«Le blues est né dans la sueur, la discrimination et la pauvreté», souligne la sénatrice démocrate Blanche Lincoln, coauteur de la proclamation. L’histoire du blues et de sa mythique est celle des musiciens se retrouvant dans les bars, jouant pour un repas, faisant de petits boulots pour survivre et voyageant en train avec leur guitare pour seul bagage. «Le blues traduit toute la gamme des émotions humaines du désespoir à l’orgasme dans leur expression la plus immédiate», explique Tony Manguillo, un immigré italien propriétaire d’un club célèbre de Chicago, le Rosa’s Lounge.
Si quelques «bluesmen» comme John Lee Hooker, Muddy Waters ou B.B. King sont devenus des vedettes mondiales, le blues demeure surtout l’art d’innombrables musiciens originaux et méconnus. Le joueur de blues est le plus souvent auteur-compositeur, vocaliste et instrumentaliste.
Le blues est né dans le Sud profond, dans les années 1860, après la guerre de Sécession qui a mis fin à l’esclavage. Son apparition officielle date de 1903. Cette année-là, le musicien noir de formation classique W.C. Handy attendait un train sur un quai quasi désert de la gare de Tutwiller, une petite bourgade du Mississippi. Non loin de lui, un inconnu chante une musique qu’il n’avait jamais entendue en grattant les cordes d’une guitare avec une lame de couteau.
Handy a été le premier à mettre le blues sur des partitions et à composer des chansons, permettant de le populariser à partir de 1912 avec la publication de l’album Memphis Blues. En 1920, le premier blues de l’histoire est enregistré sur disque: Crazy Blues, interprété par Mamie Smith. Avec la grande dépression, les «bluesmen» fuient le Sud et sa campagne en crise pour émigrer en masse vers les grandes villes du Nord. Chicago devient la terre promise. Dans les années 40, les radios se développent, dont la fameuse WIDIA de Memphis, animée par B.B. King.
Mais c’est à partir de 1950, avec l’utilisation des instruments électrifiés, que le blues commence véritablement à influencer la musique commerciale américaine sous ses formes dérivées comme le rock et la «soul music». Cette influence s’étend au début des années 60 à l’Europe avec l’émigration de nombreux musiciens américains vers le vieux continent. Le blues anglais fait son apparition avec les Rolling Stones, John Mayall et Eric Clapton.
Dans les années 70 et 80, le blues connaît plusieurs moments forts, dont la parution en 1985 de Showdown!, avec Albert Collins, Robert Cray et Johnny Copeland. En 1989, John Lee Hooker sort The Healer et grimpe dans les Tops 50. En 1990, grâce au CD, les enregistrements sont rafraîchis et les grandes maisons d’éditions en profitent pour ressortir les bandes de vieux «bluesmen».
Depuis plusieurs années cependant, la popularité du blues ne cesse de décliner pour ne faire atteindre qu’1% des ventes du marché américain, selon l’entreprise Nielsen Sound Scan. Coproducteur d’émissions radio sur le centenaire du blues, Ben Manilla espère que sa célébration va «donner au blues le coup de fouet dont il a tant besoin».


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