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Art Deux expositions sur l’Algérie à Paris pour combattre les idées reçues

Deux expositions simultanées consacrées à l’Algérie à partir d’hier à l’Institut du monde arabe, « L’Algérie en héritage » et « De Delacroix à Renoir », combattent les idées reçues à la fois sur le lointain passé des Algériens et sur l’orientalisme des peintres français.
« L’Algérie n’a jamais été dépeuplée! », s’emporte Nadjib Ferhat, le commissaire général de l’exposition « L’Algérie en héritage » qui présente, dans le cadre de « l’Année de l’Algérie en France », quelque 330 pièces exclusivement extraites des collections publiques algériennes retraçant l’histoire du pays de la préhistoire à la conquête française de 1830.
« Les Romains n’ont jamais été en Algérie, poursuit-il en parcourant l’exposition. Ce sont les Numides qui ont accepté de se romaniser ! On parle d’époque romaine, alors que l’on devrait parler d’époque numido-romaine... »
Il y a d’abord l’art rupestre. La Paroi gravée avec deux bovins et une autruche ou ces merveilleux « Chevaux affrontés ». Et soudain l’écriture, l’inscription tifinagh. Un petit panneau précise que cet ancien alphabet est « encore utilisé par les Touaregs».
Toujours la recherche du fil conducteur, de cette « souche de départ », comme l’appelle Nadjib Ferhat, qui n’a fait que s’enrichir au contact des populations étrangères.
On retrouve un cavalier dalmate, lancé au galop dans une stèle de la fin du 1er siècle après J-C. On peut lire que « Dazas, fils de Scenus, de la tribu des Maezeii, appartenait à la 6e cohorte des Dalmates dans laquelle il a servi pendant dix ans et qu’il est mort à l’âge de 27 ans ».
Plus loin, on nous rappelle que « le terme berbère vient du mot grec barbaros », mais que « les habitants du Maghreb se désignaient eux-mêmes d’imazighen, c’est-à-dire “les hommes libres” ».
Nadjib Ferhat sait bien qu’ « une exposition ne peut pas changer, seule, quoi que ce soit ». « Mais, ajoute-t-il, c’est une pierre dans l’édifice pour arriver à changer les mentalités ».
Deux étages plus haut, Stéphane Guégan, commissaire scientifique de la rétrospective « De Delacroix à Renoir », mène un combat similaire entouré des orientalistes français du XIXe.
« Nous avons voulu démontrer que cette peinture n’était pas seulement faite de stéréotypes », dit-il.
Se succèdent alors les Femmes d’Alger dans leur intérieur d’Eugène Delacroix, qui réalise en Algérie en 1832 son rêve de pénétrer dans l’intimité d’un harem. Et, un peu plus loin, les intérieurs de Théodore Chassériau, qui se rend en Algérie à 27 ans, en 1846, et « introduit, selon Stéphane Guégan, quelque chose qu’on ne trouve pas chez Delacroix ». « Une forme d’ambiguité: à la fois fascination pour l’autre et distance infranchissable ».
Mais pourquoi exposer ensuite Alfred Delobbe et Auguste Raffet qui n’ont, comme il est précisé sous leurs œuvres, jamais mis les pieds en Algérie ? Pour Delobbe, il s’agit de « montrer à quoi pouvait ressembler l’orientalisme de salon autour de 1870 », répond M. Guégan.
Quant à Raffet, « il s’inscrit dans ce mouvement de propagande qui est l’iconographie militaire des années 1830 ». « Raffet représente les adversaires de la France comme des vrais barbares: on les voit brandir des têtes coupées », poursuit le commissaire. Il faut voir les lithographies de Raffet, explique-t-il, pour mieux apprécier cette superbe Lisière d’Oasis d’un Eugène Fromentin, pour qui il y avait « une distance à respecter et même des sujets à ne pas représenter, car les traiter sans les comprendre reviendrait à violer leur identité ».
Deux expositions simultanées consacrées à l’Algérie à partir d’hier à l’Institut du monde arabe, « L’Algérie en héritage » et « De Delacroix à Renoir », combattent les idées reçues à la fois sur le lointain passé des Algériens et sur l’orientalisme des peintres français.« L’Algérie n’a jamais été dépeuplée! », s’emporte Nadjib Ferhat, le commissaire général de l’exposition « L’Algérie en héritage » qui présente, dans le cadre de « l’Année de l’Algérie en France », quelque 330 pièces exclusivement extraites des collections publiques algériennes retraçant l’histoire du pays de la préhistoire à la conquête française de 1830.« Les Romains n’ont jamais été en Algérie, poursuit-il en parcourant l’exposition. Ce sont les Numides qui ont accepté de se romaniser ! On...