Un costume sombre, une chemise blanche, un regard clair et pétillant, des sourcils broussailleux, une chevalière en or au doigt et, seule touche d’originalité à ce look presque austère de bureaucrate, une belle cravate Hermès bleue turquoise avec motifs gais et « dar » libanais au toit en tuiles rouges. Non, ce n’est pas la première fois que Gérard de Villiers foule le sol libanais. Pour être plus précis (petit calcul avec plissement des paupières), ce serait la seizième fois. Un ami, un accoutumé, un familier. À son actif aussi quatre titres qui nous concernent : Mort à Beyrouth, Les fous de Baalbeck, Vengeance à Beyrouth, La manip du Karin A. C’est déjà dire comme il connaît bien la complexité de la mosaïque libanaise.
Tour d’horizon vite établi, et l’auteur à succès qu’il est (150 millions d’exemplaires vendus, traduits en plus de 15 langues, mène quand même une campagne de promotion sur place pour l’ensemble de son œuvre. « Un “teasing” est toujours nécessaire, souligne-t-il avec le sourire et beaucoup d’aplomb. Les Libanais sont doués pour la survie. » Et voilà en préambule. Dans le regard des autres, nous Libanais, on se porte, Dieu merci, et touchons du bois, encore très bien.
Le dernier roman paru est Pacte avec le diable (l’assassinat du Premier ministre serbe) et celui à paraître bientôt est Ramenez-les vivants (les otages en Colombie). Comme on le remarque, rien n’échappe au regard mobile et scanneur du père de SAS, tout courage Malko, absolument preux chevalier et ardent latin lover dans la stridence des temps modernes. À la sortie de Baghdad Express en avril dernier, Gérard de Villiers venait tout juste de quitter l’Irak qui s’évertuait à éviter la guerre. « Énorme erreur de calcul pour les Américains », confie de Villiers en « post-bellum ». Toujours à la pointe des évènements et à l’affût de ce qui fait sensation. Politiquement, bien entendu, car cet écrivain venu du journalisme (début à France-Soir) et diplômé en Sciences Po à Paris n’en avoue pas moins qu’« écrire c’est merveilleux…»
Quel est ce cocktail explosif qui a tant séduit les lecteurs ? Un zeste d’érotisme (« oui, oui j’aime beaucoup les femmes », confesse Gérard de Villiers sur un ton badin qui trouve les Libanaises élégantissimes), de l’action (générée par les situations des personnages et les diverses trames narrées) et une excellente information sur les pays décrits. « Je suis si précis dans mes descriptions que mes livres ont servi de guides à certains lecteurs », dit-il dans un éclat de rire.
Sensible au drame palestinien («d’une grande injustice», précise-t-il), de Villiers commente largement le conflit israélo-arabe (sans oublier son livre-phare sur le sujet, Armaggedon) et dit être frappé par le nombre d’écoles à Gaza. Écrivant en tout lieu (sur IBM, simple cahier, carnet de notes et ordinateur), cet écrivain qui déclare donner de la distraction et de l’évasion aux gens n’en a pas moins été aussi sollicité par le cinéma : un film de Raoul Coutard (SAS San Salvador) et La veuve de l’ayatollah, porté à l’écran par un cinéaste américain. Si les nombreux voyages sont une source substantielle et fiable pour ses informations et ses repérages (« mes livres reflètent 80% de la réalité », affirme-t-il), il n’en demeure pas moins qu’il a un réseau fourni d’amis, de journalistes (AFP) et de diplomates pour bénéficier de connaissances supplémentaires et diffuser en douce ce qui se passe en coulisses...
Sans bémol, de Villiers avoue toutefois qu’écrire en anglais (qui l’eut cru ?) lui aurait rapporté encore un lectorat plus grand. Admirateur de l’art de vivre libanais (et la qualité de vie au pays du cèdre), jugeant que « le Liban est un pays de tolérance » et que « les Libanais pourraient être des bouddhistes », il garde des souvenirs impérissables de notre société. Notamment ce dîner en pleine guerre où, même bombardée, une maison de grande tenue mondaine sert le repas au jardin quand le salon est encore fumant des éclats des roquettes… Image certes surréaliste mais illustrant avec éloquence la flexibilité des Libanais.
Dernier souhait, monsieur le conteur ? « Que les lecteurs libanais continuent à me lire et que le Liban continue à se reconstruire tout en demeurant un exemple de cohabitation. » Parfait, à bon entendeur salut !
Edgar DAVIDIAN


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine