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CARICATURE Les portraits de Saddam, thérapie pour un ancien artiste du régime

Ancien caricaturiste de l’une des publications officielles du régime déchu, Wissam Radi profite de sa nouvelle liberté pour s’acharner sur l’ex-maître de Bagdad qu’il dépeint sous les traits d’un vieillard décrépi. «Quand j’ai vu Saddam, fatigué, barbu et hirsute entre les mains des Américains, j’ai pleuré tout mon saoul, avant d’être saisi par une joie immense», raconte l’artiste dans son petit atelier du quartier de Karrada, dans le centre de Bagdad. «Je n’aurais jamais imaginé, pas un seul instant, pouvoir voir Saddam dans cet état », poursuit ce jeune artiste de 35 ans, qui affirme que ces images l’ont tellement marqué qu’elles ont produit chez lui un déclic: peindre jusqu’à l’ivresse. Cette démarche, qui ressemble à une thérapie, a commencé à faire la fortune du caricaturiste qui n’a connu jusqu’à la chute du régime, il y a plus de neuf mois, que les ordres qui viennent d’en haut, la ligne officielle et la grisaille de la rédaction d’al-Joumhouriya, l’un des quotidiens de la machine de propagande du parti panarabe Baas. Mais paradoxalement, l’art de M. Radi reste intimement lié à l’ancien dictateur qu’il a représenté au faîte de sa gloire et qu’il peint aujourd’hui dans sa déchéance. Saddam Hussein est partout dans l’atelier. Vieil homme fatigué, la barbe en broussaille, le regard perdu et des rats sur ses épaules fatiguées. L’artiste dit craindre une réaction des nostalgiques de l’ancien régime, mais affirme que la peur qui l’a longuement habité a « disparu à jamais ». « Je n’aurais jamais rêvé peindre Saddam sous ces traits», avoue l’ancien caricaturiste, un chiite qui a toujours vécu dans l’immense cité al-Thawra, renommée Saddam City, sous l’ancien régime, et enfin Sadr City, où s’entassent plus d’un million de gens dans des conditions de salubrité à peine soutenables. Les premiers portraits du «nouveau Saddam » se sont accumulés dans l’atelier jusqu’à ce qu’un homme d’affaires local en achète un. Le bouche-à-oreille a fait le reste, et ces portraits s’arrachent aujourd’hui dans tout Bagdad. « Je refuse d’en accrocher un chez moi », dit pourtant Wissam Radi, qui reconnaît en avoir un, officiel, dans son salon, du temps de l’ancien dictateur «pour éloigner les soupçons». Durant sa longue carrière à al-Joumhouriya, M. Radi n’a jamais représenté le maître absolu de l’Irak. Obéissant aux ordres, il le dépeignait généralement sous la forme d’un aigle dont les ailes déployées épousaient les limites du territoire national. Les instructions données aux artistes étaient inscrites noir sur blanc dans un fascicule de la propagande officielle qui demandait que Saddam Hussein soit toujours représenté par un symbole de la force, se rappelle-t-il. Les commandes pour les fêtes nationales et les expositions d’artistes du régime obéissaient aux mêmes paramètres et on demandait aux artistes des fresques multipliant les signes de la puissance du dictateur. Wissam Radi connaît aujourd’hui une certaine notoriété et il exerce ses talents auprès de l’armée américaine. Les commandes de soldats américains pour les tableaux de Saddam Hussein, leurs portraits peints, ou des scènes de la vie traditionnelle en Irak, à quelque 100 dollars pièce, lui assurent un train de vie confortable.

Ancien caricaturiste de l’une des publications officielles du régime déchu, Wissam Radi profite de sa nouvelle liberté pour s’acharner sur l’ex-maître de Bagdad qu’il dépeint sous les traits d’un vieillard décrépi. «Quand j’ai vu Saddam, fatigué, barbu et hirsute entre les mains des Américains, j’ai pleuré tout mon saoul, avant d’être saisi par une joie immense», raconte l’artiste dans son petit atelier du quartier de Karrada, dans le centre de Bagdad. «Je n’aurais jamais imaginé, pas un seul instant, pouvoir voir Saddam dans cet état », poursuit ce jeune artiste de 35 ans, qui affirme que ces images l’ont tellement marqué qu’elles ont produit chez lui un déclic: peindre jusqu’à l’ivresse.
Cette démarche, qui ressemble à une thérapie, a commencé à faire la fortune du...