Un grisonnement précoce des cheveux tout autant que son style aérien lui ont très vite valu d’être surnommé « le goéland » par assimilation à ce palmipède au plumage dorsal argenté.
À 37 ans, celui qui, alliant élégance, vitesse et technique, a fait décoller le triple saut en atterrissant à 18,29 m, record en vigueur depuis 1995, n’aura pas le loisir de défendre l’an prochain à Athènes le titre olympique conquis en 2000 à Sydney.
Longtemps, il avait imaginé faire ses ultimes bonds dans la capitale grecque en se frottant une dernière fois à des adversaires dont, pour la plupart, il aurait alors pu être le père.
Sa cheville droite – essentielle à son art – meurtrie au début du mois lui a fait comprendre que l’heure de la retraite sportive avait sonné un peu plus tôt que souhaité. Juste avant les Mondiaux parisiens, Edwards avait annoncé qu’il ferait son dernier concours au Stade de France.
Même si la silhouette est encore juvénile et le sourire presque enfantin, il attendra désormais en spectateur l’avènement de celui qui battra ce record obtenu en même temps qu’un premier titre de champion du monde, en 1995 à Goeteborg (Suède).
Un triple bond dont il lui a fallu un peu de recul pour prendre l’exacte mesure. Jusqu’à le comparer au mythique record de la longueur établi en 1968 par l’Américain Bob Beamon (8,90 m), et battu seulement 23 ans plus tard par Mike Powell (8,95 m).
« C’est un peu comparable au record de Bob Beamon, » déclarait le Goéland quelques jours avant de remporter son second titre de champion du monde, en août 2001 à Edmonton. « À l’époque, ça m’a paru très facile et j’ai pensé que je pourrais le refaire, mais les records mondiaux ne sont pas si faciles à battre. Si c’était le cas, ils n’auraient pas la même valeur. »
Peu de temps avant son exploit, il avait réalisé un saut phénoménal mesuré à 18,43 m, mais avec un vent de dos trop favorable. Depuis, il n’a dépassé les 18 m qu’à deux reprises. Un seul de ses rivaux s’est à ce jour aventuré au-delà de cette frontière symbolique : l’Américain Kenny Harrison qui, en 1996, le privera, avec 18,09 m, d’un titre olympique à Atlanta (États-Unis).
Faux bond
C’est son père, pasteur et sportif accompli, qui, dès l’école, pousse le petit Jonathan à s’épanouir aussi sur les stades. Très tôt, il opte pour le triple saut. Sauf le dimanche. Chrétien fervent, il s’abstiendra jusqu’en 1993 de concourir le jour du Seigneur.
Diplômé en physique de l’Université de Durham, ce Londonien de naissance décroche son premier trophée international aux Mondiaux 1993, avec une médaille de bronze.
Outre ses records et titres mondiaux de 1995, il aligne en 1995-1996 – ses années d’or – 22 victoires consécutives en concours. Grandissime favori des JO 1996 à Atlanta (États-Unis), il connaît une première grosse désillusion en laissant l’or à Harrison.
Autre faux bond l’année suivante aux Mondiaux, où il est cette fois devancé par le Cubain Yoelvis Quesada. Champion d’Europe en 1998, il doit se contenter du bronze aux Mondiaux 1999, mais cumule ensuite un titre olympique en 2000 et un second sacre mondial en 2001.
Déjà, alors qu’il n’a « que » 35 ans, on s’étonne de sa longévité au plus haut niveau. Signe pourtant du déclin annoncé, lors de l’Euro 2002, il n’occupe que la dernière marche du podium, deux crans derrière un jeune Suédois, Christian Olsson, qu’il a très vite désigné comme son successeur.


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