Par Jean-Louis Doublet (AFP)
La crise en Irak et la polémique sur les attentats du 11 septembre 2001 perturbent le plan de campagne du président américain George W. Bush en le plaçant sur la défensive face à son adversaire John Kerry. Le président républicain a consacré mardi soir l’intégralité de sa conférence de presse à ces deux thèmes, l’économie brillant par son absence.
Il a tenu à se montrer déterminé en Irak et a rejeté toute responsabilité de son Administration sur le manque de préparation des États-Unis face à la menace terroriste avant les attentats de 2001. Mais, à en croire la presse américaine hier, il n’est pas parvenu à rassurer sur ces deux sujets. « Long sur sa détermination, court sur les détails », estime le Washington Post. Bush a « échoué à répondre aux questions prioritaires des Américains », renchérit le New York Times. Seul le Wall Street Journal, proche des républicains, qualifie de « remarquable » la performance du président.
John Kerry s’est engouffré dans la brèche, affirmant que « le président a bien fait comprendre qu’il a l’intention de se cramponner obstinément à la même politique qui présente un très grand risque pour les troupes américaines et un coût très élevé pour les contribuables américains ».
Les sondages montrent toujours le président républicain et son adversaire démocrate au coude-à-coude. John Kerry semble toutefois reprendre l’avantage après avoir faibli sur le mois écoulé. Un sondage réalisé par l’hebdomadaire Newsweek la semaine dernière lui donne 50 % des intentions de vote contre 43 % pour George W. Bush. Selon ce sondage, seulement 36 % des personnes interrogées se déclarent satisfaites de « la manière dont les choses se déroulent » aux États-Unis contre 59 % qui se disent insatisfaites.
Une autre enquête réalisée par l’institut Gallup indique que la cote de popularité du président républicain a atteint au premier trimestre son niveau le plus bas depuis son entrée en fonctions en janvier 2001 avec un taux d’approbation de 50,9 %. Ces chiffres inquiètent les responsables de la communication de George W. Bush, au premier rang desquels Karl Rove, son conseiller politique, qui ne l’a pas quitté des yeux lors de la conférence de presse mardi soir. Ils souhaiteraient pouvoir mettre l’accent sur d’autres thèmes qui lui sont plus favorables comme la reprise de l’emploi et de la croissance aux États-Unis.
Selon Stephen Hess, professeur en sciences politiques au Brookings Institution de Washington, « les Américains considèrent toujours l’économie comme le sujet le plus important de la campagne, même si un peu moins qu’auparavant ». « Bien entendu, au fur et à mesure que la situation continuera de s’améliorer, on peut s’attendre à ce que le président le mette en exergue », ajoute-t-il, estimant toutefois « que suffisamment de nuages pèsent sur l’économie pour que cela reste un sujet important de la campagne ».
Mais la conférence de presse de mardi, donnée à une heure de grande écoute le soir (pour la troisième fois seulement depuis l’entrée en fonctions de George W. Bush en janvier 2001), « n’était pas l’occasion » pour parler d’économie, souligne Steven Hess. Le président sortant a voulu rassurer les Américains sur la situation en Irak où 688 soldats ont été tués depuis le début de la guerre en mars 2003. Il a également tenu à replacer ce conflit dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, une tâche pour laquelle les Américains lui font encore davantage confiance qu’ils ne le font à John Kerry. « Avant tout autre chose, la défaite de la violence et de la terreur en Irak est vitale pour la défaite de la violence et de la terreur ailleurs, et elle est, en conséquence, vitale pour la sécurité des Américains », a-t-il affirmé dans une déclaration liminaire, avant de répondre aux questions des journalistes.
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