« L’irakisation » des forces militaires et de police n’est pas sans évoquer le choix de la « vietnamisation » qui avait précédé l’effondrement du Sud-Vietnam face aux forces du nord en 1975, soulignent des commentateurs et hommes politiques. La « vietnamisation » décidée par l’ancien président Richard Nixon consistait à confier progressivement au Sud-Vietnam la charge des opérations militaires afin de désengager les États-Unis, après un long enlisement qui a coûté la vie à plus de 58 000 soldats américains.
Bien que le conflit en Irak soit très différent et encore très loin de ce bilan, l’analogie est de plus en plus évoquée avec l’annonce de plans qui pourraient ramener les forces américaines de 132 000 hommes actuellement à environ 105 000 au printemps prochain. Parallèlement, les États-Unis comptent porter les nouvelles forces de sécurité irakiennes – armée, police, gardes-frontières... – de quelque 118 000 hommes actuellement à 170 000 dans les premiers mois de l’année 2004.
Plusieurs voix ont exprimé ces derniers jours des doutes sur cette politique, jugeant qu’elle faisait peu de cas de la stabilisation du pays, au profit d’une volonté, à un an de l’élection présidentielle, de rassurer une opinion publique inquiète face aux attaques incessantes contre les GI. « Frustré par le manque de progrès sur le terrain et par un soutien politique à domicile qui s’estompe, Washington pense désormais qu’un transfert rapide du pouvoir à des troupes et des politiciens locaux améliorerait les choses », relève un éditorialiste américain, Fareed Zakaria. « Cela s’appelait la vietnamisation, maintenant c’est l’irakisation. Et hier comme aujourd’hui, c’est moins une stratégie de victoire qu’une stratégie de sortie », estime-t-il dans une tribune publiée par le Washington Post et Newsweek.
Un autre commentateur influent, Thomas Friedman, estime qu’une « irakisation » de la police et de l’armée est « nécessaire, mais pas suffisante ». « Si vous avez une armée et une police, mais pas de gouvernement réellement légitime, cela signifie que cette armée et cette police vont flotter, sans connexion avec un pouvoir gouvernemental ou avec le peuple », estime-t-il dans une contribution au New York Times.
Le sénateur républicain John McCain, ancien pilote et prisonnier de guerre au Vietnam, très écouté sur ces questions, a joint sa voix au concert en estimant que les forces américaines en Irak devaient être augmentées, pas réduites. M. McCain redoute que Washington « envoie comme message qu’il est plus important pour l’Amérique de sortir d’Irak que d’y accomplir ses objectifs ». « Si l’armée américaine, la meilleure du monde, n’arrive pas à battre les insurgés irakiens, comment des miliciens irakiens entraînés en quelques semaines pourront-ils faire mieux ? » s’est-il demandé.
Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld s’est pour sa part voulu rassurant en répondant jeudi qu’une réduction des forces envisagée ne se ferait pas au détriment des objectifs militaires et de la sécurisation du pays, que Washington ambitionne de transformer en un modèle de démocratie au Proche-Orient. « Nous faisons venir des forces qui sont adaptées aux menaces émergeant en Irak aujourd’hui, y compris davantage d’éléments d’infanterie mobile », a-t-il précisé. « Que le niveau des forces américaines reste stable ou décline légèrement, une chose est certaine : la capacité globale des forces de sécurité en Irak va augmenter », a déclaré le chef du Pentagone, en assurant que « le nombre ne reflète pas nécessairement l’aptitude ».


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