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Les erreurs de stratégie américaines en matière de contre-guérilla

Face aux attaques de plus en plus audacieuses de la guérilla irakienne, la seule stratégie de contre-guérilla efficace pour les forces américaines serait de parvenir à s’attirer la sympathie de la rue, jugeaient hier des stratèges français, doutant que cela soit réalisable.
Pour François Géré, auteur du Dictionnaire stratégique, « les guérillas n’ont de chance de succès qu’en fonction de leur enracinement local ». Et c’est précisément le but que doit se fixer toute contre-guérilla, ajoute un officier supérieur spécialisé dans les interventions extérieures : « La contre-guérilla n’est efficace que lorsqu’elle est comme un poisson dans l’eau sur le terrain de la guérilla qu’elle entend combattre. Elle n’est efficace que si elle est considérée comme une solution par une partie si possible importante du peuple. »
Or, depuis la fin officielle des opérations majeures en Irak, les attentats se multiplient en Irak, visant non seulement les forces américaines et alliées, mais aussi les infrastructures qu’ils mettent en place.
Dans ce type de conflit où le terrorisme l’emporte sur la guerre classique, « l’efficacité militaire est secondaire », juge Éric Dénécé, spécialiste du renseignement et des opérations spéciales. « Il faut d’abord gagner le soutien des populations civiles, car une guérilla est le signe qu’il y a des frustrations locales auxquelles il faut répondre », explique ce chercheur.
Pour cela, le renseignement et les opérations spéciales sont deux armes de choix, car « les frappes doivent être, si on veut garder l’avantage, systématiquement chirurgicales et sans dégâts collatéraux comme le font trop souvent les Américains qui dressent la population contre eux ».
Pour lui, « les Américains sont en train de refaire toute une série d’erreurs du passé. Ils se bunkerisent, ils ne savent pas aller au devant des populations, car tout Arabe est pour eux un danger, en raison de leur inexpérience coloniale ».
Ce chercheur, qui par ailleurs doute que les Français ou les Britanniques « auraient échappé à une guérilla car on est là dans une logique d’invasion de territoire », critique également les méthodes des forces américaines « qui ont tellement peur qu’ils rafalent à toute occasion, font sauter les portes, les murs et les cloisons lors des interventions urbaines et créent des résistants en puissance en procédant à des arrestations massives ».
Pour le général en retraite Jean-Vincent Brisset, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), « les Américains suivent en Irak les méthodes fortes des Israéliens dans les territoires occupés qui ont prouvé qu’elles ne marchaient pas ». « Quand vous ne vous mêlez pas à la population, vous êtes un drapeau rouge que vous agitez sous le nez des gens : comme trop souvent, les forces terrestres se déplacent à toute vitesse avec des véhicules très armés, il n’y a rien de mieux pour susciter la haine », constate ce spécialiste.
Il regrette notamment que les Américains n’aient pas envoyé en Irak leur garde nationale, spécialisée dans la maintien de l’ordre. « Les Italiens et les Espagnols ont envoyé là-bas des militaires-gendarmes, carabiniers et gardes civils, car il y a surtout un besoin en Irak de formateurs en matière de maintien de l’ordre. »
Face aux attaques de plus en plus audacieuses de la guérilla irakienne, la seule stratégie de contre-guérilla efficace pour les forces américaines serait de parvenir à s’attirer la sympathie de la rue, jugeaient hier des stratèges français, doutant que cela soit réalisable.Pour François Géré, auteur du Dictionnaire stratégique, « les guérillas n’ont de chance de succès qu’en fonction de leur enracinement local ». Et c’est précisément le but que doit se fixer toute contre-guérilla, ajoute un officier supérieur spécialisé dans les interventions extérieures : « La contre-guérilla n’est efficace que lorsqu’elle est comme un poisson dans l’eau sur le terrain de la guérilla qu’elle entend combattre. Elle n’est efficace que si elle est considérée comme une solution par une partie si possible...