En partie sans doute à cause des critiques d’isolationnisme adressées par des centristes modérés à la Rencontre. L’un de ces pôles soutient ainsi, en substance, que « le groupe n’est pas parvenu à s’ériger en site de dialogue, en tribune politique ouverte. Beaucoup de leaderships et de personnalités refusent en effet de traiter avec Kornet Chehwane en tant que personne morale constituée. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des échanges, à titre individuel, avec nombre de ses piliers. Ainsi, Walid Joumblatt évite de tendre la main à la Rencontre, mais n’hésite pas à garder le contact avec un Nassib Lahoud, considéré sous une dimension nationale. Le leader de la montagne veut même élaborer avec le député opposant, ainsi qu’avec d’autres, un document de travail économique ». « En fait, poursuit ce critique, on se demande où en serait Kornet Chehwane, sur quelle pente descendante, si l’affaire de Bteghrine n’était venue à point nommé lui redonner des forces. C’est qu’en tant que cohorte opposante, la Rencontre avait naturellement perdu de son mordant à l’occasion de la guerre d’Irak. Qui a donné lieu, de la part de son mentor, Bkerké, à des positions de rapprochement partiel avec les décideurs ainsi qu’avec le pouvoir. La déperdition d’énergie a été telle que l’on a pu en face, sans regrets, consentir à l’éclipse, voire à l’éviction, des deux formations créées spécialement pour combattre la Rencontre, la cellule de Hamad et le Rassemblement parlementaire indépendant. En effet, on n’en avait plus besoin, puisque Kornet Chehwane n’était plus une unité de combat qu’il fallait contrer par tous les moyens. En réalité, la disparition de la cellule et du Rassemblement, l’une mahométane et l’autre chrétien à dessein, dégonfle certes le dossier confessionnel, mais laisse en vitrine, dans ce créneau précis, la Rencontre. Qui se voit dès lors reprocher à mi-mots, même par certains de ses composantes, d’être trop monochrome, uniconfessionnelle, sans assiette nationale véritable. »
C’est d’ailleurs ce qui conduit plusieurs pôles venant d’horizons divers, notamment de la Rencontre elle-même, à tenter de mettre en place un rassemblement multiconfessionnel et multirégional. On sait à ce propos que les présidents Omar Karamé, Hussein Husseini, Sélim Hoss ainsi que les députés Boutros Harb, Nayla Moawad, Ahmed Habbous et l’ancien député Tammam Salam s’apprêtent à proclamer la naissance d’un bloc en septembre prochain. D’ici là, ils tentent d’élargir leurs alliances en vue de constituer un véritable front national d’opposition. Ils sont ainsi en pourparlers, notamment avec Sami Khatib. Parallèlement, des sunnites ont voulu unir leurs forces contre la prééminence de Rafic Hariri au sein de la communauté. Il s’agit, on le sait, de Négib Mikati, Abdel Rahim Mrad, Jihad Samad, Tammam Salam (encore lui), Talal Merhabi et Ahmed Karamé. Mais ces efforts n’ont, jusqu’à présent, pas donné de résultats probants, et leurs auteurs préfèrent soutenir que leurs rencontres sont purement informelles, voire sociales. Car, comme pour la Rencontre de Kornet Chehwane, le point de faiblesse réside dans l’uniformité confessionnelle du groupe potentiel. Un handicap sérieux, à un moment où les décideurs, pour remercier indirectement Bkerké, déconseillent fortement à leurs amis toute mobilisation à caractère communautaire.
Philippe ABI-AKL

