Né à Lodz (Pologne) le 1er mai 1917, Serge Silberman, survivant des camps de la mort, était arrivé à Paris après la Seconde Guerre mondiale. Polyglotte touche-à-tout, il avait passé sa jeunesse entre Lodz, Milan – où il suivit des cours à l’École polytechnique – et Liège, avant l’errance de camp en camp, où il perdit ses parents.
« On me dit que je suis un vieux loup de mer, que je sais me défendre, mais des fois, j’ai envie de déposer les armes », déclarait en 1985 à Libération Serge Silberman, qui ne faisait son métier que « par amitiés ». Avant de créer en 1966 sa société de production, Greenwich, il avait fait ses premières armes de producteur pour Jean-Pierre Melville, avec Bob le flambeur (1959), avant de produire Le Trou, le dernier film de Jacques Becker (1960), échec retentissant mais qui le fait connaître. C’est lui qui va voir Bunuel au début des années soixante, pour lui permettre de réaliser « ce qui lui plaît ». Les deux hommes deviennent amis et font ensemble Le journal d’une femme de chambre (1963), La Voie lactée (1969), Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), Le Fantôme de la liberté (1974) et Cet obscur objet du désir (1977). Dans sa dernière interview, Bunuel dira de son producteur : « Il me fait la vie belle mais me la raccourcit en même temps.»
Archétype du producteur indépendant, Serge Silberman produisait peu mais bien. «Je ne pense pas qu’on puisse raisonnablement faire un film en moins d’un an, un an et demi, disait-il. Sinon, on devient esclave, on fait de la marchandise pour couvrir ses frais généraux.» Serge Silberman a également produit Diva de Jean-Jacques Beineix (1980), Ran de Akira Kurosawa (1985) ou Max mon amour de Nagisa Oshima (1986). Il s’était également intéressé à la télévision, en 1987, en voulant prendre une participation de La 5. Il éprouvait cependant la plus grande méfiance envers le média télévisé, ne tentant l’aventure que pour apporter « de nouvelles idées » à la télévision française, devenue « tellement médiocre ». Ses obsèques auront lieu le lundi 28 juillet, à 10h30 heure locale, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.


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