Rechercher
Rechercher

Actualités

THÉÂTRE « Femme en fragrance » au Béryte Idéalisation du couple ()photo)

Après les Estivales de Deir el-Kamar, Beyrouth accueille, au théâtre Béryte (Iesav), le spectacle mis en scène par Caline Bernotty et intitulé, un peu curieusement, Femme en fragrance, adaptation bien verbeuse du roman Clair de femme de Romain Gary. On pense, avec ces effluves féminines (et féministes, toutes en nuances acérées), au Parfum de femme de Dino Risi, mais la comparaison s’arrête aux phosphorescences du titre, car le monde de Gary, tout en accordant une place majeure à la femme, est bien plus étouffant et oppressant, avec un besoin péremptoire d’absolu.
Histoire d’une femme, d’un homme, d’un couple qui ne veut pas mourir. Histoire où les femmes, multiples, dessinent à travers des portraits symboles, avec éloquence et vigueur, toutes les facettes et les exigences des femmes. Qu’est-ce qui gère la mécanique de l’amour ? Le corps, le désir, le besoin de l’autre, le rêve, la sensualité ? Tout cela à la fois peut-être, et dans un état de plénitude et de santé ? Que deviennent les sentiments et les relations quand la maladie et les handicaps s’emparent des êtres vivants ? Problématique ardue, posée dans cette œuvre grave et méditative où l’on ne baisse pas facilement les bras. Refus d’abdiquer, de renoncer. Hommage à la vie, à l’amour, volonté de triompher de l’échec et de la mort. C’est dans cette optique que se déploie cette histoire-kaléidoscope, frisant vaguement un certain symbolisme, aux multiples facettes, mettant en scène des protagonistes venus de tous bords, ballottés par le courant du quotidien et les impondérables du destin.
Trame complexe et compliquée pour sauver un amour qui naufrage et un couple en perdition, celui de Yannick et Michel. Autour de ce noyau frappé par l’adversité gravitent des personnages étranges et un peu farfelus, jetant une certaine lumière sur cette fabulation de l’amour (qui peut ne pas en être une), avec ses parodies, ses détours, ses coulisses, son ironie cinglante, sa tendresse infinie. Mais par-delà toutes les luttes et les chemins de traverse, l’espoir reste la seule alternative.
Dans ce discours confus et à la poésie intense, philosophant et commentant avec amertume et une effrayante lucidité toute traversée humaine, les acteurs, tous de jeunes amateurs avertis (Habib Tawk, Rayane Hazimeh, Mirana Naïm), tentent de donner la pleine mesure d’un verbe aux ramifications fuyantes et sombrement enchevêtrées. Dans un décor minimaliste, avec structure en fer, donnant priorité au spectacle dans le spectacle, c’est-à-dire à Senor Galba, dresseur de chiens et de singes, parallèle évident d’une lutte contre le dressage des hommes par le destin.
Sur ce texte souvent grandiloquent et bien difficile à porter par des comédiens inexpérimentés, débité avec une nerveuse rapidité et parfois une froide neutralité ou un enthousiasme injustifié, viennent se greffer des danses, des acrobaties et des gymnastiques, dans l’atmosphère à la fois ludique, parfois clownesque ou « chagalienne ». Beau choix musical, entre moderne rythmé, paso-doble entraînant et diaphanes notes chopiniennes. L’éclairage, dès le début de cette pièce relativement longue, est d’une lenteur irritante, laissant souvent les spectateurs, tendus, dans un noir prolongé.
Pour cette œuvre à la fois hommage à la femme et vibrante apologie à une idéalisation du couple, l’auteur d’Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable (autre thème de l’incapacité d’aimer mais vu cette fois sous l’angle masculin) est servi par une mise en scène empruntant ses pouvoirs d’expression à une sorte de maniérisme conciliant l’emphase et l’expérimental.

Edgar DAVIDIAN
Après les Estivales de Deir el-Kamar, Beyrouth accueille, au théâtre Béryte (Iesav), le spectacle mis en scène par Caline Bernotty et intitulé, un peu curieusement, Femme en fragrance, adaptation bien verbeuse du roman Clair de femme de Romain Gary. On pense, avec ces effluves féminines (et féministes, toutes en nuances acérées), au Parfum de femme de Dino Risi, mais la comparaison s’arrête aux phosphorescences du titre, car le monde de Gary, tout en accordant une place majeure à la femme, est bien plus étouffant et oppressant, avec un besoin péremptoire d’absolu. Histoire d’une femme, d’un homme, d’un couple qui ne veut pas mourir. Histoire où les femmes, multiples, dessinent à travers des portraits symboles, avec éloquence et vigueur, toutes les facettes et les exigences des femmes. Qu’est-ce qui gère la...