Sommé parfois par Saddam Hussein d’abandonner en pleine nuit des patients qui, eux, requéraient à coup sûr ses soins, l’ex-chirurgien personnel du président déchu relate dans un ouvrage les petits travers de celui qu’il ne regrette pas d’avoir servi, mais qu’il considère néanmoins comme un psychopathe.
Ala Bachir, un ponte de la chirurgie esthétique, a signé le lifting de la première femme de l’ex-président irakien, recousu des morceaux de doigt de ce dernier et, en 20 ans de bons et loyaux services pour le clan familial, patienté de longues heures pour soigner Oudaï, fils aîné de Saddam, qui se faisait faire des lavages d’estomac pour effacer les traces de ses frasques alcooliques.
« Souvent j’ai dû abandonner mes patients pour aller m’occuper des petits bobos des uns ou des autres. Ce fut une lourde charge. J’y ai laissé ma liberté », a confié Bachir, avant la parution, la semaine prochaine en Allemagne, de son livre Au nom de la terreur. Un livre qui couvre l’histoire moderne de l’Irak au travers des confidences d’un initié sur les mille petites perversités des jeux de pouvoir au sein de la famille de Saddam Hussein.
Dans la période qui a précédé l’invasion anglo-américaine de mars 2003, le « clan Saddam » semblait, selon l’auteur, n’avoir pas réalisé l’ampleur du cataclysme qui allait s’abattre sur son régime. Trois membres de la famille au moins ne songeaient alors qu’à se refaire faire le nez par le Dr Bachir. La futilité régnait de la base au sommet du clan. Saddam lui-même a fait appel à Bachir pour soigner un mal de pied – qui s’est avéré dû au fait qu’il portait des chaussures deux pointures au-dessous de la sienne.
Bachir dit aussi avoir été appelé pour refaire le visage d’un agent spécial qui devait mener une mission d’élimination physique en Syrie, un travail qu’il affirme avoir refusé.
Mais Bachir réserve ses flèches les plus acérées à Oudaï, l’enfant terrible du clan, qui saoulait de force ses amis et a assassiné sous un prétexte futile un domestique du président. Saddam Hussein l’avait puni en livrant au feu sa précieuse écurie de voitures de collection.
Moins anecdotique, Bachir rapporte que Saddam tenait les Anglais en bien plus haute estime que les Américains en raison de leur longue histoire, mais qu’il plaçait les Français sur un piédestal pour leur « honnêteté » et leur « humanisme ». Pour lui, Charles de Gaulle était le plus grand homme d’État.
Réfugié au Qatar, l’ancien chirurgien de Saddam Hussein s’attache aussi à démonter quelques mythes qui se sont créés autour de l’ancien régime : « J’ai lu des tas de livres. Un grand nombre des histoires qu’on peut y lire sont fausses. Ce sont des fantasmes. » Quand il était convoqué par le raïs irakien, raconte-t-il, il n’allait jamais dans un des fameux « palais présidentiels » qui ont été un moment soupçonnés d’abriter des armes de destruction massive, mais toujours dans de maisons modestes. « En fait, il vivait très simplement », affirme Bachir, tout en ajoutant : « Bien que, en fin de compte, il soit un psychopathe qui a entraîné l’Irak dans deux guerres catastrophiques. »
Le chirurgien tord également le cou à la légende voulant que Saddam Hussein ait utilisé de multiples sosies pour des raisons de sécurité, affirmant n’en avoir jamais croisés lui-même. « C’est un homme très soupçonneux et soucieux de sa sécurité. Il n’aurait jamais accepté que quelqu’un qui lui ressemble sillonne l’Irak. »
Bachir se réjouit du renversement en avril 2003 de l’ancien régime, estimant qu’il était devenu « très malade », mais il conteste la manière. Enfin, il dit ne nourrir aucun regret de ce qu’il a fait. « Personne ne pouvait refuser d’y aller, et mon travail n’était pas politique. Pour un médecin, tous les patients sont égaux. »
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Ala Bachir, un ponte de la chirurgie esthétique, a signé le lifting de la première femme de l’ex-président irakien, recousu des morceaux de doigt de ce dernier et, en 20 ans de bons et loyaux services pour le clan familial, patienté de longues heures pour soigner Oudaï, fils aîné de Saddam, qui se faisait faire des lavages d’estomac pour effacer les traces de ses frasques alcooliques.
« Souvent j’ai dû abandonner mes patients pour aller m’occuper des petits bobos des uns ou des autres. Ce fut une...