Anciens professeurs ou ingénieurs reconvertis en chauffeurs de taxi ou interprètes, ouvriers recyclés en vendeurs ambulants, ou, comme Hamid, maçons employés à la journée pour 4 000 dinars (2,5 dollars)... une grande partie de la population irakienne est abonnée aux emplois précaires et aux petits jobs pour assurer sa survie.
Déjà très élevé sous le régime de Saddam Hussein, le chômage atteint des taux alarmants en Irak, selon diverses estimations. D’après un rapport conjoint de la Banque mondiale et des Nations unies publié en octobre, chômage et sous-emploi touchent quelque 50 % de la population active. Mais certaines sources irakiennes les évaluent jusqu’à 70 %, même si « les estimations sont très difficiles à faire », comme le reconnaît Sobhi al-Joumaily, un responsable du Parti communiste irakien. « La situation de l’emploi était déjà très difficile avant, en raison de la politique de Saddam qui privilégiait certains secteurs comme l’armée, et de l’embargo international. Mais avec la chute du régime, c’est tout l’État qui s’est effondré », explique-t-il.
Des centaines de milliers de personnes, notamment d’anciens militaires ou fonctionnaires du ministère de l’Information, sont en outre venus grossir la cohorte des chômeurs, en raison de la politique de débaassification décidée par l’Administration américaine.
Au bureau du « Syndicat des chômeurs irakiens », créé en mai dernier, quelques dizaines de personnes viennent chaque jour remplir des formulaires dans l’espoir d’obtenir un emploi. Mais ils sont de moins en moins nombreux au fur et à mesure que le temps passe. « Ils ont perdu espoir et ne se déplacent plus », soupire un responsable, Aoufi Mazi. « On leur a parfois trouvé du travail dans la sécurité, c’est sans doute le dernier secteur porteur », ironise-t-il. « La création d’emploi est difficile dans une telle période, mais les autorités doivent prendre des mesures sociales », insiste Qassim Hadi, président du syndicat, qui avait organisé à l’automne plusieurs manifestations pour réclamer notamment une assurance chômage de 100 dollars par mois.
« Nous avons tant de problèmes à traiter, les handicapés, les veuves, les orphelins, les chômeurs... », dit en levant les mains au ciel Sami Azara al-Maajoun, le ministre irakien du Travail et des Affaires sociales. Ses propres statistiques situent le nombre de chômeurs autour de 20 %. « L’héritage du régime baassiste », insiste-t-il, tout en se disant confiant que le chômage « va baisser dans les trois à cinq ans, grâce à l’investissement étranger et la reconstruction du pays ».
Le ministère a ouvert six bureaux de recrutement à Bagdad, Najaf, Erbil, et Kirkouk notamment, où les chômeurs viennent se faire recenser et remplir des formulaires de demande d’emploi. « Notre objectif est d’ouvrir 28 centres dans tout le pays d’ici à fin juin », indique la responsable de ce programme, Sawsan Mahdi. « Nous essayons de placer ces gens dans les ministères irakiens, les compagnies étrangères ou arabes présentes dans le pays. Mais le problème est que beaucoup sont illettrés et ne peuvent prétendre à de tels emplois », explique-t-elle.
Dans leur rapport, la Banque mondiale et l’Onu insistaient sur la nécessité de créer rapidement des emplois, même si ceux-ci sont à court terme. Rappelant que 72 % de la population irakienne a moins de 25 ans, le rapport soulignait que « cette importante catégorie de la population peut devenir une source d’instabilité si le chômage persiste, ou au contraire dynamiser la croissance de l’économie irakienne ».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine