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Actualités - Reportage

CONCERT - Au Kulturzentrum – Jounieh Irina Puryshinskaja, un talent intact

Oui, c’est comme le vin qui se bonifie avec le temps... Un talent intact. Irina Puryshinskaja est de retour, une fois de plus, sous les auspices du Kulturzentrum. Ceux qui l’ont applaudie déjà dans ces mêmes lieux du théâtre de l’école allemande de Jounieh, il y a à peine un an, la retrouvent avec plaisir derrière les touches du clavier que ses doigts arpentent toujours avec une remarquable maestria. Cheveux noirs sagement noués en queue-de-cheval arrivant jusqu’à mi-dos, boléro à la chinoise en soie jaune paille sur un ensemble pantalon-blouse noir. Un menu non pas russe, mais varié et mêlant en toute subtilité les élans romantiques aux scintillements modernes français, des pages donc de Beethoven, Liszt, Debussy et Ravel. Ouverture somptueuse et chargée de toutes les tempêtes du cœur humain avec la Sonate en ré mineur op 312 (Sturmsonate) de Ludwig van Beethoven. Chromatismes ensorcelants, grands espaces de rêveries mélancoliques, cadences précipitées sur une structure rigoureuse, élans irrépressibles comme un ouragan que rien n’arrête. Voilà toute l’inspiration houleuse d’un musicien qu’intérieurement, rien n’embrigade. Un des plus beaux morceaux du répertoire pianistique, interprété certes avec brio et panache mais gardant une certaine douceur, une sorte de retenue et de mesure féminines. Pour rester dans le ton de bravoure et d’un jeu émérite, rien moins que du Liszt. On écoute ici la grande fantaisie pour piano sur des motifs des soirées musicales de Rossini, une œuvre intitulée La serenata et l’orgia du plus virtuose des pianistes et dont la vie, aventureuse et géniale, authentique œuvre d’art, fut plus palpitante et improbable qu’un roman de pure fiction. De Liszt donc cette musique sublime joignant, dès les premières mesures, la douceur et le soyeux des mélodies de Rossini sur fond d’une redoutable technique du clavier dont seul le turbulent amant de la comtesse d’Agoult avait le secret. Esprit français Après l’entracte, place à l’esprit français avec quatre pièces séduisantes et secrètes comme des reflets d’eau dans un parc magnifique de Claude Debussy. Et défilent, ciselés avec finesse tels de petits bijoux scintillants, en splendides et retentissantes images sonores, les Estampes, Pagodes, La soirée de Grenade et Jardins sous la pluie. Notes frémissantes et insaisissables comme des lucioles dans le velours de la nuit. Des contours éthérés aux arbres ruisselant des gouttes d’eau d’une soudaine averse, en passant par des accents japonisants ou le flamboiement ibérique, la musique de Debussy se révèle parfaitement séduisante sous les doigts de l’artiste, bien plus à l’aise avec ce répertoire habité par moins de véhémence et de tourmente. Toujours dans les frontières de l’Hexagone, une Sonatine (en trois mouvements) de Maurice Ravel. Œuvre courte, construite avec rigueur et finesse, traitant en toute amabilité deux thèmes parfaitement opposés. De la passion, de la grâce (d’un menuet fort élégant) et un brin d’originalité dans le ton, qui ne fait guère fi de la modernité des années 1905… Lumineuse narration Pour terminer, retour en beauté vers Debussy, qui, avec L’Isle joyeuse, clôt la ronde des notes à partir des couleurs vivaces d’une toile de Watteau, point de départ de l’inspiration de ces pages baignées d’harmonies insoupçonnées et audacieuses…. Lumineuse narration qui transporte les auditeurs vers l’insouciance et la légèreté des rives heureuses, d’une main agile et leste. Voyage fabuleux à travers la musique, grâce à une pianiste à l’art consommé, qui sait diffuser charme et magie du clavier. Et comme un prolongement naturel à ce charme et cette magie, en bis, encore du Debussy. Menestrel est un morceau conciliant jazz et expression classique, silence et volubilité, retenue et précipitation. Nul mieux que les ménestrels n’a su traduire la beauté du chant humain dont le piano se fait ici un éloquent écho. Edgar DAVIDIAN

Oui, c’est comme le vin qui se bonifie avec le temps... Un talent intact. Irina Puryshinskaja est de retour, une fois de plus, sous les auspices du Kulturzentrum. Ceux qui l’ont applaudie déjà dans ces mêmes lieux du théâtre de l’école allemande de Jounieh, il y a à peine un an, la retrouvent avec plaisir derrière les touches du clavier que ses doigts arpentent toujours avec une remarquable maestria. Cheveux noirs sagement noués en queue-de-cheval arrivant jusqu’à mi-dos, boléro à la chinoise en soie jaune paille sur un ensemble pantalon-blouse noir.

Un menu non pas russe, mais varié et mêlant en toute subtilité les élans romantiques aux scintillements modernes français, des pages donc de Beethoven, Liszt, Debussy et Ravel.
Ouverture somptueuse et chargée de toutes les tempêtes du cœur humain avec la...