Rechercher
Rechercher

Actualités

RETROSPECTIVE 2003 L’année al-Madina : un scandale peut en cacher un autre

Alors que l’affaire al-Madina semble se diriger vers un règlement discret, le Liban est encore secoué par ce scandale à épisodes, dont certains demeurent jusqu’ici obscurs. L’affaire avait pourtant éclaté dans le courant de l’année 2002, mais les rumeurs aidant, elle n’a pris toute son ampleur qu’en 2003. Surtout lorsque le tissu complexe des relations entre les divers protagonistes a commencé à apparaître au grand jour.
Jusqu’à aujourd’hui, les versions sur l’éclatement de la crise au sein de la banque de M. Adnane Abou Ayache, dont il a confié les rênes à son frère Ibrahim et à Mlle Rana Koleilat, continuent de diverger. Ce qui est pratiquement sûr, c’est que le Dr Adnane Abou Ayache, installé en Arabie saoudite, avait, au départ, fondé la banque pour y déposer une partie des fonds gagnés à Ryad, avec ses deux associés, le Saoudien Nasser Rachid et le Libanais détenteur d’un passeport saoudien, le Premier ministre Rafic Hariri. À eux trois, ils semblaient être très puissants au sein du royaume wahhabite, l’ingénieur, l’entrepreneur et le financier, ayant gagné la confiance du roi Fahd et des membres de sa famille.
Bien que Hariri n’ait jamais déposé des fonds dans cette banque, ayant lui-même d’autres structures, nul ne pouvait penser qu’elle pouvait connaître une telle crise, d’autant que de grandes sommes semblaient y passer, envoyées d’Arabie saoudite et d’ailleurs.
Les milieux proches de Rana Koleilat – la jeune femme qui a débarqué à Djeddah dans les années 80, pour se faire embaucher par le Dr Adnane Abou Ayache, et qui a réussi à grimper les échelons au sein de ses sociétés, en raison de son savoir-faire, de son dynamisme et de son goût du risque, au point de devenir finalement une des responsables de la banque – laissent entendre que des conflits entre les trois partenaires auraient provoqué la crise au sein de la banque. Les mêmes milieux vont encore plus loin, précisant que M. Hariri aurait été dérangé par la place que prenaient les Koleilat, Rana et son frère Taha, auprès des Saoudiens, mais aussi auprès des Syriens et dans les milieux sunnites beyrouthins. Il aurait poussé certains déposants à retirer leurs fonds, provoquant une vague de panique chez les clients et dans le monde bancaire.

Un manque étonnant de liquidités
En fait, que cette version soit convaincante ou non, le véritable problème réside dans le manque de liquidités de la banque. Lorsque les déposants ont commencé à réclamer leur argent, celui-ci s’était évaporé, investi notamment dans l’immobilier.
C’est alors que les rumeurs ont commencé à circuler sur d’éventuelles largesses à la classe politique et à d’autres, qui auraient avalé les fonds de la banque. Et c’est aussi à partir de ce moment que le personnage de Rana Koleilat, une jeune femme à la trentaine épanouie qui jonglait avec les millions, a commencé à susciter la curiosité, d’autant que les plaintes pleuvaient sur elle, la moins méchante n’étant pas celle du Dr Adnane Abou Ayache, dont le frère Ibrahim était arrêté. Cela ressemblait de plus en plus à un lavage de linge sale public et les Libanais suivaient avec attention les développements de ce feuilleton inédit. L’affaire a atteint son paroxysme lorsque Mlle Koleilat a été arrêtée, dans le cadre d’une plainte déposée contre elle par une ancienne amie, une décoratrice d’intérieur, Roula Soueid. Sortie de prison, après dix jours aux arrêts, Rana Koleilat est devenue une véritable star, controversée sans doute, mais fascinant le public, qui se souciait bien peu des détails juridiques, s’intéressant surtout aux potins et autres détails vrais ou faux, mais toujours scabreux.
L’affaire prenait tellement d’ampleur que les juges en charge des différents dossiers, essentiellement l’avocat général, Mme Rabiha Ammache Kaddoura, et le premier juge d’instruction de Beyrouth, M. Hatem Madi, ont appelé les protagonistes à plus de discrétion. Les Koleilat ont apporté des garanties de remboursement des sommes dues et la banque al-Madina, dont personne, en fait, ne veut la faillite, continue de fonctionner avec un directeur provisoire et sur des bases plus saines et plus transparentes.
Une fois de plus, la tempête se limitera à un verre d’eau, trop d’intérêts étant en jeu.
Scarlett HADDAD
Alors que l’affaire al-Madina semble se diriger vers un règlement discret, le Liban est encore secoué par ce scandale à épisodes, dont certains demeurent jusqu’ici obscurs. L’affaire avait pourtant éclaté dans le courant de l’année 2002, mais les rumeurs aidant, elle n’a pris toute son ampleur qu’en 2003. Surtout lorsque le tissu complexe des relations entre les divers protagonistes a commencé à apparaître au grand jour.Jusqu’à aujourd’hui, les versions sur l’éclatement de la crise au sein de la banque de M. Adnane Abou Ayache, dont il a confié les rênes à son frère Ibrahim et à Mlle Rana Koleilat, continuent de diverger. Ce qui est pratiquement sûr, c’est que le Dr Adnane Abou Ayache, installé en Arabie saoudite, avait, au départ, fondé la banque pour y déposer une partie des fonds gagnés à...