Cyril Beuzit, responsable de la stratégie des taux d’intérêt à BNP-Paribas, explique à «L’Orient-Le Jour» sa vision de l’évolution du marché en 2004.
Pour quand prévoyez-vous une hausse des taux américains ?
Tout est en place pour un relèvement des taux US. La Fed va devoir ajuster sa politique à un environnement qui a changé depuis l’été dernier (croissance plus forte, marchés actions et marchés des matières premières en hausse, etc.). Il y a deux semaines, Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale, a rappelé que des chiffres d’emploi forts sont la condition préalable d’une hausse des taux, mais que cette condition n’est pas suffisante. La tendance à la progression de l’emploi devrait se confirmer le 5 mars. Mais la Fed souhaite avoir la confirmation que la tendance à la désinflation est terminée.
Les derniers chiffres de l’inflation, le repli du dollar au cours des derniers trimestres et la remontée des indicateurs avancés d’inflation (matières premières notamment) vont dans ce sens. Un changement de ton a déjà été prudemment amorcé pour préparer le terrain à une hausse des taux en mai/juin. Juin semble plus probable.
La Fed devrait néanmoins maintenir une politique accommodante. L’objectif pour la fin de l’année est de 2 % pour les Fed Funds.
Quel serait l’impact de la hausse des taux sur la valeur du dollar ?
Une remontée des taux serait, dans le contexte actuel, plutôt un facteur de soutien au dollar, dans la mesure où elle rendrait les actifs en dollars plus attractifs.
Il convient néanmoins de ne pas exagérer cet impact, car, jusqu’à présent, malgré le recul du dollar, il n’y a pas de prime sur les actifs américains comme l’illustre la stabilité des marchés obligataires.
Les fondamentaux de l’économie (les déficits en particulier) vont maintenir une pression baissière sur le dollar. La remontée des taux de la Fed devrait donc favoriser une stabilisation du billet vert.
Jusqu’où peut aller la dépréciation du dollar par rapport à l’euro? Les Banques centrales interviendront-elles?
Si on regarde le taux de change effectif de l’euro par rapport au dollar, on est revenu sur la moyenne de long terme. Donc il n’y a pas d’urgence pour la Banque centrale européenne. De son côté, la Fed n’a aucun intérêt pour le moment à intervenir.
Un dollar plus faible, tant qu’il ne se traduit pas par une prime de risque sur les actifs américains, est une bonne nouvelle pour l’économie américaine. Un scénario de crise sur le dollar (mouvement rapide vers la zone des 1,40-1,50 pour un euro) changerait toutefois la donne et déclencherait probablement des interventions conjointes des Banques centrales. Ce n’est pas notre scénario central.
En termes de placements, faites-vous une différence entre les obligations européennes et les obligations américaines?
Les spreads entre les États-Unis et l’Europe vont s’écarter à moyen terme. Il faut donc favoriser les positions longues en euro par rapport aux positions sur les bons du Trésor américains à court terme. Le décalage de cycle économique entre les États-Unis et la zone euro et les perspectives d’une remontée des taux de la Fed, bien avant ceux de la BCE, vont dans ce sens.
Que penser des marchés obligataires des pays émergents?
Les taux bas américains ont favorisé la diversification des placements vers des actifs plus risqués, dont ceux des marchés émergents.
Le retournement de cycle des taux américains sera donc une mauvaise nouvelle pour ces marchés, même si dans certaines zones (en Asie notamment), les perspectives de croissance continueront de les soutenir.
Propos recueillis par S.R.
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Pour quand prévoyez-vous une hausse des taux américains ?
Tout est en place pour un relèvement des taux US. La Fed va devoir ajuster sa politique à un environnement qui a changé depuis l’été dernier (croissance plus forte, marchés actions et marchés des matières premières en hausse, etc.). Il y a deux semaines, Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale, a rappelé que des chiffres d’emploi forts sont la condition préalable d’une hausse des taux, mais que cette condition n’est pas suffisante. La tendance à la progression de l’emploi devrait se confirmer le 5 mars. Mais la Fed souhaite avoir la confirmation que la tendance à la...