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Actualités - Reportage

Cinéma

Les sorties de la semaine Art et recherche: «Lost in Translation» Originalité insolite: «Big Fish» Bons sentiments: «Beyond Borders» Trois nouveautés, cette semaine, aucune n’étant indifférente. Avec son second long métrage, Sofia Coppola ne s’adresse certainement pas au grand public: mais «Lost in Translation» est un bel essai, très personnel. Tim Burton a, lui aussi, ses inconditionnels, et «Big Fish» trouvera «son» public. La semaine prochaine, Dyma Demirdjian – de retour au Liban – rendra compte du film de Martin Campbell, «Beyond Borders», qui est sorti hier, jeudi 12. Sorties prévues pour le jeudi 19/2 (sous réserve): – Cold Mountain, d’Anthony Minghella, avec Nicole Kidman, Jude Law, Renée Zellweger. – The Fighting Temptations, de Jonathan Lynn, avec Cuba Gooding Jr. – Embrassez qui vous voudrez, de, et avec, Michel Blanc, Charlotte Rampling, Jacques Dutronc et Carole Bouquet. Abracadabrantesque Big Fish, de Tim Burton Avec Tim Burton, une chose (au moins) est à peu près sûre: on peut toujours s’attendre à des surprises. Ni forcément bonnes, ni nécessairement mauvaises, rarement indifférentes. Big Fish, son dernier film en date, navigue quelque part entre ces trois catégories. En tout cas, il va être curieux de décoder la «lecture» de Big Fish par la critique française, celle-ci ayant pour Burton – ainsi, d’ailleurs, que pour Tarantino et Gus Van Sant en particulier – les indulgences les plus étonnantes. S’il faut résumer l’intrigue du film, on peut s’en tirer comme suit (le scénario est une adaptation d’un roman de Daniel Wallace). Nous suivons l’histoire d’un homme, Edward Bloom, contée par son fils, alors qu’Edward est à l’article de la mort (c’est Albert Finney qui tient ce rôle-clé). Dès son enfance, puis sa jeunesse, ce fut une existence hors normes: un fabulateur-né, dont on ne sait jamais s’il faut le prendre au mot, les images qui défilent sur l’écran étant ses seuls témoins (et Dieu sait si Tim Burton est un manipulateur breveté d’images insolites!). Présence intermittente d’un géant, rencontres bizarres, passage dans une petite cité comme hors du monde réel, séjour dans un cirque (joli numéro de Danny DeVito), où Edward découvrira l’amour de sa vie, Sandra (Edward jeune ayant les traits d’Ewan McGregor). Sans oublier la sorcière (Helena Bonham-Carter) – et on en passe. Burton ne se préoccupant pas plus de continuité que de logique, l’ensemble laisse une impression de décousu (mais un décousu très haute couture). De quoi séduire, on présume, pas mal d’amateurs. La fin nous rapproche, comme on s’y attendait, de la rivière – mythique, mais non mystique – où jouaient, enfants, Edward et ses camarades (avec aussi Billy Crudup, Jessica Lange et Steve Buscemi). Un film à visiter. Circuit EMPIRE/ESPACE, FREEWAY Désert jaune Lost in Translation, de Sofia Coppola Un moment, on pense à In the Mood for Love, de Wong Kar-Wai (2000), qu’on a pu voir chez nous. Cadre asiatique, amours esquissés, inaboutis, rencontres feutrées... Mais non, c’est autre chose. In the Mood for Love, c’était Hong Kong, ici c’est le Japon. Et Lost in Translation, c’est un film sur l’impossibilité de communiquer et, surtout, sur la solitude. Alors, on se prend à évoquer Michelangelo Antonioni, le grand cinéaste italien dont c’étaient les thèmes récurrents. D’où notre surtitre, Désert jeune. En effet, Désert rouge (1964), avec Monica Vitti et Richard Harris, a été un des films marquants d’Antonioni. Les larges panoramiques sur les foules immenses de la capitale du Japon les font apparaître comme inhumaines: Chateaubriand ne parlait-il pas (déjà!) des «grandes cités, ces vastes déserts d’hommes»... l’image est superbe, terrifiante. Débarque dans cette mégalopole (8 millions d’habitants, peut-être plus?) un Américain. Il a vaguement la gueule de John Wayne – en moins rude – c’est justement une star d’Hollywood, Bob Harris, en voyage de travail (tournage d’une publicité pour un whisky local). Il va rencontrer à l’hôtel, puis remarquer et frôler (par hasard?) une jeune Américaine, Charlotte, dont le mari, photographe, est presque toujours absent. Bob et Charlotte se retrouveront souvent dans des bars, lieront un peu mieux connaissance, mais n’iront pas plus loin. Le couple semble comme égaré dans une planète inconnue: d’ailleurs, à quelques rares séquences près, on ne sort jamais de la ville. Curieusement, le portrait de Bob va se dessiner en quelque sorte en creux: des appels téléphoniques à sa famille en Amérique, ses réactions pendant les séances de prises de vues ou en diverses occasions vont révéler sa nature profonde, son désenchantement (l’homme est visiblement mal dans sa peau). Quant à Charlotte, sa réserve est totale, son mystère reste entier. Ils se quitteront en dissimulant leur émotion, gardant en eux-mêmes quelques souvenirs et, qui sait, des regrets. Où est le Japon dans tout cela? Nulle part, un cadre factice pour des fragments de vie... Il fallait, pour ces rôles tout en nuances et expressions voilées, des acteurs exceptionnels. Tels sont Bill Murray et Scarlett Johansson. Parfaits, tout