les partitions difficiles, des pages de deux compositeurs aux tempéraments de feu, Prokofiev et Beethoven.
Ouverture avec une œuvre connue plutôt dans sa version orchestrale de Sergueï Prokofiev. Il s’agit des adieux de Roméo et Juliette. Moment poignant, où les amants de Vérone font un pas de deux touchant entre séparation déchirante et espoir d’un amour fou et démesuré… Les notes de Prokofiev, modernes et tendrement dissonantes, donnent toute l’ampleur et le désarroi de cette passion dissolvante que rien n’embrigade... Pour prendre le relais, toujours de...
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