Rechercher
Rechercher

Actualités

POINT DE VUE La prière à Dieu de Voltaire

Par Georges KHADIGE Depuis mes études au collège des pères jésuites à Beyrouth puis à Jamhour, j’avais toujours appris que François Marie Arouet, alias Voltaire, était un libéral, agnostique, anticlérical et un dangereux philosophe. Nos maîtres nous mettaient en garde contre ses idées perverses et pernicieuses, qui pouvaient miner les principes catholiques sur base desquels ils essayaient de nous former. Quelle ne fut donc ma surprise en rendant visite à un ami, M. Jamil Rabbath, fils du très éminent juriste Me Edmond Rabbath, qui lisait le dernier ouvrage de M. Jean d’Ormesson : Et toi mon cœur, pourquoi bats-tu ?, de trouver dans ce livre une prière à Dieu de Voltaire, qui renversait d’un coup tous les préjugés accumulés par moi et sans doute par beaucoup d’autres sur Voltaire, de sorte que j’ai éprouvé l’obligation sacrée de la reproduire dans les lignes qui suivent pour qu’elle serve de mea culpa à tous ceux qui, comme moi, ont si mal jugé Voltaire, et qu’elle soit, avec Voltaire lui-même, une des plus belles prières que l’on puisse encore aujourd’hui adresser à Dieu, Créateur de l’univers visible et encore plus invisible, et à son Fils Jésus-Christ, né avant tous les siècles, Vrai Dieu né du Vrai Dieu, mort et ressuscité d’entre les morts pour notre salut et celui du monde entier : « Ce n’est plus aux hommes que je m’adresse : c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps ; s’il est permis à de faibles créatures, perdues dans l’immensité et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier ni de quoi s’enorgueillir. Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les guerres sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »
Par Georges KHADIGE

Depuis mes études au collège des pères jésuites à Beyrouth puis à Jamhour, j’avais toujours appris que François Marie Arouet, alias Voltaire, était un libéral, agnostique, anticlérical et un dangereux philosophe. Nos maîtres nous mettaient en garde contre ses idées perverses et pernicieuses, qui pouvaient miner les principes catholiques sur base desquels ils essayaient de nous former. Quelle ne fut donc ma surprise en rendant visite à un ami, M. Jamil Rabbath, fils du très éminent juriste Me Edmond Rabbath, qui lisait le dernier ouvrage de M. Jean d’Ormesson : Et toi mon cœur, pourquoi bats-tu ?, de trouver dans ce livre une prière à Dieu de Voltaire, qui renversait d’un coup tous les préjugés accumulés par moi et sans doute par beaucoup d’autres sur Voltaire, de sorte que j’ai...