« Le gouvernement a pris de sérieux risques politiques et pourraient en souffrir les conséquences », selon Huseyin Bagci, professeur de relations internationales à l’Université du Moyen-Orient à Ankara. « L’opinion publique sera consternée lorsque les cercueils commenceront à revenir. Et plus grandes seront les pertes, plus le gouvernement souffrira politiquement », a-t-il ajouté.
Le soutien franc et massif, mardi, des députés du Parti de la justice et du développement (AKP) constitue une « victoire personnelle » pour le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui, « au risque de se mettre à dos l’opinion publique, veut se rapprocher des Américains et avoir son mot à dire en ce qui concerne l’avenir de l’Irak », estimait pour sa part un haut diplomate occidental à Ankara.
En mars, une centaine des quelque 360 députés de l’AKP, opposés à la guerre, avaient fait échouer un projet du gouvernement visant à autoriser quelque 60 000 soldats américains à transiter par la Turquie pour envahir l’Irak par le nord.
Le quotidien Vatan estimait lui aussi mercredi que « le gouvernement prend un risque en Irak » car l’armée risque de s’enliser dans un « bourbier ».
Pour le journal de centre-gauche Cumhuriyet, « la Turquie va participer à l’occupation de l’Irak » même si le gouvernement récuse un tel vocabulaire.
Pour le journal libéral Milliyet, la Turquie n’avait guère le choix que de prêter main-forte aux Américains pour défendre ses intérêts propres dans la région, en l’occurrence la lutte contre les rebelles kurdes de Turquie réfugiés dans le nord de l’Irak.
La Turquie souhaite purger quelque 5 000 rebelles armés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK-Kadek) de la région et a obtenu une promesse des États-Unis qu’ils aideront Ankara à mettre fin à cette menace.
Washington n’a toutefois donné aucun détail sur les moyens ou le calendrier envisagés pour ce faire, et Ankara n’a pas révélé combien de soldats turcs pourraient être envoyés en Irak ou quand.
Les autorités militaires turques et américaines devraient prochainement entamer des négociations sur les conditions de ce déploiement, selon le ministère turc des Affaires étrangères. « Mais si les Turcs songent utiliser ce vote parlementaire pour faire monter les enchères dans les négociations, cela sera très mal vu », affirmait-on mercredi de source diplomatique occidentale à Ankara.
Car même si Washington a accueilli avec soulagement la décision d’Ankara, qui devrait permettre une plus grande « internationalisation » des forces de la coalition, il sait que ce déploiement risque de soulever nombre de problèmes, notamment avec les responsables irakiens, et en particulier les Kurdes, qui se sont déjà prononcés contre la venue des Turcs.


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