À son retour en Irak en mai dernier, après 23 ans d’exil en Iran, il avait refusé cette image, se définissant comme un « simple soldat de la révolution islamique ».
Chef de l’Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), une organisation des chiites irakiens soutenue par l’Iran, ce religieux de 64 ans, un sayyed au turban noir, signe qu’il est un descendant du prophète, défendait une ligne modérée. Il demandait un départ rapide des Américains, mais acceptait de collaborer avec la coalition, son frère Abdel Aziz Hakim siégeant au Conseil de gouvernement irakien.
Fils du grand ayatollah Muhsin al-Hakim, chef spirituel du monde chiite entre 1955 à 1970, il avait trouvé refuge en Iran en 1980 quand l’ayatollah Mohammed Baqer al-Sadr, dont il était le compagnon, avait été assassiné par le régime baassiste.
Lui-même opposant à Saddam Hussein, il avait été arrêté à deux reprises dans les années 70.
En 1983, la police irakienne a arrêté 125 membres de sa famille avant d’assassiner 29 d’entre eux. En 1988, son frère sayyed Mahdi al-Hakim a été tué au Soudan par des agents du régime irakien.
Sa famille indiquait, un mois après la chute de Saddam, que 18 autres des siens dont elle était sans nouvelles sont « tombés en martyrs ». « Six frères de l’ayatollah Hakim ont été exécutés par le régime irakien, un septième a été tué dans un accident de voiture et un huitième est mort après avoir été libéré par la police », rapportait Mohsen Hakim, son neveu.
L’ayatollah Hakim, grand homme maigre à barbe blanche, a lui-même échappé ces 23 dernières années à sept tentatives d’attentat. Sa protection a été considérablement renforcée depuis la guerre.
En décembre 1982, il participe avec d’autres à la fondation de l’Asrii, principale organisation d’opposition chiite à Saddam Hussein, dont il prend la tête en 1984.
Presque au même moment, l’Asrii se dote d’un bras armé, qui deviendra la brigade Badr, commandée personnellement par l’ayatollah Hakim et accusée par les États-Unis d’être utilisée par Téhéran pour entraver les affaires américaines en Irak.
Longtemps installé en Iran et comptant sur l’aide de ce pays, l’ayatollah Baqer al-Hakim avait su cependant garder ses distances vis-à-vis du clergé iranien, défendant une politique autonome. Il était notamment parvenu à tisser des liens parmi les dirigeants arabes, en dehors du monde chiite, et avait visité ces dernières années plusieurs pays de la région. Malgré une intense activité politique, cet homme, qui appuyait volontiers son discours de mouvements hiératiques des mains, n’avait pas négligé la théologie et avait écrit une quarantaine de livres. Son retour en Irak avait donné lieu à de nombreuses manifestations de foule mais il n’avait pas eu le caractère triomphal de celui de Khomeiny à Téhéran après la chute du chah.


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