Plus connu à l’étranger pour ses responsabilités au sein de l’Église épiscopalienne que pour son action politique au sein du Parti libérien pour l’action, M. Bryant faisait figure d’outsider parmi les trois candidats proposés par les partis politiques et représentants de la société civile, qui participent aux pourparlers de paix interlibériens à Accra.
Les délégués des deux mouvements rebelles – le Lurd (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) et le Model (Mouvement pour la démocratie au Liberia) – et du gouvernement de Monrovia l’ont pourtant préféré à Ellen Johnson Sirleaf, fer de lance de l’opposition à l’ex-président Charles Taylor et donnée favorite pour le poste, et à Rudolph Sherman, responsable du parti True Whig, qui a dirigé le Liberia sans interruption de 1871 à 1980. En vertu de l’accord de paix globale signé le 18 août, les factions libériennes ont renoncé à la présidence et à la vice-présidence du gouvernement intérimaire, qui doit entrer en fonctions le 14 octobre, terme du mandat présidentiel assuré par le vice-président Moses Blah depuis le départ de Charles Taylor, et jusqu’à la mise en place d’un Exécutif élu en janvier 2006.
Gyude Bryant aura pour vice-président Wesley Johnson, leader du Parti du peuple uni, lui aussi inconnu sur la scène internationale.
Le choix des ex-belligérants pour la présidence s’est finalement porté sur le candidat le moins en vue mais du même coup le plus neutre, et c’est d’ailleurs la principale explication donnée par Gyude Bryant lui-même après sa nomination. Le chef de la médiation ouest-africaine à Accra, l’ancien président nigérian Abdulsalami Abubakar, a mis en garde Gyude Bryant et Wesley Johnson sur l’ampleur de la tâche qui les attend pour redresser le pays, à genoux après 14 années de guerre civile quasi ininterrompue.
Visiblement peu impressionné, M. Bryant a répondu avec humilité avoir pleinement conscience de ses futures responsabilités pour guérir les maux du Liberia, où les combats ont fait des centaines de milliers de déplacés et de réfugiés et où l’eau potable, l’électricité et les médicaments sont un luxe inabordable pour une population frappée à 85 % par le chômage.
Par ailleurs, une équipe d’experts de l’Onu chargée d’évaluer la situation au Liberia est arrivée hier en début d’après-midi à l’aéroport international de Monrovia, en provenance de Sierra Leone voisine.
Composée de 16 membres, essentiellement du département des opérations de maintien de la paix et du bureau de coordination humanitaire (OCHA), ces experts doivent séjourner une dizaine de jours dans le pays, où les factions ont signé voici trois jours un accord de paix global censé mettre un terme à 14 ans de guerre civile quasi ininterrompue.


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