« En dix ans, la musique “dance” est passée aux Pays-Bas d’un mouvement confidentiel à un phénomène culturel établi touchant un public de plusieurs millions de personnes », relève le cabinet de consultants KPMG dans un rapport publié cette année. Les musiques électroniques, baptisées du nom générique « dance » aux Pays-Bas, regroupent divers courants : techno, trance, hardcore, house, progressive, garage, lounge et autres drum & bass.
Leur immense succès auprès des jeunes Néerlandais de 15 à 35 ans a permis l’émergence d’un véritable secteur économique constitué par les clubs et discothèques, les organisateurs de rave géantes et les différents producteurs, disc-jockeys et autres opérateurs radio. « Il n’y a pas un seul pays au monde qui organise autant de fêtes techno et qui compte autant de discothèques centrées sur les musiques électroniques », relève Eelko Anceaux, un organisateur de soirées basé à Amsterdam. Au total, le secteur des musiques électroniques génère des flux financiers annuels de l’ordre de 488 millions d’euros – billets pour les rave géantes, consommations dans les discothèques, achat de CD et autres – sans compter les effets induits (tourisme, mode...), selon l’enquête de KPMG.
Les disc-jockeys néerlandais sont devenus de véritables stars. Tiësto, élu meilleur disc-jockey du monde en 2002, remplit les salles de concert aux Pays-Bas et à l’étranger. Les cachets des quelque 17 disc-jockeys vedettes ont explosé et varient de 1000 à plus de 40000 euros par soirée. « La “dance” fait partie intégrante de la culture des jeunes aux Pays-Bas, comme en Angleterre. On peut comparer le phénomène à la “Love Culture” des années 1960. Aujourd’hui Dance Valley (une rave party géante réunissant plus de 40000 personnes chaque année près d’Amsterdam) est le Woodstock de cette génération », explique Tom Holkenborg, alias Junkie XL, un des artistes néerlandais les plus connus au monde grâce à son remix de la chanson d’Elvis Presley A little Conversation.
Plusieurs entreprises néerlandaises, fondées par des mordus de techno, se sont spécialisées dans l’organisation de ces événements. Dans son bureau situé dans la rue du Volume, près d’Amsterdam, Brian Bout, 29 ans, est le patron de l’une d’entre elles, UDC. UDC réalise un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros, emploie 34 permanents et jusqu’à 4000 personnes lors des fêtes comme Dance Valley. « Organiser une telle fête coûte des millions. Nous soignons l’éclairage, la sécurité, nous sommes en concertation permanente avec les autorités », explique-t-il. UDC travaille avec la police, affirme appliquer une politique de zéro tolérance en ce qui concerne l’ecstasy, cette drogue très prisée des amateurs de techno. Un représentant de la justice néerlandaise est d’ailleurs présent en permanence lors de la rave Dance Valley. « Les organisateurs néerlandais sont beaucoup plus professionnels que dans d’autres pays », souligne Brian Bout.
Un savoir-faire qui pousse les Néerlandais à lorgner vers l’étranger. UDC vient d’ouvrir un bureau à Barcelone et projette d’organiser un Dance Valley espagnol en 2004. Des soirées musiques électroniques vont être lancées à Madrid. UDC s’est également implanté en Scandinavie. IDT, son plus important concurrent, étudie aussi une expansion à l’étranger. « Si l’on regarde bien, la musique “dance” est un produit d’exportation très important pour les Pays-Bas, plus important que le fromage », conclut Brian Bout.


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