Née du manga, symbole de la culture de masse nippone, la « Japanimation » a conquis ses lettres de noblesse à l’étranger, s’affichant désormais comme une marque originale reconnue dans le monde entier, synonyme du « Japan Cool » et de succès commerciaux phénoménaux.
S’appuyant sur le cinéma, les jeux vidéo et la télévision, le marché a explosé durant « l’animé boom » (sic) de la seconde moitié des années 70, bondissant de 4,6 milliards de yens en 1975 à plus de 200 milliards de yens (1,5 milliard d’euros) en 2002, selon les dernières statistiques publiées par l’agence de publicité japonaise Dentsu.
« C’est le livre de manga, la bande dessinée, qui est à l’origine du boom de l’animation japonaise. On a commencé à porter à l’écran les mangas à succès », raconte Mitsuru Sato, directeur d’études de quatre IUT spécialisés dans l’animation.
« Les dessins animés japonais sont plus violents mais aussi plus “kawai” (mignons) que leurs concurrents occidentaux. Les dessins sont les mêmes, qu’ils s’adressent à un public jeune ou adulte, seule l’histoire change », explique-t-il à l’occasion de la première convention de fans étrangers au Japon. Beaucoup de passionnés étaient déguisés en héros de bédés.
Pour Christopher Lombardo, 25 ans, venu spécialement des États-Unis pour assister au Salon, « les mangas japonais sont plus drôles, et leurs histoires moins puériles que les BD américaines. »
« J’aime le fait que le “kawai”, tout ce qui est mignon, est revendiqué sans complexes, alors qu’aux Etats-Unis, ce genre édulcoré est mal vu par les garçons », ajoute-t-il.
Selon Ilan Nguyên, expert français du cinéma d’animation nippon, « au Japon, les mangas et dessins animés grandissent en même temps que le public, alors qu’en France, à partir d’un certain âge, les enfants arrêtent de lire des B.D et de regarder des dessins animés car plus rien ne s’adresse à eux ».
De son côté, le journaliste spécialisé français Pierre Giner, installé depuis six ans à Tokyo, souligne la « très forte segmentation du marché de l’animation japonaise », principale raison, selon lui, de son succès.
« Il y en a pour tous les publics : amateurs de pêche, de mah-jong (domino chinois), de sport... Chacun peut trouver le genre qu’il affectionne ».
Avec 60 % de parts du marché mondial, la «Japanimation» connaît aujourd’hui un triomphe planétaire sans précédent, portée par la croissance exponentielle des DVD et d’énormes « hits » commerciaux, tels le Voyage de Chihiro, réalisé par Hayao Miyazaki, ou Ghost in the Shell 1, du metteur en scène Mamoru Oshii.
Le Voyage de Chihiro a remporté l’Ours d’or à Berlin en février 2002 et l’Oscar du meilleur film étranger en 2003, une première pour un film japonais toutes catégories confondues. Au Japon, il a détrôné le Titanic de James Cameron avec plus de 30 milliards de yens de recettes d’exploitation (223 millions d’euros).
Quant au futuriste Ghost in the Shell 1, produit par la société Production I.G. (partenaire de Quentin Tarentino pour Kill Bill Vol 1), il a connu plus de succès en Europe, notamment en France, et aux États-Unis qu’au Japon.
« Plus d’un million de DVD ont été vendus à l’étranger », se félicite un porte-parole de Production I.G., un succès dû à « un fort intérêt du public étranger pour ce genre qualifié de “ Japan Cool ”, à un style particulier, une certaine technique, et aussi à la popularité du réalisateur Mamoru Oshii. »
Fort de ce succès, Production I.G. lancera Ghost in the Shell 2, du même réalisateur, début mars au Japon, avant sa sortie prévue à l’étranger.
« Nous discutons actuellement d’un projet avec un réalisateur français très connu qui souhaiterait travailler avec nous », a avoué le porte-parole de Production I.G. sans vouloir en dire plus.
Sont également prévues en 2004 les sorties sur grand écran de deux héros mythiques de la « Japanimation » – Dragon Ball et Astro le Petit Robot, le chef-d’œuvre du grand maître du manga Osamu Tezuka (1928-1989) – adaptés par des studios de Hollywood.
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S’appuyant sur le cinéma, les jeux vidéo et la télévision, le marché a explosé durant « l’animé boom » (sic) de la seconde moitié des années 70, bondissant de 4,6 milliards de yens en 1975 à plus de 200 milliards de yens (1,5 milliard d’euros) en 2002, selon les dernières statistiques publiées par l’agence de publicité japonaise Dentsu.
« C’est le livre de manga, la bande dessinée, qui est à l’origine du boom de l’animation japonaise. On a commencé à porter à l’écran les mangas à succès », raconte Mitsuru Sato,...