simplement. CONCORDE, ABRAJ, ZOUK La critique du film de Martin Campbell, Beyond Borders, paraîtra la semaine prochaine (20/2). Circuit EMPIRE, KASLIK, FREEWAY n gros planConsidérations localesLa programmation n’est pas facile à suivre, chez nous – encore moins à prévoir. Reports (ou annulations!) de films annoncés de longue date, sorties modifiées au dernier moment, etc. Un exemple caractéristique: Mystic River, qui vient d’être repris sans préavis (ni publicité adéquate!), le beau film de Clint Eastwood pouvant ainsi se trouver un supplément de spectateurs, du moins on l’espère! Par ailleurs, on avance soudainement la sortie de certains films importants: Lost in Translation (Sofia Coppola) et Cold Mountain (Anthony Minghella) vont se succéder à l’affiche. Deux raisons possibles, sinon probables, peuvent expliquer cette précipitation: soit la crainte de piratages des DVD (on finira par les avoir avant le tournage des films en virtuel!), soit – plus vraisemblablement – l’approche des Oscars (le 29 de ce mois), les deux films que nous venons de citer (plus Mystic River) étant bien placés dans la compétition. Ces deux raisons pouvant du reste jouer ensemble. L’essentiel, après tout, c’est qu’on puisse voir les films en question. Le plus tôt possible. G.-P. CINÉ-CLUBs l Ciné-club de l’Alba – Relâche, aujourd’hui, vendredi 13. – Reprise des séances vendredi prochain (20/2). l Ciné-club de l’École supérieure des affaires «Le plus bel âge»: c’est, en même temps, l’appellation du nouveau cycle et le titre du premier film au programme. Un film français de Didier Haudepin (1994), avec Élodie Bouchez, Melvil Poupaud, Myriam Boyer et Sophie Aubry (durée: 1h25). L’intrigue – ou plutôt les intrigues croisées – se déroule en milieu universitaire. Les étudiants, filles et garçons, sont d’origines sociales très diverses (portraits très réussis). En fait, le film n’a rien d’une comédie, le drame est toujours présent, ou sous-jacent (il y a même un meurtre). On pense, bien sûr, à la fameuse déclaration de Paul Nizan: «J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire», etc. Tous les interprètes s’identifient avec passion à leurs personnages. Esa, rue Clemenceau, mardi 17, à 20h30 l Ciné-club du Centre culturel français Suite du cycle «Ailleurs»: Little Sénégal, une coproduction franco-germano-algérienne, réalisée par Rachid Bouchareb (2001), avec Sotigui Kouyaté et Roschdy Zem (durée: 1h38). Rien de mieux – ni de plus logique – que de donner la parole au réalisateur du film, Rachid Bouchareb: «Que se passe-t-il lorsqu’un Africain, deux cents ans après, vient dire à un Afro-Américain (descendant US des Noirs nés en Amérique), j’ai fait de longues recherches et je t’ai retrouvé, nous sommes de la même famille, nous avons la même terre et les mêmes racines...». Le film débute au Musée de Gorée (Afrique Noire) et se poursuit aux États-Unis. Très intéressant et prenant. À voir. Salle Montaigne, mercredi 18, à 19h15 L’ACTUALITÉ l À propos de Lost in Translation – dont on aurait voulu pouvoir parler davantage avant sa sortie – citons quelques propos de son auteur, Sofia Coppola: «La relation entre Bob Harris (Bill Murray) et Charlotte (Scarlett Johansson) n’a rien de sexuel, ils ont un rapport purement amical, à la limite père-fille. Ce genre de relation, avec quelqu’un de plus âgé, existe. Je l’ai moi-même vécu (...) De plus, j’étais attirée par une certaine innocence romantique qu’on ressent dans les films des années 50/60... Dans ce film, je me suis identifiée avec mes deux personnages». l Nous parlons dans En gros plan (ci-dessus) des aléas de la distribution des films au Liban. Une situation dont pâtit le cinéma français, comme on le sait déjà. Deux exemples actuels: Embrassez qui vous voudrez, la comédie de, et avec, Michel Blanc, Charlotte Rampling, Jacques Dutronc, Carole Bouquet et Karin Viard (une belle équipe!), dont la sortie semble reportée «en permanence», et Taxi 3, de Gérard Krawczyk, recordman français 2003 (6150841 entrées dans l’Hexagone!), sans parler des Ripoux 3 (en attente), des personnages de flics «pourris» que le public connaît bien. l Terminons à Hollywood, où le conflit Pixar–Disney n’empêche pas le premier de ces studios (voir Finding Nemo!) de développer de nouveaux projets (prometteurs). En tête: Cars, de John Lasseter, qui doit sortir en... 2005. RUBRIQUE RÉALISÉE PAR JEAN-PIERRE GOUX-PELLETAN
Les sorties de la semaine
Art et recherche: «Lost in Translation»
Originalité insolite: «Big Fish»
Bons sentiments: «Beyond Borders»
Trois nouveautés, cette semaine, aucune n’étant indifférente. Avec son second long métrage, Sofia Coppola ne s’adresse certainement pas au grand public: mais «Lost in Translation» est un bel essai, très personnel. Tim Burton a, lui aussi, ses inconditionnels, et «Big Fish» trouvera «son» public. La semaine prochaine, Dyma Demirdjian – de retour au Liban – rendra compte du film de Martin Campbell, «Beyond Borders», qui est sorti hier, jeudi 12.

Sorties prévues pour le jeudi 19/2 (sous réserve):
– Cold Mountain, d’Anthony Minghella, avec Nicole Kidman, Jude Law, Renée Zellweger.
– The Fighting Temptations, de Jonathan Lynn, avec Cuba Gooding Jr.
– Embrassez...