Par Charbel Cordahi (*)
Il n’y aura probablement pas de crise de changes en 2004, même si la question se pose à nouveau à l’approche de la présidentielle. Le Liban semble a priori couvert à court terme pour affronter ce genre de crise qui résulte généralement soit d’une crise de la balance des paiements, soit d’une crise monétaire autoréalisatrice.
Le niveau actuel des réserves de la Banque centrale lui permet de faire face à un choc de demande de devises étrangères sur le marché des changes.
Cependant, nous ne pouvons être sûrs de la soutenabilité du régime de changes si une crise éventuelle dure et si les désaccords politiques prennent la forme d’une crise politique aiguë.
La demande accrue de devises étrangères, qui a accompagné le renouvellement du mandat présidentiel en 1995, est un exemple de la rapidité avec laquelle les Libanais peuvent se débarrasser de leur monnaie nationale.
De plus, l’excédent de la balance des paiements en 2003 risque de ne plus se reproduire, tout au moins en 2004, car l’excédent enregistré fin 2002 et en 2003 résulte en grande partie des déboursements en provenance des pays donateurs à Paris II, qui ont dépassé jusqu’à présent 80 % des sommes promises.
Le déséquilibre de la balance courante est durable et le seul moyen à la disposition des autorités est de revenir à la hausse des taux d’intérêt. Ce moyen, bien qu’efficace, ne suffit pas à lui seul pour calmer les marchés en cas de crise. De plus, le déficit de 2004 dépassera les 30 % et la Banque centrale devra le financer en partie, en prenant sur ses réserves en devises.
Notons que le raisonnement selon lequel l’importante dollarisation des dépôts bancaires réduit les effets d’une crise de changes n’est pas tout à fait réaliste, car la fuite des capitaux ne désigne pas seulement un passage de la monnaie nationale aux devises étrangères, mais aussi un transfert des capitaux vers l’étranger.
La possibilité d’une crise monétaire autoréalisatrice au Liban en 2004 ne semble pas non plus d’actualité, et ceci pour deux principales raisons.
La première tient à la crédibilité de la politique de la Banque centrale. La Banque du Liban a montré, depuis plusieurs années, que le maintien du taux de change fixe est son objectif principal. Malgré les critiques des institutions internationales, la Banque centrale a maintenu sa politique. La certitude des marchés sur l’intention des autorités monétaires de maintenir la fixité ne crée alors pas d’attente de dévaluation chez les opérateurs et écarte la survenue d’une crise spéculative due au manque de crédibilité de la politique de changes.
La seconde raison est liée au «coût de sortie». Les crises autoréalisatrices peuvent survenir, non en raison des réserves limitées des Banques centrales, mais parce qu’elles provoquent une détérioration de la situation budgétaire du pays.
La conférence de Paris II a permis au gouvernement libanais de restructurer une partie de sa dette et de remplacer des emprunts à court terme par d’autres emprunts à durée plus longue.
Les effets de cette conférence continueront à jouer à court terme, car il est fort probable que le gouvernement parviendra à remplacer les déboursements échus par d’autres emprunts. La structure de la dette domestique, premier facteur définissant l’influence de la position budgétaire sur une attaque, nous paraît donc sous contrôle en 2004.
Un autre facteur est la décomposition de la dette publique. Au 31 août 2003, 51,6 % de la dette était libellée en livres libanaises, et 48,4 % en devises étrangères. L’incitation du gouvernement à dévaluer pour régler la partie domestique de la dette nous paraît invraisemblable, le coût politique étant très élevé et dépassant la capacité du régime politique à le supporter.
(*) Économiste, chercheur au Centre de recherches et d’études doctorales (Cred) de l’Esa.
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