Mais aujourd’hui, elle est menacée par une fièvre immobilière entretenue par l’investissement dans la capitale de milliards de dollars par les sociétés pétrolières occidentales.
Il est bien interdit de construire dans la cité fortifiée de Bakou, appelée Icheri Sheher. Mais on n’en est pas moins en train de démolir des bâtisses qui avaient résisté à l’épreuve de plusieurs siècles afin de faire place nette pour des ensembles de bureaux ou des villas de luxe.
L’Unesco a réagi le mois dernier en inscrivant l’Icheri Sheher sur sa liste du patrimoine mondial en péril, mais l’initiative suscite peu d’espoir chez les habitants de la capitale azerbaïdjanaise.
« Chaque jour apporte une nouvelle menace à l’Icheri Sheher, affirme Adil Alekperov, à la tête d’une campagne pour tenter de sauver la cité. Ça a été en mauvais état pendant des années, mais jamais avant il n’y avait eu de telles laideurs comme on en voit maintenant.»
La vieille ville de Bakou est un dédale chaotique où s’enchevêtrent les caravansérails – ces vastes cours où les caravanes de marchands de l’ancienne Route de la soie faisaient halte –, les mosquées, les bains persans, les vieilles maisons de pêcheurs et de belles maisons du XIXe siècle.
Des balcons délabrés surplombent les ruelles étroites. Des familles présentes depuis plusieurs dizaines de générations y vivent et travaillent encore.
Aujourd’hui, dans la vieille ville victime de son succès, les constructions modernes « ont poussé comme des champignons après l’averse », témoigne Adil Alekperov.
Ces immeubles ont été construits pour répondre à la demande de compagnies pétrolières occidentales, d’ambassades et de riches Azerbaïdjanais, tous prêts à payer le prix fort pour établir leurs locaux dans ce quartier.
Le chantier de la nouvelle ambassade de Belgique a causé un glissement de terrain qui menace les murs de la cité fortifiée, et selon des habitants, une villa du XIXe siècle a été détruite ce mois-ci par les ouvriers.
Les nouveaux chantiers et les destructions aux bulldozers « menacent clairement l’authenticité du site », souligne un récent rapport de l’Unesco.
Ces chantiers se poursuivent malgré la signature, en février dernier par le président azerbaïdjanais Heydar Aliev, d’un décret gelant toute nouvelle construction, excepté pour des travaux de restauration.
De nombreux observateurs accusent des responsables au sein des autorités azerbaïdjanaises d’être complices des constructeurs.
Cela n’aurait rien de très surprenant dans cette ancienne république soviétique, qui, selon les études de l’organisation non gouvernementale Transparency International, apparaît comme un des pays où règne la plus forte corruption.
« Il y a des lois pour protéger l’Icheri Sheher mais elles sont ignorées, affirme M. Alekperov. Cela ne pourrait arriver sans la protection de responsables et d’organisations de type mafieux.»
Les autorités azerbaïdjanaises, se renvoyant la balle de service en service, semblent peu disposées à endosser la responsabilité de la dégradation de la cité historique.
«Nous sommes soucieux, assure Rizvan Baïramov, responsable de la protection des monuments historiques au ministère de la Culture, mais nous ne pouvons rien faire.» Pendant ce temps, la cité est chaque jour un peu plus noyée sous le béton.


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