Il y a caricature et caricature. Et il y a un temps pour tout. Si la tradition admet que chaque année (et cela depuis des décennies) le chef d’État américain se mette lui-même en boîte lors de la soirée des correspondants accrédités à la Maison-Blanche, il est certains coups de crayon satiriques qui sont vus d’un très mauvais œil. C’est ainsi que le Service secret chargé de la sécurité du président George W. Bush s’est déclaré troublé par une caricature évoquant l’assassinat de Dobleyou ayant paru dimanche dans le Los Angeles Times. Cette image montre l’actuel président américain les mains derrière le dos, menacé par le revolver d’un homme vêtu d’une veste comportant l’inscription « politique » et avec en arrière-plan un paysage irakien. Si « la caricature n’a jamais tué quelqu’un en France » (selon le Français Louis Madelin), elle pourrait être fatale pour le chef de la Maison-Blanche, comme semble le penser « graphiquement » le Los Angeles Times.
Il y a encore plus dans ce dessin. Il se fait l’interprétation très actuelle d’une célébrissime photographie ayant remporté le prix Pulitzer et qui a gravé le souvenir de la guerre du Vietnam dans la mémoire de la génération des années 60. On y voit un officier sud-vietnamien abattre un jeune Vietcong.
Le spectre de ce bourbier, avec son lot de morts et autres séquelles, flottait déjà dans l’air depuis l’intervention de l’Oncle Sam en Irak. Mais de là à voir une possible répétition d’une page tragique de l’histoire américaine, étalée noir sur blanc cette fois dans une presse à grand tirage, n’a pu que fortement inquiéter la garde rapprochée, au vrai sens du mot, de George W. Bush. Reste à savoir ce qui se passe, à ce sujet, dans les « têtes pensantes » de ceux (Wolfowitz et autres Condoleezza Rice) qui cogitent avec lui cette politique à double et quadruple tranchant.

