Les manifestations publiques de douleur collective, dont les Britanniques sont devenus coutumiers depuis la mort de Diana en 1997, s’apparentent à un « chagrin récréatif » purement égoïste, selon un rapport d’un centre de recherches publié hier. Les Britanniques ont graduellement troqué leur légendaire réserve pour une sorte de « chagrin light » après la mort de célébrités ou de victimes de crimes. Ce deuil est consommé « comme un événement agréable, un peu comme on va voir un match de football », estime Patrick West, auteur de ce rapport du centre indépendant d’études sociales Civitas.
Ces manifestations publiques, avec dépôt de milliers de bouquets de fleurs, ours en peluche et autres minutes de silence, sont symptomatiques d’une époque « caractérisée par les larmes de crocodile et les émotions préfabriquées », selon le rapport. Ces « manifestations vides de compassion publique » avaient culminé après la mort de la princesse Diana fin août 1997, ou plus récemment après le meurtre de deux écolières, Jessica Chapman et Holly Wells, en août 2002 dans le centre de l’Angleterre. « On a atteint le sommet du morbide après la mort de Diana, poursuit-il. En fait, les gens en deuil ne pleuraient pas pour elle, mais pour eux-mêmes ». Pour preuve, selon lui, lors du 5e anniversaire de la mort de la princesse de Galles, qui en 1997 avait semblé traumatiser le pays, « il n’y a eu ni fleurs, ni larmes, ni ours en peluche. Diana avait joué son rôle, le public avait tourné la page ». Les meurtres de Holly et Jessica ont, quant à eux, illustré l’émergence d’un nouveau phénomène, le « tourisme du chagrin », estime ce rapport. Peu après le drame, des cars de touristes endeuillés avaient débarqué dans le village de Soham, pour aller voir la maison du meurtrier ou déposer un bouquet près de l’église locale, devenue un lieu de pèlerinage.
Cette nouvelle tendance s’explique en partie par le déclin des institutions traditionnelles où pouvaient s’exprimer les émotions individuelles, comme la famille, l’église ou le voisinage, selon M. West. « Le chagrin récréatif est maintenant notre religion de substitution, selon lui. Ses fleurs et ses peluches en sont les rites, ses minutes de silence collectives sa liturgie et ses messes ».
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Ces manifestations publiques, avec dépôt de milliers de bouquets de fleurs, ours en peluche et autres minutes de silence, sont symptomatiques d’une époque « caractérisée par les larmes de crocodile et les émotions...