Mais il s’agit d’un véritable défi à la logique à Bethléem, cette ville de Cisjordanie où, selon la tradition chrétienne, l’enfant Jésus est né et qui se prépare à un nouveau Noël lugubre, le quatrième depuis le début de l’intifada, fin septembre 2000.
L’armée israélienne a certes transféré début juillet le contrôle de la ville aux forces de sécurité palestiniennes, mais elle maintient sa présence aux alentours, imposant régulièrement des restrictions à l’entrée des touristes.
Bethléem reste donc cernée de toutes parts par l’armée et en proie à une grave crise économique, avec un taux de chômage atteignant 60 % de la population active.
Comme chaque année, la place de la Mangeoire, située juste devant la basilique de la Nativité, bâtie au-dessus de l’endroit où serait né le Christ, est décorée avec des sapins et des guirlandes, tout comme les quelques magasins environnants qui n’ont pas fermé.
Mais un signe en néon en mauvais état proclamant que « la municipalité de Bethléem souhaite la bienvenue à son excellence le président Arafat et ses honorables invités » vient rappeler, par son caractère incongru, la dure réalité.
Car il est hors de question que l’État hébreu autorise le dirigeant palestinien, assiégé depuis plus de deux ans dans son QG de Ramallah, à venir assister le 24 décembre à la messe de minuit, comme il le faisait chaque année auparavant.
M. Kanawati est retourné chez lui en 1995 après deux décades passées à Philadelphie, en Pennsylvanie (est des États-Unis), pensant qu’une ère de paix et de prospérité allait s’ouvrir à Bethléem, dans la foulée des accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne.
Mais ces accords sont maintenant, dans les faits, morts et enterrés. Kanawati affirme toutefois ne pas désespérer. « Cela se présente un peu mieux que l’année dernière », lorsque l’armée israélienne occupait la ville, note-t-il. Il espère même un taux d’occupation de 70 à 80 %, alors qu’il y a deux ans, l’hôtel avait dû fermer à Noël faute de clients.
Le bijoutier George Gacaman ne désespère pas non plus de l’avenir de Bethléem, où il est revenu le mois dernier après un séjour d’un an dans l’Ohio (États-Unis). « Trop peu de gens de par le monde sont au courant de notre situation. Ils ne savent même pas où est située la Palestine et croient que c’est une partie d’Israël », se lamente-t-il.
Il affirme avoir de la chance s’il parvient à vendre plus d’un bijou par jour.
Son voisin, propriétaire d’un magasin de photos, vend tout juste trois pellicules par jour, contre 100 fin 1999, dans les semaines précédant l’année du millénaire, période exceptionnellement faste.
George Masriah, un vendeur de Halwa, une sucrerie traditionnelle à base d’amandes, parvient tout au plus à en vendre pour cinq dollars par jour aux rares touristes qui visitent son magasin.
Michael Nasser, directeur du Centre de Bethléem pour la paix, un organisme financé par la Suède, relève un certain soulagement dans la population depuis que les tanks israéliens sont sortis de la ville.
« Mais comment célébrer Noël, alors que des barrages israéliens sont toujours postés à toutes les entrées de la ville et que les résidents restent pratiquement emprisonnés ? » se demande-t-il.
M. Kanawati est néanmoins encouragé par l’augmentation du nombre de réservations dans les hôtels.
« Beaucoup de gens ne sont pas d’accord avec moi, mais toute chose a une fin. Au bout du compte, je pense que nous aurons un État palestinien qui sera un modèle au Proche-Orient », lance-t-il.


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